Pourquoi Facebook résiste à la case "Wall Street"

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La récente levée de fonds du réseau social illustre sa réticence à passer sous les fourches caudines du marché boursier. Volonté du fondateur de garder le contrôle, goût du secret, ou signe que l'étoile de Wall Street pâlit ?

Plus visité que Google aux Etats-Unis. Valorisé plus haut que Time Warner et même que Boeing... Facebook n'a pas sept ans, son PDG fondateur, Mark Zuckerberg n'en a pas trente et le réseau social aux 580 millions de membres crève tous les plafonds. Et pourtant, il retarde le moment de céder au rite de passage de la Silicon Valley, encore incontournable il y a peu, qui consacrait jusqu'ici l'entrée d'une start-up de la high-tech dans l'âge adulte du monde des affaires.

Les 500 millions de dollars que viennent d'injecter Goldman Sachs et le russe Digital Sky Technology, révélés par le New York Times lundi, portent la valorisation de Facebook à 50 milliards de dollars. L'opération peut certes s'interpréter comme une prise de position de la banque d'affaires américaine pour piloter l'introduction en Bourse de la nouvelle star de l'Internet. D'autres y voient au contraire un moyen de retarder ce moment. Goldman Sachs ne s'est-il pas engagé à lever 1,5 milliard de dollars auprès d'investisseurs triés sur le volet, à travers une structure ad hoc qui permettra de limiter le nombre d'actionnaires ? Et d'éviter d'atteindre le seuil des 500 actionnaires, qui oblige une société, selon la réglementation américaine, à la publication de comptes audités. La Securities and Exchange Commission (SEC) pourrait d'ailleurs examiner ce montage. C'est pour la même raison que Facebook a aussi récemment interdit à ses salariés de vendre leurs actions.

Avec une levée de fonds totale de 2 milliards de dollars - les 500 millions de Goldman-DST, plus le milliard et demi que Goldman va chercher (Google en 2004 n'avait levé "que" 1,2 milliard en s'introduisant sur le marché) -, Facebook a largement de quoi financer sa fulgurante croissance. Et acquérir les talents - qu'il est allé ces derniers temps puiser chez Google -, et les technologies nécessaires pour devenir chaque jour un peu plus la porte d'entrée de l'Internet pour ses membres.

Plus que le goût du secret et de l'opacité, c'est celui du pouvoir et de l'indépendance qui semble guider Mark Zuckerberg. A en croire sa biographie filmée dans "The Social Network", il n'a eu de cesse depuis 2004 d'éliminer ceux qui étaient avec lui à l'origine de Facebook. L'évitement de la Bourse lui permet de garder le contrôle absolu de ce qu'il a créé. Selon l'auteur du livre "The Facebook Effect", David Kirkpatrick, cité par le New York Times, "il ne veut pour rien au monde perdre le contrôle, parce qu'il est persuadé que sa vision est indispensable à la poursuite du développement de la société".

Etre un multimilliardaire en puissance plus riche sur le papier que Steve Jobs, le patron gourou d'Apple, plutôt que réaliser en Bourse cette fortune virtuelle, semble suffire à combler l'ambition du jeune homme, qui cultive un look d'éternel "geek" (ces malades de technologies) vivant sans ostentation. En 2006 déjà, il avait refusé les avances à 1 milliard de dollars de Yahoo sur Facebook. Se tenir à l'écart de Wall Street évite aussi de rendre des comptes. Certes, Facebook a déjà prouvé, ce qui n'était pas gagné, qu'il peut générer des revenus en connectant l'internaute à ses "amis". Les estimations de ces recettes publicitaires sont sans cesse réévaluées. Leur progression serait désormais plus rapide que celle de Google. On parlait, pour l'année 2010, de 1,4 milliard de dollars en août, le Financial Times évoque désormais 2 milliards. Mais le réseau social peinerait à valoriser ses espaces publicitaires.

Le Wall Street Journal rapportait, en novembre, un prix de vente moyen de 2 à 8 dollars les 1.000 visiteurs contre une moyenne de 15 dollars sur des sites plus Premium. Les liens commerciaux vendus par Google, s'affichant dans le contexte d'une recherche précise de l'internaute, se valorisent mieux. Le moteur de recherche affiche un chiffre d'affaires plus de dix fois supérieur à Facebook et un taux de marge de plus 25%. Sur la marge de Facebook, on ne sait rien. Zuckerberg préfère sans aucun doute continuer à croître sans pression pour dégager une marge à deux chiffres.

Cette position sera-t-elle tenable à terme ? La SEC a commencé ses investigations sur le marché secondaire des plates-formes en ligne privées comme SecondMarket ou SharesPost, où s'échangent les actions non cotées de sociétés Internet stars, Facebook, mais aussi Twitter, Zynga (jeux sur réseaux sociaux) ou encore Groupon. Ce marché offre aux investisseurs en capital-risque qui soutiennent des "start up", et aux salariés de celles-ci, une porte de sortie pour valoriser leurs participations. Il est de plus en plus actif. Un signe peut-être que le prestige de Wall Street a pâli.

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