"Le monde de l'impact et celui du capital-risque ne sont plus antinomiques ! " (Audrey Soussan, Ventech et Alliance for Impact)

L'incubateur de startups La Ruche, l'assureur Aviva et le fonds d'investissement Ventech s'associent pour lancer Alliance for Impact, une structure hybride unique sur le marché mêlant incubation de startups et investissement en amorçage pour les entrepreneurs de la tech à impact, ou "tech for good". Décryptage avec Audrey Soussan, general partner chez Ventech.
Sylvain Rolland
Alliance for Impact regroupe l'incubateur La Ruche, l'assureur Aviva et le fonds d'investissement Ventech.
Alliance for Impact regroupe l'incubateur La Ruche, l'assureur Aviva et le fonds d'investissement Ventech. (Crédits : Reuters)

LA TRIBUNE - C'est la première fois qu'un incubateur, qu'un fonds d'investissement et qu'un assureur s'allient pour financer la tech à impact. Pourquoi cette alliance ?

AUDREY SOUSSAN, general partner chez Ventech - Notre constat est que les entrepreneurs à impact sont aujourd'hui peu tournés vers la levée de fonds, alors que le capital-risque peut justement les aider, en leur permettant de se développer plus vite, à avoir un impact beaucoup plus important. Nous avons donc décidé d'unir nos expertises avec deux acteurs reconnus dans le secteur -l'assureur Aviva et l'incubateur La Ruche- pour créer une structure unique sur le marché, qui soit crédible pour parler aux entrepreneurs à impact et les mettre sur le chemin de la croissance.

Nous apportons dans cette alliance notre expertise du financement des entreprises innovantes, car Ventech investit dans la tech depuis plus de vingt ans. En revanche jusqu'à présent nous n'avions pas vraiment de légitimité sur ce secteur. Pourtant, la tech à impact nous intéresse beaucoup depuis quelques années, car nous avons compris que l'impact apporte beaucoup de performance à l'entreprise. Avoir une raison d'être permet d'embaucher plus facilement, de retenir les talents, et résonne auprès des consommateurs d'aujourd'hui, surtout post-Covid. Nous pensons que l'impact est un facteur de performance économique sur la durée, et que les entreprises qui en sont conscientes vont de plus en plus avoir un avantage sur celles qui ne s'en préoccupent pas.

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Peu de fonds investissent dans les startups à impact car l'objectif d'un fonds est avant tout l'hyper-croissance de ses pépites pour générer un fort retour sur investissement, alors que la tech à impact est moins capitalistique. Est-ce une faille du marché selon vous ?

Il y a effectivement peu de fonds qui investissent dans la tech à impact et cela reste compliqué pour ces startups de se financer notamment en amorçage, quand il n'y a pas encore de clients et qu'on investit sur une promesse. C'est pour cela que nous voulons  casser les codes du financement du marché de la tech à impact, et que nous nous focalisons sur l'étape cruciale de l'amorçage.

Casser les codes, c'est déjà partir du principe que l'impact est source de performance économique. Ensuite c'est mesurer différemment l'impact d'une entreprise. Beaucoup de fonds reprennent les objectifs de développement durable de l'ONU, mais il n'y a pas de standard pour mesurer comment un business créé de l'impact, et d'autant plus en amorçage. Nous voulons donc intégrer dans nos critères d'investissement deux paramètres : l'intentionnalité de l'entrepreneur -pour ne pas faire de l'impact-washing en investissant dans des solutions marketing sans réelle volonté- et l'additionnalité, c'est-à-dire se demander si le business créé est vraiment innovant dans son objectif d'impact, s'il résout un vrai problème qui n'était pas ou mal résolu jusqu'à présent.

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Beaucoup d'entrepreneurs à impact sont éloignés du monde du capital-risque. Ils jugent sa logique d'hyper-croissance difficilement conciliable avec un business model moins axé sur la performance que sur l'impact. Comment abordez-vous ce gap culturel entre la tech "financière" et la tech à impact ?

Les choses changent. Jusqu'à récemment, le monde de l'impact et celui de la tech traditionnelle soutenue par le capital-risque, étaient antinomiques. Les entrepreneurs se concentraient soit sur la performance économique, soit sur l'impact. Les investisseurs entretenaient par ailleurs cette dichotomie. Mais on constate depuis quelques années l'émergence d'une nouvelle catégorie d'entrepreneurs, qui pensent qu'il est possible de concilier les deux et qui ne voient plus la levée de fonds comme le loup dans la bergerie, mais comme un outil pour démultiplier l'impact.

Ce sont ces entrepreneurs que nous ciblons. Parmi eux, il y a deux types de personnes. D'abord ceux qui viennent du monde de l'impact, qui ont tendance à créer des modèles pérennes et plutôt locaux, mais qui se rendent compte que grossir est une bonne chose. Ces entrepreneurs-là connaissent mal l'écosystème du capital-risque, ils sont peu familiers avec la gestion de la levée de fonds et de la croissance d'une entreprise. Ils ont donc besoin d'être formés sur ces sujets et accompagnés dans le processus de la levée de fonds. C'est pour eux que l'Alliance for Impact lance un programme d'accompagnement, avec l'ambition d'incuber jusqu'à 250 entrepreneurs au total dans les cinq prochaines années.

La deuxième catégorie d'entrepreneurs à impact que nous ciblons sont les entrepreneurs déjà à l'aise avec les modèles de croissance. Parmi eux il y a beaucoup de serial entrepreneurs, qui ont déjà gagné de l'argent avec leur première startup et qui veulent construire autre chose, avec davantage d'impact. C'est une conséquence de la maturité de la French Tech. Bien sûr, ces entrepreneurs-là n'ont pas besoin d'incubation, on va donc directement leur proposer des tickets entre 100.000 et 500.000 euros.

Tous les entrepreneurs qui passent par l'incubation n'ont pas vocation à forcément lever des fonds avec nous, puisque nous comptons incuber jusqu'à 250 startups mais investir dans une centaine, dont des boîtes qui ne font pas l'incubation. Nous espérons contribuer à changer le regard des investisseurs traditionnels sur la tech à impact, et réaliser des co-investissements avec d'autres acteurs.

Propos recueillis par Sylvain Rolland

Sylvain Rolland
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Commentaire 1
à écrit le 02/10/2020 à 18:01
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Cet novlangue bobo-ultralibérale, charabia de mots vides de sens et de concepts déconnectés de la réalité, devient de plus en plus insupportable...

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