Introduction de Facebook : petites cachotteries entre amis

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David Ebersman, le directeur financier de Facebook, est pointé du doigt pour avoir décidé d'accroître de 25% l'opération.  Copyright AFP.
David Ebersman, le directeur financier de Facebook, est pointé du doigt pour avoir décidé d'accroître de 25% l'opération. Copyright AFP. (Crédits : AFP)
Les banquiers introducteurs, Morgan Stanley en tête, sont critiqués pour avoir communiqué des infos à quelques investisseurs privilégiés. Plusieurs plaintes en justice ont été déposées contre Facebook et ses banques et des enquêtes se profilent.

L'introduction chaotique de Facebook est-elle en train de se transformer en l'un des plus gros scandales de Wall Street des dernières années ? On est très loin d'Enron ou de l'affaire Madoff, mais l'opération pourrait être entachée de sérieuses irrégularités. Au bout de quatre jours de cotation, au cours desquelles l'action du réseau social a perdu plus de 15% et une douzaine de milliards de dollars de capitalisation, plusieurs plaintes ont déjà été déposées contre les banques introductrices et certains responsables de la société. Il est avant tout reproché aux trois principales banques, Morgan Stanley, Goldman Sachs et JP Morgan Chase, d'avoir communiqué des informations sur les perspectives de Facebook à certains de leurs clients seulement, en plein processus d'introduction. Plusieurs témoignages attestent que ces banques ont organisé des conférences téléphoniques avec de gros investisseurs pour les informer de l'abaissement des prévisions de chiffre d'affaires de Facebook auquel leurs analystes maison venaient de procéder.

De gros clients informés de taux de croissance moindres
L'agence Reuters s'est procuré le détail des révisions d'estimations des quatre principales banques, les trois citées plus haut et Bank of America. Les baisses ne sont pas spectaculaires, sans être négligeables : le chiffre d'affaires attendu en 2012 a été diminué d'environ 200 millions à 4,8 milliards de dollars, soit une croissance annuelle de 30,4% au lieu de 36,7%, et le bénéfice par action de 2013 réduit de 3% à 6%. De quoi sans aucun doute tempérer l'enthousiasme de certains investisseurs au vu des multiples de valorisation très élevés ressortant de la fourchette de prix (100 fois les bénéfices de 2012, 65 fois ceux de 2013). Les autres investisseurs n'étaient donc pas sur un pied d'égalité pour juger de la qualité du dossier Facebook et de la valeur à lui attribuer. Le régulateur du Massachussetts a assigné à comparaître Morgan Stanley, qui affirme bien sûr avoir respecté les règles en vigueur. Un certain flou semble demeurer sur les communications orales des analystes aux clients. Le président de l'association professionnelle des courtiers, la FINRA, considère qu'il y a effectivement « peut-être un sujet d'inquiétude règlementaire » pour la FINRA elle-même et pour la SEC, l'autorité de marchés américaine. La présidente de la SEC, Mary Schapiro, a indiqué que l'agence étudierait certains « problèmes » entourant l'introduction, sans préciser. Toutefois, des analystes d'autres banques, qui ne faisaient pas partie du syndicat en charge du placement, ont aussi révisé leurs prévisions dès que Facebook a publié le 9 mai une forme d'avertissement sur le ralentissement de sa croissance dû à l'essor des usages sur mobile, encore peu monétisé.

Au moins trois « class actions » déjà déposées par des cabinets d'avocats
Selon Reuters, ce serait un des dirigeants de Facebook qui aurait conseillé aux analystes d'abaisser leurs prévisions. Inexpérience, imprudence, maladresse ? Le directeur financier, David Ebersman, 42 ans, est clairement pointé du doigt. Ancien analyste chez Oppenheimer, il a travaillé 15 ans chez la biotech Genentech dont il devint le directeur financier très apprécié à Wall Street, avant d'être recruté en 2009 par Facebook qui cherchait un profil ayant l'expérience d'une entreprise cotée. Ebersman est surtout tenu pour responsable de la décision désastreuse d'augmenter de 25% le nombre d'actions cédées sur le marché, trois jours avant l'IPO, ce qui, vu la taille de l'opération, a tué dans l'?uf tout bond de l'action le premier jour. Au moins trois plaintes ont déjà été déposées. Le redoutable cabinet d'avocats californien Robbins Geller Rudman & Dowd, qui a gagné 7,2 milliards de dollars de dommages dans l'affaire Enron, en a déposé une en nom collectif (« class action ») au tribunal fédéral du sud de New York mercredi. Le cabinet Lieff Cabraser Heimann & Bernstein, basé à San Francisco, a aussi lancé un appel à tous les investisseurs ayant acheté des actions du réseau social s'estimant lésés : la class action, déposée au même tribunal, vise Facebook, certains de ses dirigeants et de ses administrateurs et les banquiers introducteurs, pour « infraction aux lois boursières » et pour avoir été « négligents » dans la préparation du prospectus et dans les déclarations sur le business et les perspectives. Une autre plainte avait été déposée dès mardi, devant un tribunal de Californie, par le cabinet Glancy Binkow & Goldberg, qui s'adresse à tous les actionnaires ayant acheté des titres jusqu'au 22 mai inclus. L'ampleur du préjudice dépendra de l'évolution du cours de Facebook. Mercredi, il est enfin reparti à la hausse, passant l'intégralité de la séance dans le vert (+2,5% à 31,80 dollars à 2h30 de la clôture). A rebours de la tendance du marché, l'analyste du courtier Needham a conseillé l'achat de l'action Facebook en fixant un objectif de 40 dollars. Le titre « FB » reste cependant en repli de 16% par rapport au prix d'introduction de 38 dollars et de près de 30% pour les quelques malchanceux qui ont acheté à 45 dollars, le pic brièvement atteint vendredi à l'ouverture...
 

