NewsGuard : peut-on confier la notation des médias à des startups ?

Pas d'accord entre assemblee et senat sur les "fake news"
Kacper Pempel

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Kacper Pempel
Pour lutter contre les fake news - ces fausses nouvelles apparues en 2016 lors du Brexit puis popularisées par l'élection présidentielle américaine - pouvoirs publics et géants du Net tâtonnent encore. Des startups tentent donc de s'ériger en arbitre impartial pour tirer leur épingle du jeu. C'est le cas de NewsGuard. Lancée il y a un an aux Etats-Unis, la jeune pousse propose une extension de navigateur permettant de noter les sites d'information pour y apposer un label. Après s'être déployé au Royaume-Uni, en Italie et en Allemagne depuis le début de l'année, NewsGuard s'est lancé en France mercredi 22 mai, à l'approche des élections européennes.
L'extension est compatible avec les principaux navigateurs (Chrome, Safari, Edge, Firefox) et moteurs de recherche (Google, Bing, Qwant, Duck Duck Go). Les notes sont également accessibles depuis Facebook et Twitter lorsque l'internaute y accède via un des navigateurs partenaires.
NewsGuard a développé un algorithme qui détermine les sites devant être notés en analysant le nombre de contenus qu'ils publient et partagent en ligne. Les sites peuvent donc être des médias reconnus, mais aussi des blogs. "Actuellement, NewsGuard a analysé une soixantaine de sites en France (ndlr : de Libération à Sputnik), ce qui correspond à 70% de l'information partagée en ligne", estime Chine Labbé. Cette proportion devrait grimper à 90% d'ici l'été, selon NewsGuard.
Une fois les sites sélectionnés, des éditeurs humains vont passer au peigne fin les sites d'information selon neuf critères. Ces critères sont déterminés par la startup, en collaboration avec un "comité consultatif", composé entre autres de Alice Antheaume, directrice exécutive de l'Ecole de journalisme de Sciences Po et Jimmy Wales (co-fondateur de Wikipédia).
L'analyse est réalisée par une équipe d'humains. Sept personnes travaillent pour la version française. Si le site obtient plus de 60 points sur 100, alors il obtient un "bouclier vert", gage de qualité selon NewsGuard. Dans le cas contraire, il obtient un "bouclier rouge" avec un message d'avertissement à l'attention du lecteur. "Nous ne sommes pas là pour donner un certificat, justifie Chine Labbé, mais il est important que les médias s'engagent à rectifier leurs erreurs. Nous voulons donner des clés de lecture supplémentaires aux lecteurs."
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Si les fake news constituent un véritable fléau, n'est-il pas tout aussi dangereux de confier la crédibilité des médias à des startups ? D'autant plus que des ONG comme Reporters Sans Frontières ont aussi lancé des programmes de labellisation des médias pour créer des normes mondiales de références pour le journalisme.
Selon l'éditrice, sur 2.500 sites analysés aux Etats-Unis, 500 ont réalisé des modifications après analyse. "C'est le cas d'Al-Jazeera par exemple, qui ne mentionnait pas explicitement dans sa page "à propos" ses liens avec le Qatar dans le financement de chaîne. Ils ont désormais fait des modifications, et sont passés d'un bouclier rouge à vert."
Les actionnaires majoritaires sont Steven Brill et Gordon Crovitz, les co-fondateurs de NewsGuard. Parmi les autres investisseurs, se trouve notamment le groupe publicitaire français Publicis. Hormis les co-fondateurs, "le reste des investisseurs ne participent pas au processus de notation et à la rédaction (des labels)", peut-on lire sur leur site. La startup de 35 personnes a levé 6 millions de dollars depuis sa création.
Le business model de NewsGuard repose sur la vente de licences mensuelles aux géants de la tech, comme Microsoft ou Google.
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Courant 2019, la jeune pousse table sur un chiffre d'affaires de 2 millions de dollars. Elle prévoit d'être rentable d'ici "la fin de l'année prochaine ou le début de l'année suivante", selon NewsGuard.