Snowflake, Front : ces frenchies qui séduisent les plus grands fonds américains

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Deux startups créées par des Français directement dans la Silicon Valley, Snowflake Computing et Front, ont levé à elles-deux 264 millions d'euros cette semaine.
Deux startups créées par des Français directement dans la Silicon Valley, Snowflake Computing et Front, ont levé à elles-deux 264 millions d'euros cette semaine. (Crédits : Flickr / Tax Credits)
Deux startups créées dans la Silicon Valley par des Français, le spécialiste du big data Snowflake Computing et la boîte mail collaborative Front, ont annoncé jeudi soir des levées de fonds spectaculaires : 211 millions d'euros pour Snowflake Computing, 53 millions d'euros pour Front. Après avoir conquis l'Amérique, les deux pépites commencent aussi à s'implanter en France.

"France is back", a martelé Emmanuel Macron à Davos, tandis que le président de Business France, Pascal Cagni, décrit le pays, dans nos colonnes, comme le nouveau "darling" du monde entier. Deux startups créées par des Français directement dans la Silicon Valley pour conquérir le monde, Snowflake Computing et Front, viennent illustrer de la meilleure des façons ce succès français à l'étranger.

Ces deux pépites ambitieuses viennent d'annoncer des levées de fonds spectaculaires : 263 millions de dollars pour Snowflake Computing (211 millions d'euros) et 66 millions de dollars (53 millions d'euros) pour Front. La première rejoint officiellement le club très fermé des licornes, c'est-à-dire les startups valorisées au moins un milliard de dollars. Toutes deux vont profiter de cet afflux de cash pour s'implanter en France afin de conquérir l'Europe, après avoir fait leurs preuves aux Etats-Unis.

Snowflake Computing, futur géant du big data, devient une licorne

Spécialiste du traitement des données dans le cloud, Snowflake a été créée en 2012 par deux Français, Thierry Cruanes et Benoît Dageville. Implantée à San Mateo, dans la baie de San Francisco, la startup se revendique comme "le seul data warehouse conçu pour le cloud". Autrement dit, Snowflake est une solution de base de données analytique, hébergée dans un entrepôt virtuel (data warehouse) qui permet aux entreprises d'exploiter leurs données internes et leurs outils décisionnels (business intelligence, reporting, analytics...) pour acquérir une vue d'ensemble de leurs données et en tirer de la valeur.

Cette levée de fonds massive de 263 millions de dollars (soit 211 millions d'euros) illustre la confiance de ses investisseurs dans l'avance technologique de la startup. Snowflake Computing a ainsi séduit les très prestigieux fonds ICONIQ Capital, Altimeter Capital (Airbnb, 23andMe...) et Sequoia Capital (Uber, Reddit, LinkedIn, WhatsApp, Google, Cisco...), en plus de ses investisseurs historiques Capital One Growth Ventures, Madrona Ventures, Redpoint Ventures, Sutter Hill Ventures et Wing Ventures.

Au total, les Frenchies de Snowflake Computing ont levé 473 millions de dollars (soit 380 millions d'euros) en cinq ans. Ce dernier tour de table valorise la startup 1,5 milliard de dollars, ce qui la fait entrer dans le club très fermé des licornes. Cet argent servira à doubler sa capacité de R&D aux Etats-Unis, à lancer de nouvelles offres et à s'internationaliser en Europe, avec des bureaux récemment ouverts à Paris, Londres, Munich et Amsterdam, et attaquer le marché asiatique.

La "boîte mail à partager" Front boucle 53 millions d'euros en cinq jours

L'autre performance de la semaine de Français implantés à l'étranger est à mettre au crédit de Mathilde Collin, Pdg de la startup Front, qu'elle a co-fondée à San Francisco en octobre 2013 avec deux autres frenchies, Laurent Perrin et Thibaud Elzière.

Front a mis au point une messagerie collaborative en mode SaaS (software as a service). La startup prend le contre-pied de Slack, qui veut remplacer l'e-mail en entreprise, en mutualisant la boîte mail, pour permettre à chaque collaborateur d'une même équipe d'avoir accès aux échanges de chacun avec des contacts autorisés, au sein d'une même interface. Ainsi, depuis leur propre boîte de réception, les utilisateurs ont accès à toutes les conversations passées avec un client ou aux données des outils CRM comme Salesforce.

