Alphabet, la maison mère de Google, a dévoilé des résultats décevants mardi. Ceci, dans un contexte de course à l'IA très concurrentielle.
[Article publié le mercredi 5 février 2025 à 10h34, mis à jour à 18h28] Les derniers résultats d'Alphabet déçoivent Wall Street. Mardi soir, la maison mère de Google a en effet annoncé une croissance un peu ralentie au quatrième trimestre 2024, avec une activité cloud en dessous des attentes, et des dépenses colossales en 2025. Ceci, dans un contexte de course à l'innovation en matière d'intelligence artificielle. À l'ouverture des échanges à la Bourse de New York ce mercredi, l'action de la firme tech perdait 7,95 %, avant de s'afficher à -7,32 % vers 18h30 à Paris, à 192,5 dollars. Elle avait déjà dégringolé d'un niveau quasi-similaire la veille à la clôture.
La firme américaine a donc réalisé 96,5 milliards de dollars de chiffre d'affaires d'octobre à décembre 2024, en hausse de 12 % sur an. Au total, Alphabet a dégagé 26,5 milliards de dollars de bénéfice net au quatrième trimestre, et prévoit de nouvelles réductions budgétaires et plans de départ pour améliorer ses marges. Le groupe fait état d'un bénéfice de 2,15 dollars par action, contre un consensus qui ressortait à 2,13 dollars.
Le cloud déçoit, la pub progresse
Le chiffre d'affaires trimestriel de la division « cloud » d'Alphabet, stratégique dans son modèle d'affaire, a progressé de 30 % à 11,96 milliards de dollars. Mais le rythme est toutefois moins important qu'au troisième trimestre (+35 %). Les analystes anticipaient en moyenne une hausse de 32,3 % à 12,16 milliards de dollars, selon des données de l'analyste financier LSEG.
« Nous continuons d'assister à une forte demande pour nos offres d'IA sur le cloud », a assuré Sundar Pichai, patron d'Alphabet, lors d'une conférence téléphonique aux analystes. Il a aussi annoncé que son entreprise allait investir 75 milliards de dollars en 2025, principalement dans l'IA.
Sur la période octobre-décembre 2024, les ventes publicitaires d'Alphabet, qui représentent les trois quarts du chiffre d'affaires total de l'entreprise, ont progressé de 10,6 % à 72,46 milliards de dollars. Un bon résultat tiré notamment par la pub sur YouTube, dont les ventes ont grimpé au quatrième trimestre de 13,8 % à 10,47 milliards de dollars (contre une hausse de 12,2 % au trimestre précédent). Cette progression s'explique en partie par les annonces liées à l'élection présidentielle américaine de novembre.
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« Performances décevantes »
« Les performances décevantes de Google Cloud suggèrent que leur élan lié à l'IA est en perte de vitesse, pile au moment où leur stratégie est remise en question par DeepSeek », juge à l'AFP Evelyn Mitchell-Wolf d'Emarketer. Pour rappel, la concurrence déjà sévère dans l'IA générative a pris une nouvelle dimension la semaine dernière avec le succès inattendu du nouveau modèle de la start-up chinoise DeepSeek, aussi performant que les agents IA américains, mais moins cher. L'équipe chinoise « a fait du super boulot », a reconnu Sundar Pichai, qui pense néanmoins que Gemini, l'IA de Google, « est en tête », en termes de « coût, performance et rapidité ».
Pour Alphabet, l'IA générative représente la première véritable menace à son cœur de métier, la vente de publicités en ligne, depuis que Google est devenu synonyme de recherche sur internet. Elle permet en effet de plus en plus de contourner les liens publicitaires associés aux résultats de recherche, en posant directement une question à un agent conversationnel IA.
Face à la vague de l'IA, le groupe californien a réagi l'année dernière en lançant les « AI Overviews » ( « Aperçus IA ») : le moteur répond aux requêtes avec une réponse rédigée et différentes options, avant la traditionnelle liste de liens. En décembre, le patron d'Alphabet s'est félicité que ce nouveau service touche « 1 milliard de personnes », et a promis d'y ajouter bientôt « les capacités de raisonnement avancées de Gemini 2.0 », la dernière version de son modèle.
L'omniprésence du moteur de recherche et les habitudes des consommateurs « protègent » Google, estime auprès de l'AFP l'analyste de chez Emarketer. « 2025 pourrait être l'année où ces avantages s'érodent de manière significative ».
Menace de démantèlement
Autre défi de taille pour le géant de la tech : en 2025, une menace de démantèlement pèse sur lui. L'entreprise a en effet été jugée coupable de pratiques illégales pour établir et maintenir son monopole dans la recherche en ligne. Le gouvernement américain a en conséquence demandé à la justice que Google cède son navigateur internet Chrome, une sanction potentiellement historique. Sur ce sujet, le sort de la firme dépend désormais en partie du président Donald Trump.
Dès son premier jour à la Maison Blanche, le président américain a par ailleurs annulé un décret sur la sécurité en matière d'IA. Mardi, Google a mis à jour ses principes sur le développement de l'intelligence artificielle (IA), retirant sa promesse de se tenir à distance des armes et des systèmes de surveillance.