Le pari de SQOOL : booster l'usage du numérique à l'école

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Avec sa Nouvelle classe, la startup Unowhy propose aux enseignants un lieu qui leur permet d'expérimenter avec leurs élèves différents supports numériques, dont le tableau interactif.
Avec sa "Nouvelle classe", la startup Unowhy propose aux enseignants un lieu qui leur permet d'expérimenter avec leurs élèves différents supports numériques, dont le tableau interactif. (Crédits : Unowhy)
La startup Unowhy s’est lancé le défi de "mettre le numérique au service de l’éducation". Au moyen de différents outils, particulièrement de sa tablette Sqool, elle espère faciliter et moderniser l’apprentissage.

« Cela fonctionne un petit peu comme un jeu vidéo », note Céline Coulpier, au petit groupe d'écoliers qui l'entoure. Mais avec leur casque sur les oreilles et leur tablette en main, la trentaine d'élèves de CM1 de l'école Charcot de Neuilly-sur-Seine semble déjà bien à l'aise avec les matériaux du jour. Céline Coulpier est venue avec ses élèves tester les tablettes Sqool dans les locaux de la 'Nouvelle classe' qu'Unowhy, la startup à l'initiative du projet, inaugure en ce jour. L'école était déjà l'un des établissements à avoir connu, à la demande de la ville de Neuilly-sur-Seine, un important déploiement numérique. Répartis en quatre groupes et encadrés par divers intervenants, les enfants se lancent dans une série d'activités pédagogiques et ludiques à travers des outils numériques.

« Pour un cours de programmation, par exemple, les enfants prennent en main le numérique très facilement. D'abord, ils peuvent associer un geste à une commande avec "Beebot" [un robot en forme d'abeille, Ndlr]. L'idée est qu'ils comprennent l'algorithme, puis qu'ils passent à l'étape virtuelle du déplacement sur la tablette, qu'ils comprennent la commande 'en boucle' et, progressivement, qu'ils programment les déplacements », détaille Vanessa Albeck, directrice marketing chez Unowhy.

Cette démarche s'inscrit parfaitement dans la dynamique de Logo, le langage de programmation à vocation pédagogique mis au point par le MIT dans les années 1960. Mais avec la tablette Sqool, la startup a l'ambition d'aller encore plus loin. En effet, elle propose un catalogue d'applications couvrant l'apprentissage de la maternelle, du primaire et du secondaire. « Les ressources pédagogiques ont été constituées avec les enseignants et les enfants », explique Vanessa Albeck. Et ce, avec un objectif de s'adapter aux différents élèves, à leur rythme, selon leur niveau et leurs difficultés. « Une pédagogie différenciée qui a vocation à revaloriser les enfants. » Aujourd'hui, Sqool est présent dans 23 départements et une soixantaine de villes.

La tablette, cahier modernisé ?

Dans la 'Nouvelle classe', les élèves de l'école Charcot sont plutôt convaincus par le renard interactif, les molécules chimiques en 3D et le robot-abeille (le fameux Beebot...). Et pour cause, chez ces digital natives, l'utilisation du numérique est innée. Louise, 9 ans, explique être habituée à utiliser une tablette: « C'est facile à manipuler. Je préfère cela aux cahiers », explique-t-elle en souriant. A ses côtés, Sasha se réjouit de sa tablette : « C'est sympa parce que plein de choses sont possibles. » Céline Coulpier, leur institutrice, observe :

« La plupart d'entre eux ont déjà des smartphones ou des chaînes Youtube, j'en suis étonnée. Pour eux, il ne s'agit finalement pas d'une énorme découverte, c'est plutôt intuitif. Le côté ludique n'est pas un problème. Après, ils ont besoin d'être encadrés.»

Cela fait déjà un an que la jeune femme utilise des tablettes comme support de cours. Elle explique que, par exemple pour l'enseignement du schéma narratif, pour les dialogues en anglais, elle y trouve un côté très pratique. « Ils peuvent notamment s'enregistrer pour l'expression orale. » Cependant, pour elle, il ne faut pas oublier de varier les supports : « Je ne suis pas une 'tout-numérique' mais, à la manière d'une ardoise ou d'un stylo effaçable, la tablette est un très bon outil. »

La possibilité de filtrer les ressources des élèves

Pour les enseignants, Unowhy a développé une interface spécifique, baptisée 'manager', qui leur permet de rédiger leurs propres exercices mais aussi de vérifier et de contrôler directement les tablettes de leurs élèves ; de leur envoyer des liens sur Internet, des ressources ou encore de créer des groupes : un outil de pilotage en somme. « Cela permet également de repérer les difficultés ou encore de faciliter les corrections », ajoute Vanessa Albeck. Pour les QCM notamment, la correction est effectuée après que l'enseignant ait renseigné les bonnes réponses dans sa partie intitulée 'correction'. Pour rassurer les professeurs, Unowhy a intégré la possibilité de bloquer les tablettes et de filtrer les applications et/ou les pages Internet qui sont accessibles aux élèves - c'est « l'une des principales craintes des enseignants », évoque un intervenant à Unowhy et ancien instituteur venu accompagner les écoliers.