Après 3,3 millions de dollars (soit 2,6 millions d'euros) levés en amorçage en 2014, et une Série A en 2016 de 10 millions de dollars (soit 8 millions d'euros), ce nouveau tour de table de 66 millions de dollars (soit 53 millions d'euros) permet à la startup d'accueillir Sequoia Capital à son conseil d'administration. Le fonds américain Draper Fisher Jurvetson (DFJ) a aussi participé. Front va utiliser l'argent pour s'implanter en Europe. Des bureaux qui accueilleront cinq personnes vont ouvrir à Paris, ce qui servira de point d'ancrage pour adresser l'ensemble du marché européen.

Les Etats-Unis avant la France, la perte d'un réflexe pour les entrepreneurs français ambitieux ?

Si Snowflake Computing et Front n'ont pas oublié le Vieux Continent et finissent par créer des emplois en France après avoir trouvé le succès aux Etats-Unis, ces deux startups d'à peine cinq ans d'âge incarnent déjà une autre époque. Celle d'avant la création de l'initiative French Tech et de l'explosion de l'écosystème d'innovation français, où certains entrepreneurs parmi les plus ambitieux estimaient qu'il était trop difficile de créer un leader mondial depuis la France, en raison des lourdeurs administratives et fiscales, du manque de maturité global de l'écosystème et des difficultés pour trouver des investisseurs aux poches profondes.

La situation est très différente aujourd'hui : en 2017, les startups françaises ont levé 2,6 milliards d'euros d'après le cabinet In Extenso. Un record, alors que le montant atteignait à peine le milliard d'euros en 2015. De nombreux fonds d'investissements, dont certains avec une vocation européenne forte comme Korelya Capital (le fonds dirigé par Fleur Pellerin), One Ragtime ou Serena Data Ventures, se sont créés pour soutenir des startups à tous les stades de leur développement, tandis que le gouvernement a multiplié les mesures pour favoriser l'innovation, comme le Crédit Impôt Recherche (CIR). Par conséquent, de plus en plus de startups très ambitieuses n'hésitent plus à se créer en France et à attaquer très vite le marché mondial.

En revanche, si les tours de table supérieurs à 10 millions d'euros se multiplient, les énormes levées comme celles de Snowflake Computing ou Front relèvent encore de l'exception dans l'Hexagone. En 2017, la plus grosse levée de fonds française s'élevait "seulement" à 70 millions d'euros. Elle a été réalisée par Actility, spécialisée dans les réseaux pour l'Internet des objets. Seules deux autres startups ont levé davantage d'argent que Front en 2017 : Doctolib (61 millions d'euros en deux fois) et le spécialiste du bricolage ManoMano (60 millions d'euros).

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Commentaires
a écrit le 27/01/2018 à 14:31 :
Les français comprennent lentement les dégâts du delire fiscal.
a écrit le 26/01/2018 à 21:02 :
Donc, deux français sans nul doute très intelligents, partent étudier à la Silicon Valley et reviennent avec... un cloud et une boite mail...

On dirait vraiment le début d'une blague anglaise! Vous savez, le "French Bashing".... Là où M. le président macron a fait ses classes comme travailleur du privé, là ou il y a des contrat 0 heures et où on fait le Brexit pour protéger ce qui était meiux avant et la Reine...

On pourrait même ajouter: "Un journal français tente de bien dorer tout ça a grand coup de methode Coué"

Vous avez peut-être raison après tout, le ridicule ne tue pas et nous pourrons dire au monde entier que la france a produit des cerveaux suffisement intelligent pour créer des mail et des cloud !

Cocorico!
a écrit le 26/01/2018 à 20:21 :
Ce sont des outils intelligents pour de très très grosses structures.c’est de la notoriété pour la France .
a écrit le 26/01/2018 à 17:06 :
" raison des lourdeurs administratives et fiscales"
ca fait sourire !!!!!!!!!
vu qu'il tournent sur leur cash burn rate, ils ne payent pas beaucoup d'impots ( sauf fixes, mais ca reste moins lourd qu'aux usa)
quant aux problemes administratifs, rebelotte
cela dit, il y a effectivement un apercu de l'enfer que ca risque d'etre plus tard, et ca ca n'aide pas!
et on ne parle pas de la taxe a 75%, de l'exit tax, de l'obligation de demander a montebourg en cas de rapprochement ou de vente ( cf dailymotion), de l'obligation de faire part a toute la planete, employes compris, de tout mouvement, d'un droit social et fiscal imbuvable, instable et retroactif ' si par malheur ca marche', des insultes permanentes des journalistes qui aiment les startups quand ca perd de l'argent, mais qui les aiment moins une fois que ca tourne, etc..........

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