"L’arnaque sur Internet est devenue une véritable industrie" Jérémie Mani

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Neuf annonces sur dix de billets à tarifs réduits sur Le Bon Coin sont des arnaques pour Jérémie Mani, le PDG de Netino, le leader français de la modération sur Internet.
"Neuf annonces sur dix de billets à tarifs réduits sur Le Bon Coin sont des arnaques" pour Jérémie Mani, le PDG de Netino, le leader français de la modération sur Internet. (Crédits : D.R)
L’été arrive et les fraudes sur Internet liées aux vacances redoublent. Jérémie Mani, le PDG de Netino, le leader français de la modération sur Internet, explique les méthodes des escrocs sur les sites de commerce entre particuliers, comment on peut les repérer, et comment des algorithmes cherchent à les arrêter.

Prenez garde au moment de réserver votre maison de vacances dans le sud de la France ou vos billets pour Eurodisney, le Puy-du-Fou ou le parc Astérix. En cette saison estivale, les escrocs redoublent d'inventivité sur Internet pour louer des biens qui n'existent pas, usurper l'identité des vrais propriétaires, ou émettre de faux billets de parcs d'attraction qui ressemblent à s'y méprendre à des vrais. Les cyber-arnaqueurs sévissent partout, y compris sur des sites très populaires comme Le Bon Coin ou Airbnb. Les arrêter relève du parcours du combattant pour les sites de commerce entre particulier. Jérémie Mani, le PDG de Netino, leader français de la modération sur Internet, explique à La Tribune les nouvelles méthodes des escrocs, comment repérer une annonce frauduleuse et comment les plateformes luttent contre ce phénomène.

La Tribune. Les fraudes sur Internet pullulent toute l'année. Pourquoi l'été est-il une période plus faste pour les cyber-arnaqueurs ?

Jérémie Mani. L'été est une période particulièrement propice aux arnaques car les vacances sont chères, les Français préparent souvent leur départ dans l'urgence, et trouver une location bon marché relève d'un parcours du combattant dans certains endroits. Avec l'essor de l'économie du partage, les gens sont de plus en plus en recherche de "bons plans" sur des sites comme Le Bon Coin ou Airbnb, dans l'espoir de trouver des offres qui leur permettraient d'économiser parfois jusqu'à la moitié de la somme. Ils savent aussi que sur ces plateformes, une annonce intéressante peut leur passer sous le nez s'ils ne se décident pas rapidement.

Les arnaqueurs profitent de ce climat pour mettre au point des fraudes de plus en plus sophistiquées. Ces dernières années, l'arnaque sur Internet est devenue une véritable industrie. Contrairement à ce qu'on croit quand on n'a pas été victime d'une fraude sur Internet, même des personnes qui ont la tête sur les épaules s'y laissent prendre. Les arnaques en ligne les plus courantes concernent la location saisonnière et les billetteries de spectacles et des parcs d'attraction comme Disneyland, le parc Astérix, le Puy-du-Fou ou le Futuroscope.

Comment s'organisent les fraudes aux locations saisonnières ?

Le mode opératoire le plus courant est d'être escroqué en croyant louer un appartement qui n'existe pas. Le fraudeur s'inspire d'une location réelle, demande un acompte mais le vacancier s'aperçoit en arrivant que l'appartement qu'il croyait avoir réservé au 26 rue des Rosiers, par exemple, n'existe pas car la rue s'arrête au numéro 24. C'est très courant.

Cela va de pair avec l'arnaque au faux propriétaire. Le fraudeur recopie carrément une vraie annonce, la publie sur un autre site, change le nom du propriétaire et les informations de contact, récupère les arrhes physiquement en rencontrant sa victime dans un lieu public sous le prétexte de lui remettre les clés, mais l'appartement ne lui appartenait pas. La victime se retrouve démunie sur le lieu de ses vacances car elle a perdu de l'argent mais doit aussi trouver une solution d'hébergement d'urgence. Au préjudice financier s'ajoute alors un préjudice émotionnel important.