La France, retardataire en termes d'éducation par le numérique

Des peurs, les enseignants en ont face au numérique. Céline Coulpier en est témoin. L'institutrice qui se sert des tablettes avec ses élèves, doit en principe les partager avec deux autres classes. « Pourtant, je suis la seule à les utiliser », note-t-elle. La France semble, en effet, avoir pris du retard dans l'EdTech. Et ce, notamment lorsqu'on compare le pays avec l'Asie, les pays nordiques ou encore les Etats-Unis. Encore faut-il nuancer, avec une répartition encore très inégale, selon les établissements, voire les zones géographiques.

L'initiative est née alors qu'un plan numérique pour l'éducation a été annoncé en 2015, doté de 1 milliard d'euros d'aide de l'Etat. Cependant, alors que le précédent exécutif ambitionnait d'équiper tous les élèves de cinquième de tablettes dès 2016, les objectifs avaient été revus à la baisse (avec une intention de 40%). Le gouvernement avait annoncé ensuite, son intention d'équiper l'ensemble des collégiens d'ici la rentrée prochaine.

EdTech numérique éducation pédagogie enfants

(Dans la "Nouvelle classe" d'Unowhy, Valentine Leturque, anime un atelier d'apprentissage de la programmation avec Beebot, l'abeille-robot. Crédits: Unowhy)

D'après Valentine Leturque, qui anime pour Unowhy les formations de prise en main des tablettes dans les écoles, c'est un changement de pensée qui prend du temps mais qui est en cours :

« Lorsqu'on a commencé les ateliers de présentation, il y a deux ans, il y avait pas mal de retours négatifs de la part des enseignants, mais il semblerait qu'une phase d'acceptation soit en cours et, depuis la rentrée passée, on voit que le numérique est entré dans les mœurs. »

Un constat qui est présent du côté politique également. Jean-Yves Hepp, président et fondateur d'Unowhy témoigne :

« Une convention avec l'Education nationale avait été signée avec Najat Vallaud-Belkacem pour mettre en valeur la culture générale des nouvelles technologies à l'école et favoriser le passage de l'espace physique au virtuel. »

L'importance des collectivités locales et régionales

La startup entend ainsi profiter de la prise de conscience pour sensibiliser aux bienfaits du numérique tant le corps enseignant que les dirigeants des établissements scolaires, les académies mais aussi les parents. « Ce serait une folie que les politiques laissent de côté le numérique ! Nous évoluons dans une économie qui respire le numérique, cela fait dix ans qu'on en parle. Le plus gros risque serait de faire de nos enfants des analphabètes du numérique. »

> Lire aussi : L'enseignement supérieur français à la traîne de la révolution numérique

Les collectivités locales et régionales sont, elles aussi, une cible pour Unowhy. En effet, ce sont, pour la majeure partie des cas, elles qui décident et financent la mise en place et l'équipement numérique dans les établissements scolaires. Mais, de ce côté encore, la France a du retard. D'où l'appel de Jean-Yves Hepp à une vraie prise de conscience :

« La transition numérique ne doit pas attendre, c'est maintenant ou jamais. »

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Commentaires
a écrit le 10/07/2017 à 5:02 :
je pense pas qu'une utilisation abusive du numérique soit utile, en tout cas ca couteras chère.

Le numérique, l'informatique, est un outil comme tout outil il faut savoir quand l'utiliser.
a écrit le 08/07/2017 à 12:55 :
Bonjour, je suis un gros naze qui ne connaît rien au numérique, je vais donc détourner de l'argent du budget de l'état pour faire apprendre des technologies propriétaires aux jeunes générations. Ces technologies seront bien évidemment obsolètes d'ici 5 à 10 ans, mais l'important c'est tout de même de faire croire à l'utilité de mon rôle et de dépenser inutilement l'argent des contribuables. Pour apprendre l'algorithmie, faites leur faire des gâteaux et laissez les tenter de nouvelles recettes. De même, de nombreux jeux/bricolages sont réalisables à l'aide de papiers/cartons et crayons. Ne bridez pas l'imagination des enfants au numérique, sauf à vouloir en faire des robots/esclaves.
Réponse de le 09/07/2017 à 10:36 :
Enseigner l'abstraction tout simplement, ce qu'ils font déjà en parti avec les arts plastiques, la Mathématique, mais comment les anciens ont-ils fait pour s'en sortir sans tablette ! Sans numérique et comprendre l'algorithmie !

DES PRODIGES LES ANCIENS !
Réponse de le 17/09/2017 à 13:05 :
Tout est dit
encore une bonne idée des politiques pour jeter de l'argent par les fenêtres

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