« Cela fonctionne un petit peu comme un jeu vidéo », note Céline Coulpier, au petit groupe d'écoliers qui l'entoure. Mais avec leur casque sur les oreilles et leur tablette en main, la trentaine d'élèves de CM1 de l'école Charcot de Neuilly-sur-Seine semble déjà bien à l'aise avec les matériaux du jour. Céline Coulpier est venue avec ses élèves tester les tablettes Sqool dans les locaux de la 'Nouvelle classe' qu'Unowhy, la startup à l'initiative du projet, inaugure en ce jour. L'école était déjà l'un des établissements à avoir connu, à la demande de la ville de Neuilly-sur-Seine, un important déploiement numérique. Répartis en quatre groupes et encadrés par divers intervenants, les enfants se lancent dans une série d'activités pédagogiques et ludiques à travers des outils numériques.
Cette démarche s'inscrit parfaitement dans la dynamique de Logo, le langage de programmation à vocation pédagogique mis au point par le MIT dans les années 1960. Mais avec la tablette Sqool, la startup a l'ambition d'aller encore plus loin. En effet, elle propose un catalogue d'applications couvrant l'apprentissage de la maternelle, du primaire et du secondaire. « Les ressources pédagogiques ont été constituées avec les enseignants et les enfants », explique Vanessa Albeck. Et ce, avec un objectif de s'adapter aux différents élèves, à leur rythme, selon leur niveau et leurs difficultés. « Une pédagogie différenciée qui a vocation à revaloriser les enfants. » Aujourd'hui, Sqool est présent dans 23 départements et une soixantaine de villes.
Dans la 'Nouvelle classe', les élèves de l'école Charcot sont plutôt convaincus par le renard interactif, les molécules chimiques en 3D et le robot-abeille (le fameux Beebot...). Et pour cause, chez ces digital natives, l'utilisation du numérique est innée. Louise, 9 ans, explique être habituée à utiliser une tablette: « C'est facile à manipuler. Je préfère cela aux cahiers », explique-t-elle en souriant. A ses côtés, Sasha se réjouit de sa tablette : « C'est sympa parce que plein de choses sont possibles. » Céline Coulpier, leur institutrice, observe :
Cela fait déjà un an que la jeune femme utilise des tablettes comme support de cours. Elle explique que, par exemple pour l'enseignement du schéma narratif, pour les dialogues en anglais, elle y trouve un côté très pratique. « Ils peuvent notamment s'enregistrer pour l'expression orale. » Cependant, pour elle, il ne faut pas oublier de varier les supports : « Je ne suis pas une 'tout-numérique' mais, à la manière d'une ardoise ou d'un stylo effaçable, la tablette est un très bon outil. »
Pour les enseignants, Unowhy a développé une interface spécifique, baptisée 'manager', qui leur permet de rédiger leurs propres exercices mais aussi de vérifier et de contrôler directement les tablettes de leurs élèves ; de leur envoyer des liens sur Internet, des ressources ou encore de créer des groupes : un outil de pilotage en somme. « Cela permet également de repérer les difficultés ou encore de faciliter les corrections », ajoute Vanessa Albeck. Pour les QCM notamment, la correction est effectuée après que l'enseignant ait renseigné les bonnes réponses dans sa partie intitulée 'correction'. Pour rassurer les professeurs, Unowhy a intégré la possibilité de bloquer les tablettes et de filtrer les applications et/ou les pages Internet qui sont accessibles aux élèves - c'est « l'une des principales craintes des enseignants », évoque un intervenant à Unowhy et ancien instituteur venu accompagner les écoliers.
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Des peurs, les enseignants en ont face au numérique. Céline Coulpier en est témoin. L'institutrice qui se sert des tablettes avec ses élèves, doit en principe les partager avec deux autres classes. « Pourtant, je suis la seule à les utiliser », note-t-elle. La France semble, en effet, avoir pris du retard dans l'EdTech. Et ce, notamment lorsqu'on compare le pays avec l'Asie, les pays nordiques ou encore les Etats-Unis. Encore faut-il nuancer, avec une répartition encore très inégale, selon les établissements, voire les zones géographiques.
L'initiative est née alors qu'un plan numérique pour l'éducation a été annoncé en 2015, doté de 1 milliard d'euros d'aide de l'Etat. Cependant, alors que le précédent exécutif ambitionnait d'équiper tous les élèves de cinquième de tablettes dès 2016, les objectifs avaient été revus à la baisse (avec une intention de 40%). Le gouvernement avait annoncé ensuite, son intention d'équiper l'ensemble des collégiens d'ici la rentrée prochaine.
(Dans la "Nouvelle classe" d'Unowhy, Valentine Leturque, anime un atelier d'apprentissage de la programmation avec Beebot, l'abeille-robot. Crédits: Unowhy)
D'après Valentine Leturque, qui anime pour Unowhy les formations de prise en main des tablettes dans les écoles, c'est un changement de pensée qui prend du temps mais qui est en cours :
Un constat qui est présent du côté politique également. Jean-Yves Hepp, président et fondateur d'Unowhy témoigne :
La startup entend ainsi profiter de la prise de conscience pour sensibiliser aux bienfaits du numérique tant le corps enseignant que les dirigeants des établissements scolaires, les académies mais aussi les parents. « Ce serait une folie que les politiques laissent de côté le numérique ! Nous évoluons dans une économie qui respire le numérique, cela fait dix ans qu'on en parle. Le plus gros risque serait de faire de nos enfants des analphabètes du numérique. »
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Les collectivités locales et régionales sont, elles aussi, une cible pour Unowhy. En effet, ce sont, pour la majeure partie des cas, elles qui décident et financent la mise en place et l'équipement numérique dans les établissements scolaires. Mais, de ce côté encore, la France a du retard. D'où l'appel de Jean-Yves Hepp à une vraie prise de conscience :
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