Les conditions de travail chez Amazon à nouveau critiquées

Un journaliste de BBC One s'est fait embaucher dans un entrepôt britannique d'Amazon et a commenté en direct lundi soir les images captées lors de son enquête. Un expert du stress au travail interrogé par la chaîne de télévision estime que ces conditions d'exercice sont promptes à rendre gravement malade.

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Adam Littler a travaillé comme cueilleur dans un entrepôt britannique grand comme 10 terrains de foot.
Adam Littler a travaillé comme "cueilleur" dans un entrepôt britannique grand comme 10 terrains de foot. (Crédits : DR)

A quoi reconnait-on que Noël commence à pointer le bout de son nez ? Les illuminations commencent à être installées dans les rues, certes mais surtout… Amazon sollicite 15.000 employés temporaires pour faire face à une recrudescence temporaire de son activité, le plus souvent en intérim.

Or justement, Amazon fait l'objet de vives critiques ces dernières heures. En Allemagne, plusieurs centaines de salariés était en grève lundi matin pour exiger des hausses de salaires et menacent de poursuivre le mouvement au risque de perturber les livraisons de Noël. Outre Manche, un journaliste britannique de la BBC a testé les conditions de travail des «pickers» (cueilleur en bon français) de la société américaine. Vêtus de leurs gilets orange fluorescents, ces petites mains se chargent de préparer les colis dans des entrepôts gigantesques, dont la taille dépasse plusieurs terrains de foot.

Cette immersion a donné lieu à un reportage intitulé « The truth behind the click » diffusé en prime time lundi 25 novembre dans l'émission Panorama de la BBC One. Le journaliste Adam Littler y raconte ses conditions de travail et dévoile les images qu'il a pu capturer grâce à une caméra cachée. Résultat : 18 kilomètres à pied parcouru chaque nuit travaillée dans les allées d'un entrepôt de 75.000 m2, arpentés 10h30 durant avec un colis à récupérer toutes les 33 secondes.

Une cadence millimétrée, le cerveau au vestiaire

«Nous sommes des machines, nous sommes des robots, nous branchons notre scanner, nous le tenons, mais nous pourrions tout aussi bien le brancher sur nous-mêmes», commente-t-il lors de l'émission. Ce scanner lui impose en effet une cadence millimétrée. Plusieurs fois par minute, pour chaque paquet à retrouver, un bip sur ce scanner lui indique sa localisation et lui alloue un certain temps pour y parvenir. Dès qu'il commet une erreur ou mais plus de temps que prévu par la machine, le scanner sonne et prévient les supérieurs.

Lors de l'émission, Adam Littler constate : « Nous ne pensons pas par nous-mêmes, peut-être qu'ils ne nous font pas confiance à penser par nous-mêmes en tant qu'êtres humains, je ne sais pas ». Pour appuyer ce témoignage, la BBC One a sollicité la présence d'un expert du stress au travail pour commenter les images tournées par le journaliste lors de son immersion. Les propos de Michael Marmot apparaissent clairs : pour lui, ces conditions réunissent « toutes les mauvaises choses à la fois ». «Les caractéristiques de ce type de travail, les preuves montrent un risque accru de maladie mentale et de maladie physique » poursuit-il. « Il y aura toujours des petits boulots, mais nous pouvons faire en sorte qu'ils deviennent ou mieux ou pire. Et il me semble qu'un équilibre doit être trouvé entre exigences d'efficacité et la santé et le bien-être individuel » estime l'expert.

Face à ces critiques, Amazon soutient que la sécurité de ses travailleurs est sa  « préoccupation numéro une ». L'entreprise se défend en soulignant que les inspecteurs du travail officiels n'avaient jamais soulevé de problème et un expert indépendant désigné par la société a indiqué que le travail de ces « cueilleurs » s'avère « semblable à celui des emplois dans de nombreuses autres industries et n'augmente pas le risque de maladie mentale et physique ». Amazon a poursuivi sa défense en insistant sur le fait que ces emplois de nuit respectent le cadre légal et que les objectifs de rapidité sont calculé à partir des performances moyennes des autres employés. Avant de livrer sa dernière joute : elle a créé 5.000 emplois durables en Grande-Bretagne et investis un milliard de livres.