Le troisième type d'arnaques, très récent, est aussi le plus ingénieux. Des fraudeurs se font passer pour des vacanciers et contactent l'auteur d'une petite annonce réelle sur Le Bon Coin ou Airbnb. Ils disent qu'ils sont très intéressés, qu'ils ont eu un coup de cœur et proposent de payer tout de suite l'intégralité de la somme. Ils font alors un versement supérieur au montant prévu, 1500€ par exemple à la place de 1000€. Le loueur honnête les contacte et leur propose de rembourser le trop-perçu dès qu'il voit l'argent sur son compte. Ce qu'il ignore, c'est que le prétendu locataire agit depuis l'étranger, où les délais de rétractation sont plus longs qu'en France, parfois jusqu'à une semaine. Dès que le loueur a reversé les 500€ de trop-perçu, le fraudeur annule son paiement et l'argent est retiré du compte du loueur, qui a perdu 500 euros au passage.

« Neuf annonces sur dix de billets à tarif réduit sur Le Bon Coin sont des arnaques »

Et pour les arnaques aux prestations de loisirs ?

Sur Le Bon Coin, neuf annonces sur dix proposant un billet pas cher pour les parcs d'attractions sont des arnaques. Conseil à ceux qui seraient tentés d'y acheter un billet pour le Puy-du-Fou ou Disneyland entre 25 et 35 euros : ne le faites pas ! La personne se présente comme salariée de Disney ou disposant de plusieurs billets grâce à son comité d'entreprise, qu'elle revend entre 25 et 35 euros. Elle écrit dans un français parfait, se montre pleine d'assurance et rassurante au téléphone, mentionne qu'elle habite dans un beau quartier et veut que l'acheteur paie en liquide. Lorsqu'ils se rencontrent, le fraudeur donne des billets électroniques, qui, évidemment, ne sont que des bouts de papiers très ressemblants mais sans valeur. L'acheteur se retrouve démuni lorsqu'on lui refuse l'entrée, avec les enfants qui pleurent à côté.

Comment se prémunir contre ces pratiques ?

Ce qui est intéressant, c'est que les fraudeurs sont dans une sorte de surenchère, de concurrence les uns avec les autres. Ils ne peuvent pas trop baisser les prix car cela paraîtrait trop suspect. Pour inciter les victimes à choisir leur arnaque plutôt qu'une autre, ils proposent souvent des services supplémentaires. Par exemple, le parking gratuit à Disneyland. Or, en se renseignant, on découvre que le parking est payant et que les billets électroniques doivent être nominatifs à Disneyland. Si on vous propose un billet avec parking gratuit et sans nom, c'est une arnaque. La difficulté est que chaque parc d'attraction fonctionne différemment, il faut donc bien connaître les spécificités de chacun.

Pour les fraudes aux locations saisonnières, il faut vérifier que l'endroit existe bien. Je conseille aussi d'utiliser l'outil Google Images pour vérifier que les photos n'ont pas été copiées d'un autre site. Mais quand l'arnaque est vraiment bien faite, ce qui arrive de plus en plus, il est très difficile de ne pas tomber dans le panneau.

Comment les plateformes d'échanges entre particuliers peuvent-elles réagir ?

Il devient difficile d'identifier une fausse annonce, car elles sont de plus en plus plausibles. Il faut aussi savoir que les sites tels que Le Bon Coin publient des dizaines de milliers d'annonces tous les jours, il est impossible de vérifier si elles sont toutes authentiques. En revanche, ces fraudes entachent leur réputation, donc la quasi-totalité de ces sites font appel à des entreprises de modération comme la nôtre, Netino, mais malgré nos efforts, beaucoup d'annonces frauduleuses passent entre les mailles du filet.

« Le big data peut être une solution, mais il doit être accompagné de modérateurs humains »

Comment procédez-vous pour identifier une annonce frauduleuse et pourquoi n'avez-vous pas des résultats plus satisfaisants ?

