Startups : le français Dataiku lève 14 millions pour devenir le Criteo du big data

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Une nouvelle génération s'impose dans le secteur de la data analytics, avec des solutions plus intuitives, plus intelligentes, plus simples car nous baignons tous dans une culture open source et collaborative assez récente que n'ont pas les acteurs historiques, estime Florian Douetteau, le cofondateur et dirigeant de Dataiku.
"Une nouvelle génération s'impose dans le secteur de la data analytics, avec des solutions plus intuitives, plus intelligentes, plus simples car nous baignons tous dans une culture open source et collaborative assez récente que n'ont pas les acteurs historiques", estime Florian Douetteau, le cofondateur et dirigeant de Dataiku. (Crédits : Dataiku)
La startup parisienne, qui édite un logiciel d’analyse des mégadonnées pour les entreprises, réalise une deuxième levée de fonds de 14 millions de dollars (12,9 millions d'euros). Comme Criteo avant elle, Dataiku passe sous pavillon américain et délocalise son siège social à New York dans l’espoir de devenir un leader mondial.

Il existe un adage bien connu dans le milieu des startups : winner takes all (le gagnant rafle tout). Facebook, Google, Amazon, Uber, Airbnb ou encore Criteo, qui bénéficient d'une situation quasi-monopolistique, l'ont déjà prouvé : dans la nouvelle économie numérique, les leaders ne cessent de grossir tandis que les suiveurs se battent pour les miettes. Tout l'enjeu pour les startups en hyper-croissance est donc de grandir vite, de s'internationaliser, pour larguer la concurrence et rafler la mise dans les segments de marché où les jeux ne sont pas encore faits.

Consciente de cet impératif, la startup française Dataiku, qui s'illustre dans le secteur porteur de la data analytics (ou analyse des mégadonnées) a décidé de changer de dimension. Après avoir levé 3 millions d'euros début 2015, la pépite parisienne refait un tour de table et annonce une levée de fonds bien plus conséquente, de 14 millions de dollars (presque 13 millions d'euros).

Bien entendu, ses investisseurs historiques Serena Capital (LaFourchette, Melty, Selectron...) et Alven Capital (iAdvize, Drivy, Happn...) remettent au pot. Mais alors que Serena Capital a pour habitude de toujours investir en tant que "lead", la société de gestion a fait une exception pour Dataiku, qui a décidé de passer sous pavillon américain. Désormais, son investisseur principal devient le fonds new-yorkais FirstMark Capital. Fondé en 2008 et réputé pour son flair, FirstMark a déjà investi dans une soixantaine de sociétés en hyper-croissance, dont Airbnb, Dashlane, Pinterest ou encore Shopify. Comme le veut l'usage quand un fonds américain mise dans une startup étrangère, celle-ci doit s'installer aux Etats-Unis. Depuis le début de la semaine dernière, le siège social de Dataiku est donc passé de Paris à New York.

Des scénarios prédictifs grâce aux données

Dataiku vend un logiciel en Saas (software as a service, une plateforme logicielle sur abonnement) baptisé DSS, pour "Data Science Studio". Destiné aux entreprises, il permet aux équipes, en interne, de collaborer sur une même plateforme et d'explorer la richesse des données internes pour en extraire les informations pertinentes et prendre des décisions "business" en conséquence. "Nous aidons nos clients à fédérer toutes leurs données au même endroit, à les nettoyer et à établir des scénarios prédictifs", ajoute Florian Douetteau, le Pdg et cofondateur de l'entreprise avec Marc Batty, Thomas Cabrol et Clément Sténac.

La plateforme, qui se veut accessible aux novices comme aux experts, s'adapte aux besoins du client. Blablacar et CaptainTrain l'utilisent pour optimiser leur budget marketing en affinant leur connaissance de leurs utilisateurs. L'Oréal et Vente-privée s'en servent pour personnaliser l'expérience client, déterminer quelle offre présenter à telle personne, à tel moment, comme Netflix le fait avec son catalogue de films et de séries. Et ainsi de suite...

