Tous les matins, c'est le même rituel. