Miroki, le robot-compagnon des enfants malades

Photo d'illustration
ICM
Dans le service de radiothérapie de l'Institut du cancer de Montpellier (ICM), depuis le mois de mai, un nouveau venu arpente les couloirs, sans blouse blanche, glissant sur le sol et agitant doucement ses grandes oreilles. Ce robot humanoïde jaune, au doux regard animé qui suit son interlocuteur des yeux et incline la tête comme lui, est devenu une sorte de mascotte pour l'équipe soignante. Et ne manque pas de surprendre les jeunes patients et leurs accompagnants.
Miroki est le premier robot humanoïde conversationnel du monde de la santé. Il a vocation à accompagner de jeunes patients en radiothérapie en leur apportant une présence rassurante et divertissante et un soutien émotionnel. Du haut de son 1,27 mètre, ce robot incarne ce dont le Dr Julien Welmant, radiothérapeute spécialisé en pédiatrie à l'ICM, avait rêvé.
« Une séance de radiothérapie se déroule dans une sorte de bunker sans fenêtre, et à cause des rayonnements, aucun autre humain ne peut rester dans la salle, explique-t-il. L'enfant est complètement seul, c'est très angoissant et certains pleurent à chaque fois. Je ne savais pas quoi faire... »
Le praticien se rend souvent au Japon et raconte avoir, un jour de pluie, été accueilli, dans un commerce où il s'était réfugié, par un robot humanoïde souriant qui lui avait tendu une serviette. Le déclic : et si un robot tenait compagnie aux enfants pendant les séances de radiothérapie ?
Julien Welmant contacte l'entreprise francilienne Enchanted Tools, conceptrice de robots (Miroki et Miroka) qui ne sont initialement pas des robots conversationnels mais destinés à de la logistique sociale (pousser un brancard, un chariot,...). Après avoir convaincu (sans difficulté) les équipes de l'ICM, il réunit de la love-money pour financer le projet. Depuis, d'autres fonds (la fondation Altrad Solidarity ou encore Dell) sont venus abonder la mise pour poursuivre l'expérimentation, avec Laeticia Hallyday en qualité de marraine.
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Rappelant que 400 000 enfants dans le monde ont un cancer et qu'un tiers d'entre eux font de la radiothérapie, le praticien a souhaité « construire une démarche solide pour poser la première pierre de la robotique sociale dans le domaine du soin ». « On travaille avec des acteurs institutionnels et scientifiques sur la robotique, l'interaction humaine ou la psychologie, c'est-à-dire comment créer un attachement entre le robot et l'enfant, comment insérer ce dispositif dans l'équipe de soin ».
Les caractéristiques de Miroki : un corps jaune, un visage interactif réagissant en temps réel aux sollicitations, deux bras et deux mains capables de manipuler des objets (ou de prendre les mains d'un enfant pour danser), et un système de déplacement sur sphère roulante, moins sujette au basculement que des robots bipèdes. Et surtout, Enchanted Tools leur a volontairement donné l'apparence de personnages animés et non humains.

Côté langage, le robot est destiné, à terme, à avoir son propre LLM, « mais on veut que le robot puisse combiner plusieurs LLM, donc on s'appuie sur Open AI ou Google, on discute avec Mistral, Anthropic ou des modèles open-source », rapporte Samuel Benveniste, co-fondateur d'Enchanted Tools. Les IA n'étant pas encore proactives, Miroki ne dit rien si personne ne lance la conversation. C'est le travail de Thibaud, jeune ingénieur, qui l'alimente en contenus divers, notamment sur les centres d'intérêt des enfants, et pilote ses interactions avec les jeunes malades.
Julien Welmant imagine que « dans un an, on devrait pouvoir personnaliser ces interactions en adaptant le robot à l'âge, la culture, le niveau de langage et aux centres d'intérêt des enfants ». Le robot gardera aussi la mémoire d'une séance à l'autre, « si on le programme ainsi, parce qu'on le juge pertinent », nuance Samuel Benveniste.
Car le dirigeant le martèle : le robot ne prendra aucune décision que l'humain ne l'aurait au préalable autorisé à prendre, « l'idée étant de lui conférer un maximum d'autonomie dans l'exécution des missions qui lui sont confiées en fonction des contraintes imposées, ça reste un outil ». D'ailleurs, les fantasmes négatifs autour des robots humanoïdes allant bon train, Julien Welmant, qui veut faire du robot un dispositif médical, n'a pas laissé de côté la dimension éthique : « On est loin des dérives maléfiques de la tech imaginées par la série Black Mirror, mais plutôt dans le "tech for care" ».
« Ce robot ne remplace pas l'humain mais prolonge sa main, résume le radiothérapeute. Ce qu'il dit est parfaitement borné, testé et vérifié. Par exemple, si un enfant demande s'il va mourir, Miroki l'oriente vers l'équipe médicale. Et nous avons aussi prévu comment l'enfant dit au-revoir au robot, avec une petite cérémonie. Miroki lui dit "C'était chouette de t'accompagner mais je dois te laisser car j'ai d'autres enfants à sauver". Un peu comme un super héros ! »
Une séance de radiothérapie peut durer de cinq à quarante minutes. Miroki vient de subir une batterie de tests pour s'assurer qu'il n'est pas perturbé par les doses de radiation, ni ne les renvoie. Au début de l'été, il a « rencontré » cinq enfants, et va bientôt pouvoir les accompagner dans la salle où se déroulent les soins.
« On le propose aux jeunes malades entre 4 et 15 ans, et c'est pour les 8-12 ans que ça marche le mieux, note Julien Welmant. Georgia, la première patiente, avait 8 ans et venait à ses séances de radiothérapie en pleurant. Elle a adoré Miroki et fait son traitement avec le sourire car le robot l'attendait derrière la porte. Ses parents disent que ça a changé sa vie. On a déjà gagné ! »
Marie Cantaloube, oncologue radiothérapeute spécialisée en pédiatrie à l'ICM, décrypte le processus. « Passée la timidité du premier contact, cela devient un rituel qui met l'enfant en confiance et c'est très distrayant. Pendant la séance, le robot doit être une présence silencieuse, car il ne faut pas que l'enfant bouge. Mais le jeune patient ne sera plus seul et cette présence va réduire son anxiété ».
Enchanted Told a inauguré sa première ligne pilote à Paris à la mi-juin, « avec une capacité de production d'une centaine de robots en 2025, et on espère 1 000 en 2026 », indique Samuel Benveniste, qui les destine aussi à d'autres secteurs d'activité.
La phase préclinique à l'ICM va durer six mois pour étudier la satisfaction de l'enfant et des soignants, avant une étude clinique avec d'autres centres de traitement pour récupérer des données. Si la cible n'est aujourd'hui que la radiothérapie, l'équipe médicale autour de Miroki espère qu'un jour, il interviendra dans tous les services d'oncologie, par exemple en salle d'attente où il pourrait distraire les jeunes patients. « Le robot n'est jamais de mauvaise humeur, il réceptionne toutes les énergies négatives et il ne les retransmet jamais ! », souligne Julien Welmant.
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