Créée en 2013 à Paris, Dataiku cible surtout les grands groupes et les startups en hyper-croissance. L'entreprise, qui est passée de quatre à soixante employés en trois ans, revendique "une centaine de clients" répartis essentiellement entre les Etats-Unis, son premier marché, et la France. Rentable dès son premier exercice, elle compte utiliser sa nouvelle levée de fonds pour doubler ses effectifs (objectif 120 employés fin 2017), ouvrir un bureau à Londres d'ici à la fin de l'année, et développer sa croissance aux Etats-Unis en intensifiant sa communication et sa puissance commerciale.

     | Lire le portrait. Florian Douetteau, la science des "big" données

La R&D restera en France

Pour Florian Douetteau, le changement d'échelle est indispensable si Dataiku veut réaliser ses ambitions :

"Pour devenir un leader mondial dans le big data, il faut être leader aux Etats-Unis et donc s'y installer, car le marché y est plus mature qu'en Europe et toutes les grands comptes y sont. Les Etats-Unis apportent le portefeuille et la notoriété qui enclenchent le cercle vertueux du 'winner takes all'", explique l'entrepreneur de 35 ans.

La société, qui triple son chiffre d'affaires tous les ans, gardera toutefois un pied en France. Paris continuera d'héberger les ingénieurs chargés de la recherche et développement (R&D), actuellement une vingtaine, soit un tiers de l'effectif. A la fois pour garder une présence en France, et parce que les ingénieurs français, beaucoup moins chers que leurs homologues américains, sont renommés pour leur qualité et leur fidélité.

     | Lire. Dans la jungle de la Silicon Valley avec les startups françaises

Le modèle Criteo

Florian Douetteau rêve que Dataiku suive une trajectoire similaire à celle de Criteo : commencer par réussir sur son marché local, partir aux Etats-Unis pour s'imposer dans le monde, puis entrer en Bourse. "Généralement, cela prend entre 8 et 12 ans, on a le temps", lâche-t-il dans un sourire. Les startups françaises Talend (intégration de données open source en temps réel) et Business Objects (intelligence économique, devenue filiale du groupe allemand SAP), font aussi partie de ses références. "Ce sont des Français qui ont su devenir des leaders car ils avaient de l'ambition, une gestion rigoureuse et une vision claire de leur marché", estime l'entrepreneur.

L'ancien consultant pour... Criteo (après un passage chez l'éditeur de jeux IsCool) assume haut et fort ses grandes ambitions. "Lorsque nous nous sommes lancés, il y avait un vrai vide, se souvient-il. Mais désormais, une nouvelle génération s'impose dans le secteur de la data analytics, avec des solutions plus intuitives, plus intelligentes, plus simples car nous baignons tous dans une culture open source et collaborative assez récente que n'ont pas les acteurs historiques."

Mais pour devenir le nouveau Criteo, Dataiku devra surmonter bien des obstacles. A commencer par se faire un nom parmi une flopée de concurrents, qu'il s'agisse d'acteurs "traditionnels" comme SAS, IBM et Oracle, ou encore les nombreuses autres startups aux dents longues comme Alteryx, BeyondCore, Wavefront ou Bedrock Data. "Il est bien de se projeter et d'avoir des ambitions, mais il faut avancer calmement, pas à pas", relativise Florian Douetteau. Un modus operandi que ne renierait Jean-Baptiste Rudelle, le patron de Criteo.

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Commentaires
a écrit le 13/02/2017 à 17:55 :
daitaku est sympa et permet de gagner en productivité sur certains aspects, mais l' environnement reste fermé , ça a un coté apple de la data science et je trouve ça dommage. je me trompe peut etre ne connaissant pas toutes les subtilités du produit, mais apres l effet wow du début , pour un codeur comme moi , qui fait ces modèles à cout de script python et de jobs schedulé dans la cron tab de linux , on a vite l impression d'être bridé. du coup je m'en sert, mais pas encore pour faire tout un workflow.
a écrit le 25/10/2016 à 15:50 :
donc l'entreprise est passé sous pavillon américain ?

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