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Technos & MediasInternet

Cuba attend avec impatience sa révolution Internet

Photo de Giulietta Gamberini

Giulietta Gamberini

Publié le 02 juillet 2015 à 05:02

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Parmi les espoirs suscités par la normalisation progressive des relations entre Cuba et les Etats-Unis, qui viennent d'annoncer la réouverture de leurs ambassades respectives, celui d'une amélioration des infrastructures Internet de l'île n'est pas des moindres. Alors qu'ils manifestent le besoin d'accéder aux sites d'annonces et aux réseaux sociaux, les Cubains doivent encore faire face à de longs trajets et à des tarifs prohibitifs pour se connecter. Le seul lieu offrant du wifi public et gratuit sur...

Quelques fauteuils, une buvette, des rideaux blancs qui protègent du soleil tropical... La cour sur laquelle s'ouvre l'Estudio Romerillo,  laboratoire artistique situé dans un quartier populaire de la périphérie de La Havane, ne présente au premier regard aucun attrait particulier. Pourtant, pour nombre de jeunes Cubains, il est devenu un rendez-vous incontournable. La nouvelle, déjà relayée par les médias occidentaux, circule en effet de bouche à oreille sur l'île: l'artiste -et député- Kcho (né Alexis Leyva Machado) y a lancé au mois de mars le premier wifi gratuit et public de Cuba. Depuis, les internautes y affluent de tous les coins de la ville, voire du pays.

Ils étaient une quarantaine à essayer de capter le signal, leur smartphone à la main, un jeudi midi du mois d'avril. Les plus chanceux n'ont mis qu'une trentaine de minutes dans un bus bondé pour s'y rendre, mais la plupart ont affronté au moins une heure de voyage. Certains, comme Franklin, témoignent même de trois heures de route. Tous viennent chercher ici ce qui est quasiment introuvable ailleurs : la possibilité de se connecter à internet sans subir les tarifs prohibitifs que leur impose la société d'Etat Etecsa, qui détient le monopole des télécommunications à Cuba.

Rareté de l'offre

Sur l'île communiste, en effet, l'internet reste encore un vrai désert. En visite à Cuba en juin 2014, Eric Schmidt, président de Google, affirmait que le web y demeurait "coincé dans les années 1990", observant par ailleurs que l'embargo commercial américain imposé depuis 1961 y rendait particulièrement difficile l'évolution des infrastructures en place (venues d'Asie). "Nous sommes des analphabètes de l'internet", reconnaît également l'un des internautes présents à l'Estudio Romerillo, Ray. Licencié en communication sociale, il admet qu'être ainsi coupé du reste du monde a constitué un véritable handicap pour ses études.

L'ouverture de salles de navigation accessibles aux Cubains ne date en effet que de 2013. Si les tarifs qui y sont pratiqués (4,5 dollars de l'heure) sont inférieurs à ceux proposés dans les hôtels (10 dollars en moyenne), ils restent néanmoins prohibitifs pour la majeure partie de la population, le salaire mensuel moyen du pays étant d'environ 20 dollars. Les salles, 155 sur une surface de presque 110.000 kilomètres carrés, sont de surcroît rares, ainsi difficilement accessibles et souvent bondées. Les Universités sont théoriquement équipées, même si souvent le réseau tombe en panne. Quant aux connexions privées, strictement réglementées et réservées à certaines professions (universitaires, journalistes, médecins...), elles ne concernent encore que 3,4 des foyers, selon l'Union internationale des télécommunications (UIT), et pâtissent comme celles publiques de faibles débits.

Une vrai besoin de la population

Certes, le gouvernement a affirmé souhaiter que tous les Cubains aient accès à internet avant 2020. Mais la dernière annonce d'Etecsa, qui a promis ouvrir au public 35 espaces wifi payants en juillet, n'est pas susceptible de changer sensiblement la donne, malgré la baisse généralisée des tarifs d'accès à internet qui accompagnera cette ouverture. Le prix fixé pour le moment, de deux dollars de l'heure, ne correspond en effet pas vraiment aux recommandations de l'UIT qui, pour atteindre l'objectif de connecter à internet 50% de la population des pays en voie de développement avant 2020, suggère plutôt des prix inférieurs à 5% de ses revenus mensuels.

