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Brésil : X doit suspendre le réseau sous peine de lourdes amendes

latribune.fr

Publié le 19 septembre 2024 à 14:17 - Mis à jour le 19 septembre 2024 à 14:17

Un juge de la Cour suprême, Alexandre de Moraes, a ordonné le 30 août la suspension de X au Brésil.

Un juge de la Cour suprême, Alexandre de Moraes, a ordonné le 30 août la suspension de X au Brésil.

DADO RUVIC

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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Le réseau social, suspendu au Brésil par la justice, a fait son retour mercredi dans le pays pour certains usagers, de manière « involontaire » d'après X (ex-Twitter). De son côté, l'agence brésilienne des télécommunications Anatel dénonce une « intention délibérée de contourner l'ordre de la Cour suprême ». Une juge a ordonné que la plateforme X bloque à nouveau les accès à sa plateforme aux usagers brésiliens, sous peine d'une amende quotidienne d'environ 820.000 euros.

Nouvel épisode du bras de fer opposant les autorités brésiliennes et Elon Musk. Alors que le réseau social X (ex-Twitter) appartenant au milliardaire a été suspendu au Brésil par la justice, une astuce technique a permis mercredi au réseau social de faire son retour.

Une juge de la Cour suprême du Brésil a ainsi ordonné ce jeudi que la plateforme X bloque à nouveau les accès à sa plateforme aux usagers brésiliens, sous peine d'une amende quotidienne d'environ 820.000 euros. Le magistrat Alexandre de Moraes affirme que X « s'est montré récalcitrant, de façon illicite, persistante et avec l'intention de ne pas respecter les ordres judiciaires » et inflige une amende de 5 millions de réais par jour tant que la suspension de la plateforme ne sera pas rétablie.

La suspension de la plateforme au Brésil, où elle comptait quelque 22 millions d'usagers, a lancé un vif débat dans le plus grand pays d'Amérique latine, et au-delà, sur les limites de la liberté d'expression sur les réseaux sociaux. Le rétablissement de X met les juges de la Cour suprême « en échec », pour Alexandre Caramelo, professeur de télécommunications au sein de la Fondation Getulio Vargas. « Cela prouve qu'ils ne savent pas ce qu'ils font » et « ignorent ce qui est techniquement possible », a-t-il confié à l'AFP.

D'après l'agence brésilienne des télécommunications Anatel, le réseau a fait preuve d'une « intention délibérée de contourner l'ordre de la Cour suprême », assurant qu'elle prendrait « les mesures nécessaires en cas de nouvelles tentatives de contourner la suspension ». De son côté, X a assuré mercredi soir que le rétablissement de son service était un effet « involontaire » d'un changement de serveur et resterait « temporaire ».

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Pour rappel, un juge de la Cour suprême, Alexandre de Moraes, a ordonné le 30 août la suspension de X au Brésil. Il reproche notamment à la plateforme du milliardaire américain d'avoir ignoré une série de décisions judiciaires liées à la lutte contre la désinformation. Dans le détail, ce magistrat s'est donné pour mission d'assainir le web brésilien. Il a ainsi demandé à X de supprimer les comptes de personnalités, majoritairement d'extrême droite, formant une « milice numérique ». Mais le milliardaire, qui se considère comme un défenseur de la liberté d'expression - et soutient par ailleurs l'ancien président d'extrême droite Jair Bolsonaro -, a refusé de se plier à cet ordre.

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Des adresses IP qui changent sans cesse

Certains Brésiliens ont ainsi eu mercredi la surprise d'avoir de nouveau accès à l'application mobile de l'ancien Twitter via réseau cellulaire et wifi, tandis que pour d'autres usagers l'accès demeurait impossible, même si cela ne risque pas de durer très longtemps :

«Grâce au soutien des opérateurs de télécommunications et de l'entreprise (de cybersécurité) Cloudfare, il a été possible d'identifier un mécanisme qui, nous l'espérons, (...) pourra rétablir le blocage» de l'accès à la plateforme, a précisé Anatel.

C'est l'Association brésilienne des fournisseurs d'accès internet (Abrint), un groupement du secteur, qui a expliqué comment la reprise partielle de X avait été techniquement possible. « L'application X a été actualisée (...) durant la nuit, ce qui a abouti à un changement significatif dans sa structure », a-t-elle indiqué dans un communiqué.

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Selon l'Abrint, le recours de X à Cloudflare, une entreprise de cybersécurité qui utilise des adresses IP changeant sans cesse, « rend le blocage de l'application beaucoup plus compliqué ». Auparavant, les adresses IP (identifiant les appareils des internautes) étaient fixes et facilement susceptibles de blocage. Or, « beaucoup de ces adresses IP sont partagées avec d'autres services légitimes, comme des banques et de grandes plateformes, rendant impossible de bloquer une IP sans affecter d'autres services », a expliqué l'association.

De la magie

Dans la nuit, au moment où l'application s'actualisait automatiquement chez certains Brésiliens, Elon Musk a écrit sur son compte : « Toute magie suffisamment avancée est indiscernable de la technologie » - une variation sur une formule connue, vue comme une « provocation » par la presse brésilienne. Le milliardaire avait fustigé la suspension, traitant de « dictateur » le juge Moraes. La droite brésilienne emmenée par l'ancien chef de l'Etat Jair Bolsonaro lui avait emboîté le pas.

Ce dernier, qui affiche sa proximité avec l'entrepreneur, n'a pas tardé à poster à nouveau sur X. « Je félicite tous ceux qui ont fait pression pour défendre la démocratie au Brésil », a lancé Jair Bolsonaro, affirmant qu'« en bannissant le plus grand réseau social du pays, ce n'est pas une entreprise qui a été punie, mais des millions de Brésiliens ».

La suspension avait en revanche été soutenue par le gouvernement du président de gauche Lula, au nom du respect des lois. Sollicité par l'AFP, le secrétaire en charge du numérique auprès de la présidence brésilienne, Joao Brant, a décliné tout commentaire. Certains usagers se sont, eux, amusés. Les hashtags « Il est revenu » ou « Cloudflare » ont été parmi les plus utilisés mercredi au Brésil.

En bloquant le réseau, le juge Moraes avait également prévu des amendes de 50.000 reais (environ 8.000 euros) par jour pour les personnes qui recourraient à des « subterfuges technologiques » pour contourner le blocage, comme l'usage de réseaux privés virtuels (VPN).

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En Europe, la situation se tend également avec le réseau social. Bruxelles a ouvert en décembre une enquête formelle contre X, soupçonné de manquements à ses obligations en matière de lutte contre la désinformation. La liste des griefs était particulièrement longue. Etaient notamment épinglés le faible nombre de modérateurs, un système de signalement des contenus illicites peu efficace ou encore des messages d'avertissement insuffisants contre les images violentes. Après avoir racheté Twitter en 2022, Elon Musk a procédé à une vague massive de licenciements qui a décimé les équipes de modération. Il défend une vision radicale de la liberté d'expression, rejetant toute forme de censure, même s'il assure vouloir respecter les lois de chaque pays.

(Avec AFP)

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