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Commentaires
a écrit le 24/05/2012 à 18:20 :
des mecs qui font fortune avec du vent!Ce qui arrive c'est bien fait.
En plus fesse de bouc rend les gens c... Ce n'est qu'un deversoir de vies privées et intimes par des gens qu'une société avide de sens a rendu mal dans leur peau.
a écrit le 24/05/2012 à 18:08 :
Apparament la bulle internet qui avait éclaté il y a quelques années n'a pas servi de leçon. Certains jouent en bourse comme au casino. Sans être un grand spécialiste ni un trader, j'étais sûr que l'action Facebook allait se dégonfler et cette fois je ne suis pas entré dans ce cirque spéculatif.
a écrit le 24/05/2012 à 13:45 :
Ben comme toujours... Les financiers prennent les petits investisseurs pour des pigeons à plumer, et favorisent leurs gros clients! Tant qu'il n'y aura pas de régulation, nous devrons faire face à ces comportements abusifs, sans scupules et totalement amoraux...C'est toujours la même histoire, mais personne ne prend ce problème à bras le corps, c'est pourtant bien ce type de comportement qui est en train de faire vaciller l'économie mondiale!
a écrit le 24/05/2012 à 12:57 :
Rassurons-nous : si beaucoup de petits investisseurs ont été roulés en surpayant leurs actions, les gros investisseurs feront des profits en rachetant au prix normal leurs actions !
a écrit le 24/05/2012 à 12:03 :
je ne serai pas étonné qu'on découvre que la timide progression du cours, est dû à une simple intervention d'intermédiaires financiers commandée par les parties mises en cause dans cette affaire... question de pouvoir dire après "ah! vous voyez! les cours ne font pas que baisser!"
a écrit le 24/05/2012 à 11:26 :
Est ce que les parieurs au tiercé portent plainte ; pourtant on est en partie dans le même cas de figure ; il faudrait délocaliser la Bourse au casino de Deauville ce serait quand même plus classe ; j'attend l'avis de Canteloup sur le sujet
Réponse de le 24/05/2012 à 12:12 :
Ils le pourrait si on leur cachaient unr information du genre " le cheval sur qui ils avaient parié avant le début de la course était blessé" par exemple
a écrit le 24/05/2012 à 11:05 :
Les avocats sont la pour interdire de perdre en bourse....