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Pourtant, à Cuba, de meilleures performances et un accès facilité à l'internet correspondent déjà à une véritable besoin de la population. Aujourd'hui à la recherche d'un emploi, Ray se trouve par exemple confronté à un paradoxe: nombre d'offres ne sont publiées que online. Ainsi, "sur l'île comme partout ailleurs, pouvoir accéder à internet représente désormais un avantage concurrentiel" estime-t-il. Encore plus par ailleurs dès lors qu'il s'agit d'aller travailler à l'étranger, perspective qui reste toujours particulièrement attrayante pour bon nombre de Cubains.

Des smartphones acquis avec l'argent reçu de l'étranger

Depuis l'annonce du dégel des relations entre La Havane et Washington  en décembre, quelques sites américains ont d'ailleurs décidé, malgré le faible accès à internet, de se lancer sur l'île: c'était le cas en avril d'Airbnb, qui pourrait chambouler le fleurissant commerce cubain de chambres chez l'habitant, mais aussi de Netflix qui y a ouvert début février. Quant aux réseaux sociaux, "grâce à Facebook, Messenger, Instagram nous pouvons communiquer avec nos familles et nos amis vivre à Miami ou ailleurs », témoigne d'ailleurs Juan.

Signe de leur appétit pour internet et les nouvelles technologies, beaucoup de Cubains sont d'ailleurs déjà équipés de smartphones, achetés, grâce à de l'argent reçu de l'étranger, aux plus ou moins les mêmes prix qu'en France. "Tout le monde est intéressé à internet et aux smartphones car c'est nouveau", explique Juan.

Les yeux rivés vers les Etats-Unis

Le système D fleurit alors à Cuba: piratage des mots de passe des signaux wifi d'hôtels et bureaux, commerce de "paquets" de produits digitaux téléchargés illégalement, bricolage de réseaux intranet grâce à l'installation abusive de routeurs. Sur des sites d'annonces tels que Revolico, les heures d'internet font carrément l'objet d'un commerce qui permet de les obtenir à des prix partiellement réduits (de 4,5 dollars de l'heure jusqu'à 2 environ, jusqu'à présent). A l'Estudio Romerillo, où le nombre d'accès au routeur est limité à une cinquantaine de personnes pour des raisons techniques, se connecter les uns sur les appareils des autres est une pratique courante. Juan affirme d'ailleurs prêter régulièrement son smartphone à d'autres personnes qui le lui demandent pour se connecter.

Des proxys partout

Pour sortir de cette débrouille du quotidien, en matière d'internet comme dans beaucoup d'autres domaines, tous les yeux sont alors rivés vers les Etats-Unis et les nouveaux investissements qu'ils pourraient apporter. Un espoir nourri par l'approche adoptée par Washington, qui a assoupli en janvier les restrictions aux exportations américaines vers Cuba dans le secteur des communications -au niveau des infrastructures comme des logiciels et des terminaux grand public.

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Les Cubains n'en sont pourtant pas dupes: même dans l'hypothèse tant attendue d'une levée totale de l'embargo pratiqué par les Etats-Unis vis-à-vis de Cuba depuis 1962, les principales questions en matière d'accès à internet resteront ouvertes. D'une part, le monopole détenu par Etecsa, associé aux difficultés financières de l'Etat cubain, ne peut que ralentir significativement le processus, craint Ray comme bon nombre d'analystes. De l'autre, comme c'est déjà le cas en Chine, la question du niveau de liberté accordé aux internautes ne manquera pas de se poser dans un pays où les violations des droits civiques et politiques sont d'ores-et-déjà dénoncées. "Il y a des proxys partout", reconnaît le jeune internaute, qui garde toutefois la "foi": "cela va prendre du temps, mais dans une quinzaine d'années les choses pourraient avoir véritablement évolué, matériellement, professionnellement et humainement", croit-il.

Giulietta Gamberini

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