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Les médecins accélèrent leur passage à la téléconsultation

Eliane Kan et Erick Haehnsen

Publié le 23 mars 2020 à 11:30 - Mis à jour le 23 mars 2020 à 11:47

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Pour désengorger les hôpitaux, les plateformes de téléconsultation médicale bénéficient d'un allègement provisoire des contraintes réglementaires. Un marché en pleine structuration.

Le décret du 9 mars d'Olivier Véran, ministre de la Santé, a assoupli, pour la période de l'épidémie du Covid-19, les règles de la télémédecine. « Même si la téléconsultation médicale ne répond pas à tous les maux, elle constitue une façon d'élargir la palette de l'offre de soins afin de désengorger les hôpitaux. En aucun cas, il ne s'agit d'une réponse unique, explique Serge Smadja, secrétaire général de SOS Médecins France et président de SOS Médecins Grand Paris. Selon le décret, tous les médecins pourront faire de la télémédecine, à titre exceptionnel, à condition que les téléconsultations s'inscrivent "prioritairement" et non plus "obligatoirement" dans le cadre d'une organisation territoriale coordonnée », poursuit Serge Smadja. Autrement dit, le parcours de soins coordonnés par le médecin traitant n'est plus un passage obligé. Désormais, le décret permet à toutes les ressources médicales de participer à l'effort de soin durant la crise sanitaire.

Mobilisation


D'où la mobilisation des plateformes de télémédecine comme, entre autres, Axa, Doctolib, Livi, Medicitus, MesDocteurs ou Qare. Certaines d'entre elles proposent même d'équiper les médecins en 24 heures. Et ce, gratuitement pendant la période de crise. Mais pas n'importe comment. « Les cotations, et même les majorations, se font aux tarifs habituels. Il s'agit donc d'un acte médical à part entière qui est remboursé de la même manière. Dans cet esprit, les patients en ALD [affectations longue durée, NDLR] et en CMU [couverture maladie universelle, NDLR] doivent également pouvoir en profiter », insiste Serge Smadja. À cela s'ajoute l'obligation de traçabilité des interventions et des moyens de remboursement.

Croissance exponentielle


De fait, « la téléconsultation médicale est une pratique déjà bien ancrée parmi les 30-45 ans », rapporte Olivier Thierry, PDG de Qare. L'entreprise, qui a levé plus de 20 millions d'euros en 2019, a réalisé plus de 80.000 téléconsultations l'an dernier avec ses médecins généralistes, cardiologues, gynécologues psychologues et autres dermatologues. Jusqu'ici, les principaux motifs de téléconsultation portaient sur les infections urinaires, la grippe, la gastro-entérite, les allergies et le renouvellement d'ordonnances (notamment pour la pilule contraceptive). Ces derniers jours, la plateforme a fait face à une croissance exponentielle de demandes de téléconsultations.

« Les patients choisissent ce mode de consultation pour limiter les risques de contracter le coronavirus en se rendant dans des cabinets médicaux », décrypte le dirigeant.

Habituellement, Qare se rémunère en prélevant une commission de 20 % sur les honoraires du médecin ainsi qu'avec un abonnement mensuel à sa plateforme. Actuellement, le paiement de ce dernier est suspendu jusqu'en mai pour faire face à l'épidémie du coronavirus.

La question de l'intérim


Le 11 mars dernier, l'opérateur a noué un partenariat avec la plateforme d'intérim iziwork. « Face au coronavirus, nous répondons aussi bien aux inquiétudes de nos 400.000 intérimaires qu'à celles de nos clients employeurs qui sont à la recherche de solutions de continuité d'activité grâce à l'intérim dans un contexte d'épidémie, détaille Mehdi Tahri, co-fondateur d'iziwork. Nous proposons, en avance de frais, un accès en moins de 30 minutes à la téléconsultation préventive gratuite sur smartphone à nos intérimaires avant leur prise de poste et pendant leur mission. En 24 heures, nous avons eu presque 2.000 demandes. » Précisons que le secret médical empêche l'employeur d'exiger de l'intérimaire le compte-rendu médical de sa téléconsultation avant d'embaucher.

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Recueillir suffisamment de données médicales


Reste que l'une des limites de la téléconsultation provient de la difficulté pour les praticiens de recueillir des données médicales de leurs patients afin d'asseoir leur diagnostic. D'où l'idée des plateformes de s'appuyer sur les pharmaciens afin de proposer à leurs clients des téléconsultations enrichies. Pour développer cette offre, des acteurs tels que Qare ou Medicitus proposent aux officines de s'équiper d'un kit de dispositifs médicaux connectés. « Notre pack contient, entre autres, un tensiomètre, un stéthoscope ou encore un dermatoscope », développe Eric Roussin, fondateur de Médicitus.

Fort de son expertise, la TPE vient d'ailleurs de s'allier à Docavenue. Cette filiale de Cegedim, éditeur de logiciels pour professionnels de santé, propose déjà une solution de téléconsultation et d'agenda. En rapprochant leur expertise, les deux éditeurs mettent en commun leur expérience au sein d'une nouvelle plateforme de téléconsultation qui sera lancée le 24 mars.

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ENCADRÉ

Le COSEM propose la téléconsultation avec ses médecins généralistes

À lire également

  • Télétravail, garde d'enfants, télémédecine : les solutions des startups face au coronavirus
  • Téléconsultation : dans l'ombre de Doctolib, la startup Qare lève 20 millions d'euros

Afin de continuer à recevoir les patients pour les consultations généralistes tout en évitant les déplacements et les contacts pour protéger les populations ainsi que les équipes du corps médical, les patients du COSEM à Paris peuvent faire appel à la téléconsultation, disponible sur son site www.cosem.fr. 70 médecins généralistes du COSEM se rendent disponibles pour les téléconsultations. Une partie du corps médical reste mobilisée dans les centres, où un service de garde pour ce qui n'est pas urgent est quand même assuré en médecine générale et spécialisée. Cette offre vise également à continuer à assurer les soins afin d'éviter la surcharge des services hospitaliers. Si les centres du COSEM restent ouverts pour les urgences classiques et dentaires, la télémédecine est priorisée pour les autres consultations de médecine générale, et ce sans avance de frais.

Eliane Kan et Erick Haehnsen

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