Les autorités sud-coréennes ont annoncé, ce lundi, le retrait de DeepSeek des boutiques d'applications locales, le temps d'étudier la manière dont la startup chinoise spécialisée dans l'intelligence artificielle (IA) gère les données des utilisateurs.
Le robot conversationnel chinois inquiète les démocraties. La Corée du Sud a annoncé ce lundi retirer DeepSeek de ses applications locales. La procédure en cours vise à « examiner en détail les pratiques de la société concernant le traitement des données personnelles pour s'assurer qu'elles respectent » la loi, a déclaré Choi Jang-hyuk, vice-président de la commission sud-coréenne chargée de la protection des données personnelles, lors d'une conférence de presse.
Fin janvier, le régulateur sud-coréen avait déjà annoncé avoir demandé des explications à DeepSeek concernant son traitement des informations fournies par les utilisateurs. Depuis, la société chinoise « a reconnu certains manquements » en matière de respect de la vie privée, a précisé la commission lundi. Cette dernière a souligné qu'il faudrait « inévitablement un certain temps » pour rectifier la situation, d'où la décision de retirer l'application des boutiques d'applications.
Les utilisateurs coréens appelés à la prudence
Le robot conversationnel n'est donc plus disponible au téléchargement depuis samedi soir, mais continue de fonctionner pour les utilisateurs qui l'ont déjà. Le régulateur sud-coréen a appelé ces derniers à « utiliser le service avec précaution en attendant les résultats finaux (de l'examen actuel, ndlr), notamment en s'abstenant d'entrer leurs informations personnelles ». Début février, plusieurs ministères sud-coréens, notamment ceux de la Défense et du Commerce, avaient bloqué l'accès à DeepSeek sur leurs ordinateurs. Des géants technologiques sud-coréens comme Samsung Electronics ou son rival SK Hynix figurent parmi les principaux fournisseurs de microprocesseurs avancés utilisés pour les serveurs d'IA.
« DeepSeek a été lancé en mai 2023, et une chose pareille ne peut pas émerger du jour au lendemain », estime Park Seung-chan, professeur d'économie chinoise à l'université sud-coréenne de Yongin.« Je vois l'irruption du robot conversationnel comme un coup calculé qui a été préparé avant l'ère Trump, et nous devrions prêter attention aux deuxième et troisième vagues de DeepSeek. »
Un chatbot sous surveillance
Taïwan a déjà interdit aux agences gouvernementales d'utiliser le chatbot, invoquant des risques pour la « sécurité nationale », tandis que l'Australie a ordonné le retrait des programmes de l'entreprise chinoise des appareils du gouvernement. Dans l'Union européenne, l'autorité italienne de protection des données personnelles a lancé une enquête sur DeepSeek et lui a interdit de traiter les données des utilisateurs italiens. La CNIL en France, chargée de la protection des données, et la Data Protection Commission (DPC) irlandaise - qui régule les géants technologiques au nom de l'UE - ont également réclamé des explications à DeepSeek sur le traitement des données. Aux États-Unis, une proposition de loi a été présentée par des parlementaires pour empêcher l'utilisation de DeepSeek - qualifiée « d'entreprise affiliée au Parti communiste chinois » par le représentant Darin LaHood - sur les appareils du gouvernement pour des raisons de cybersécurité.
Les conditions générales de DeepSeek incluent une section sur la transmission des données personnelles à des tiers, très semblable à celle de ChatGPT, le robot conversationnel de son rival américain OpenAI. Mais « en Chine, lorsque le gouvernement demande l'accès aux données des utilisateurs, les entreprises sont légalement tenues de les fournir », relève Youm Heung-youl, enseignant et spécialiste de la sécurité des données à l'université Soonchunhyang, en Corée du Sud. Selon la politique de confidentialité de DeepSeek, la startup chinoise collecte également des informations sur « les frappes au clavier », c'est-à-dire toute interaction qu'un utilisateur effectue avec une touche de son clavier.
Newsletter
Tech & IA
Chaque jour à 13h, l’essentiel de l’actualité tech.
Pékin affirme, pour sa part, que le gouvernement chinois « n'exigera jamais des entreprises ou des individus qu'ils collectent ou stockent illégalement des données ». La Chine dénonce les restrictions, y voyant une « politisation des questions économiques, commerciales et technologiques ».
L'Amérique latine se prépare à lancer son projet d'IA
Un modèle d'intelligence artificielle (IA) développé en Amérique latine et élaboré de façon à prendre en compte la spécificité culturelle de la région doit être lancé mi-2025, a annoncé jeudi le Centre national d'intelligence artificielle du Chili (Cenia). Le projet est soutenu par une trentaine d'institutions d'Amérique latine et des Caraïbes - universités, fondations ou encore bibliothèques - et a été baptisé LatamGPT, en référence au robot conversationnel ChatGPT de l'américain OpenAI. « Quand on parle d'intelligence artificielle, il faut qu'elle reflète le monde que nous sommes, sa diversité. Et dans le cas de l'Amérique latine, il ne s'agit pas seulement de parler espagnol ou portugais mais de comprendre notre idiosyncrasie (particularité, ndlr), d'apporter une contribution à partir de notre culture et notre vision du monde », a expliqué la ministre chilienne des Sciences, Aisén Etcheverry, citée dans le communiqué du centre. A la différence d'autres modèles, « LatamGPT sera ouvert, ce qui implique qu'il permettra à davantage de personnes en Amérique latine et dans les Caraïbes de l'étudier, de l'utiliser et de l'améliorer ».