Des conditions de travail déjà dénoncées en France

En France, Amazon compte quatre entrepôts : le dernier a ouvert à Lauwin-Planque (Nord), après ceux de Saran (Loiret), Montélimar (Drôme) et Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire).  Les « cuilleurs » français subissent-ils le même type de conditions de travail ? On s'en rapprocherait beaucoup, selon une enquête du jeune journaliste Jean-Baptiste Malet, qui s'était lui aussi fait embaucher par Amazon l'an dernier à l'approche des fêtes. Dans un ouvrage intitulé sobrement « En Amazonie » publié chez Fayard au printemps 2013, il dénonce les conditions de travail des intérimaires de nuit dans le centre de logistique drômois. Effectuer des tâches ultra répétitives, par vacations de sept heures payées 9,725 euros brut de l'heure- le salaire minimum étant à 9,43 euros à ce moment là.

Selon lui, il n'y a que quatre types de postes, attribués une fois pour toutes, en trois équipes (5h50-13h10, 13h40-21h, 21h30-4h50) : ceux qui reçoivent la marchandise (les eachers), ceux qui la rangent dans les rayonnages (les stowers), ceux qui prennent les produits dans ces casiers pour préparer les commandes (les pickers) et enfin ceux qui les emballent (les packers). Il décrit une attitude de travail ultra codifiée : le tutoiement est obligatoire, les employés sont obligés de se garer en marche arrière, il est interdit de reculer lors de la manipulation d'un chariot, etc. Bref, comme Adam Littler cette fois, le Français faisait déjà le constat de recrues considérées comme des « robots » hébétés, soumis à des objectifs de productivité croissants.

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Commentaires 12
à écrit le 26/11/2013 à 17:04
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Partout dans le monde la période de Noël correspond à un travail bousculé pour tous les commerçants, sauf chez les journalistes subventionnés (tous) qui s'en étonnent. devrait-on faire le même test d'actions répétitives ailleurs que le constat serai...

à écrit le 26/11/2013 à 14:23
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Ce n' est pas vrai.....Amazon...nie ! !!!!!

à écrit le 26/11/2013 à 13:37
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Dans les années 70, l'arrivée de l'informatique ouvrait un véritable espoir dans un monde meilleur voir merveilleux.

à écrit le 26/11/2013 à 11:53
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Rien de neuf ici, et beaucoup d'hypocrisie. Ces eachers, stowers, pickers, packers et une bonne partie de la population sont bien contents de pouvoir consommer encore plus de choses à l'utilité douteuse, et au meilleur prix. Que ceux qui s'offusquent...

le 26/11/2013 à 12:23
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Il est beau le progrès...

le 26/11/2013 à 15:15
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@John Begood Et les managers iront postuler au pôle sans emploi car pour superviser des lignes de production automatisées ils ne seront plus d'utilité, une poignée de techniciens de maintenance suffiront. C'est le prix de la performance économique...

à écrit le 26/11/2013 à 11:39
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Se garer en marche arrière... comme dans la moitié des boites industrielles de France. Essayez de vous garer chez Total ou chez ERDF en marche avant...

le 26/11/2013 à 15:07
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+1

le 26/11/2013 à 15:26
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Quel est l'interet d'obliger les gens a se garer en marche arriere? Eviter les accrochages quand les gense sortent de leur place de parking? Cela ne me parait pas etre a summun de tyrannie et d'exploitaion des salaries.

le 29/11/2013 à 7:40
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Tout simplement en cas d'évacuation, c'est beaucoup plus rapide que tout le monde soit garé en marche avant

à écrit le 26/11/2013 à 10:56
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cet article en soit n'est pas nouveau , c'est l'arbre qui se moque de la foret quand meme , d'autres entreprises sont du meme style sous des l'attitudes plus asiatiques comme foxcom , je pourrais dire que là bas non plus c'est kit kit pareil et pourt...

le 26/11/2013 à 12:15
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Heureusement Balzac prenait davantage soin de la langue française... Confondre attitude et latitude il faut le faire!

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