Mais quand on investit on prend un risque donc tout les gogo qui ont acheté du Facebook devrait assumé leur bétise
Réponse de le 24/05/2012 à 12:14 :
Là il est surtout question de transparence et d'égalité d'information... Et manifestement ça n'a pas été le cas
Réponse de le 24/05/2012 à 13:04 :
Les avocats sont simplement jaloux des financiers. Pourquoi ces derniers seraient-ils les seuls à pouvoir plumer les investisseurs sans se voir inquiétés! Non, là, les investisseurs vont devoir s'acquitter d'honoraires à 5 ou 6 chiffres avec la promesse qu'il est possible de récupérer leurs mises. Sauf, comme d'habitude, les escrocs de la finance se sont bien arrangés pour exploiter les failles du système sans transgresser les règles!
a écrit le 24/05/2012 à 10:43 :
J'allucine de voire que la plainte porte contre FB et non pas contre MS, GS ou JPM ! Ces banques sont des cancers pour l'economie. On attends toujours un proces pour leur role dans le fiasco de la Grece.
a écrit le 24/05/2012 à 9:41 :
Nous sommes encore une fois dans de la spéculation pure ! Là est bien le problème. Acheter un titre a très court terme ne mène a rien sinon a des bulles. Soit FB est un bon placement car les dividendes sont bon soit c'est une bulle avec les risques qui vont avec pour les investisseurs. C'est aussi simple que ca.
Une décision politique mondiale devrait émerger: un impot sur les plus values à court terme comme pour l'immobilier si cet impot (au moins 80%) rend caduque la spéculation a court terme bon nombre de crises seront évitée et les banque garderont de l'argent pour financer l'économie réelle.
Réponse de le 24/05/2012 à 11:24 :
J'adhére complétement à votre remarque, mais qui aura le courage et la volonté d'effectuer cela?
Réponse de le 25/05/2012 à 16:03 :
Cameron peut être ??? Mort de rire!
a écrit le 24/05/2012 à 8:00 :
Alors bon, puisque les commentaires sont filtrés, voici les 3 questions à se poser:
1. comment le cours de l'action a-t-il pu être fixé à ce point en dehors de la fourchette d'estimation des experts et à quel point la fonction de conseil des intermédiaire peut-elle être prise en défaut
2. la question évidente de la transparence et de l'égalité d'accès à l'information
mais à mon avis la plus intéressante et celle qui bien entendu n'apparait nulle part:
3. comment les institutionnels (en tout cas certains d'entre eux) ont-ils pu se retrouver à faire des ventes à découvert à l'ouverture d'une entrée en bourse, alors même que le carnet d'ordre n'était pas servi, pour des raisons techniques? Par quel mécanisme cela est-il possible?
Réponse de le 24/05/2012 à 9:01 :
le juste prix est le prix auquel la société arrive à placer tous ses titres. c'est facile de dire 2 jours après que c'était trop cher, il ne fallait pas en prendre et puis c'est tout.
les gens sont des moutons et font n'importe quoi, et en plus ils n'assument pas après.
si j'était actionnaire de FB, j'aurais été contenté que les actions soient vendues aussi cher, plutôt que d'être bradées pour faire plaisir aux nouveaux investisseurs.
a écrit le 24/05/2012 à 7:24 :
Allez disons le, ça frise l'escroquerie. Mais les responsables ne sont pas coupables! Ces braves gens sont des victimes. Victimes de la signification du patronyme du patron de Facebook. Zuckerberg signifie littéralement "montagne de sucre". Ils ont cru que c'était une exortation à se ...SUCRER.
a écrit le 24/05/2012 à 3:02 :
ça y est ? vous avez compris les gogos qui croient à la Bourse ? ben ça a toujours été comme ça : les gros piquent le fric des petits en commettant ce que l'on appelle des "délits d'initiés", alors que c'est LA BASE MÊME DU FONCTIONNEMENT BOURSIER ! L'idéal c'est juste avant les krachs, et l'idéal de l'idéal c'est de s'organiser entre gros pour déclencher les krachs au meilleur moment, de manière à vendre au plus haut, laisser les gogos payer les pots cassés, et leur racheter leurs actions au plancher. Et recommencer tous les 3 à 5 ans environ .. vérifiez donc ! Sauf que ça commence vraiment à se savoir .. et qu'est-ce que vous croyez qu'il va se passer ? Ben rien .. justement parce que sinon, y'a plus de mécanisme boursier qui tienne. Allez, salut les gogos, et n'oubliez pas de continuer à croire au Père Noël ah ah !
Réponse de le 24/05/2012 à 8:48 :
Cher Cynikos, Merci de ta remarque, je pourrait donc conseiller à mes ouailles d'acheter les actions après les grosses baisses. Ah si c'était si simple!!!
Réponse de le 24/05/2012 à 9:38 :
moi, ce que je lis, c'est : "Il est avant tout reproché aux trois principales banques, Morgan Stanley, Goldman Sachs et JP Morgan Chase, d'avoir communiqué des informations sur les perspectives de Facebook à certains de leurs clients seulement, en plein processus d'introduction" .. si ça c'est pas la définition même du délit d'initié, et de l'arnaque boursière, alors c'est quoi la définition ? Et comme par hasard toujours les mêmes : Morgan Stanley, Goldman Sachs et JPMorgan ... vos ouailles ne feront jamais partie de ce "club", ni vous non plus je le crains ..
Réponse de le 24/05/2012 à 11:08 :
Les gens ont révé de la poule aux oeufs d'or quand on voit les ratios 100 fois les bénéfices pour une base de donnée personnel ca fait cher l'action...

Les dirigeants de facebook ont monnetisé leur participation et les gogos ont foncés....maintenant il pleur.

La bulle internet ne les a pas echaudé
a écrit le 23/05/2012 à 22:03 :
Petite histoire en famille !

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