Le volume d'annonces est tellement important, des centaines de milliers, que même avec un taux de réussite de 99%, le pourcentage restant d'annonces frauduleuses fait des dégâts. Nous fonctionnons à la fois avec des modérateurs humains et des algorithmes. Nous avons développé une technologie qui permet d'identifier les facteurs de risques. Nous en avons identifié une douzaine, que nous adaptons à chaque type de fraude. Par exemple, nous n'utiliserons pas les mêmes critères pour repérer une fraude à la billetterie qu'une fraude au logement. Plus une annonce cumule de critères de risques, plus elle attire notre attention. Elle est repérée par les algorithmes qui envoient une notification aux modérateurs humains. Le big data est une formidable solution pour lutter contre la cyberfraude, mais il doit être accompagné de personnes pour faire un tri plus pertinent.

Quels sont ces critères ?

Je ne peux pas tous vous les révéler, mais nous repérons par exemple l'adresse IP de chaque annonce pour identifier celles qui proviennent de l'étranger, car elles sont plus susceptibles d'être frauduleuses. Si le message vient d'Ethiopie, du Ghana ou du Cameroun, des zones qui sont connues pour avoir des réseaux de fraude sur Internet, la probabilité d'une arnaque est proche de 100%. Les adresses e-mails non nominatives et provenant d'une messagerie gratuite sont aussi plus suspectes que les messageries qui permettent une identification facile de l'utilisateur, comme "Orange.fr" ou "sfr.fr".

Nous prenons aussi en compte le prix affiché, ou encore les tournures de phrase, que nous corrélons avec la provenance du message. Par exemple, si un pseudo-vendeur dit "je me prénomme Pierre" et qu'il dit venir de Strasbourg, cela va nous alerter car personne ne parle comme ça en France. En revanche, c'est une tournure de phrase très utilisée en Afrique... Bref, cette analyse complexe permet d'aboutir à un taux de risque. S'il est important, l'annonce est regardée de plus près par nos équipes. Il peut arriver qu'une personne présentant un fort taux de risque ne soit pas un arnaqueur, mais généralement nous tombons juste. En revanche, les plus malins échappent à ce contrôle et il n'y a rien que personne ne puisse faire.

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Commentaires
a écrit le 02/09/2016 à 16:24 :
Je viens de me faire arnaquer par airbnb.
Pour réserver, il faut créer un compte.
Ce compte commence par l’adresse mail, une confirmation par mail, un n° de tel, une confirmation par un appel téléphonique.
Puis, avant même un nom, ils demandent le n° de carte bancaire et le code de vérification, ensuite seulement les noms et prénoms qu’il faut prouver par la photo en ligne des 2 cotés d’une pièce d’identité … Avec tout ça ils peuvent débiter mon compte de tout ce qu'ils le voudront !
Il leur faut une 2ème preuve de l’identité !
Pour cela demandent de la récupérer en ligne par la connexion à un compte de réseau social Facebook, Gmail ou Linkedin ou par une vidéo en ligne toujours de 10-15 secondes me présentant ainsi que mes origines.
C’est alors que la transaction a été arrêtée du fait que je ne détiens de compte sur aucun réseau social et que mon ordinateur ne possède pas de webcam. Impossible de leur envoyer la vidéo demandée par courriel faute d’adresse mail précise ce que d’ailleurs ils ont refusé ce matin au téléphone.
Bien déçue, je m’acharne en vain plusieurs heures pour arriver à leur fournir cette vidéo avant de renoncer
Je le leur ai écrit par mail comme j’ai pu puisqu’il n’y a aucun contact indiqué sur leur site tant qu’on n’a pas de compte.
La transaction n’était pas finie, je n’avais rien à craindre ! Que nenni !
Ce matin, mails de airbnb me prévenant que que je n’ai plus que 4h pour finaliser, enfin des appels téléphoniques pour m’aider à finir … ( 3 personnes en tout : 2 par téléphone). Enfin les deux parties renoncent: l’ouverture d’un compte n’est pas possible dans ces conditions, j’envoie à nouveau un courriel pour leur signifier que je demandais l'effacement de mes données personnelles et leur interdisait tout prélèvement bancaire.
Réponse en américain me signifiant que mon compte serait prélevé de la somme correspondant à la location augmentée des frais de ménage et autres frais.
a écrit le 07/07/2015 à 14:48 :
Attention!!!!!
Prudence.
J'ai réservé dans une agence de voyage mes vacances à l'étrange
Certes,c'est cher
Mais,au moins,c'est fiable
Et je n'aurai pas de surprise..

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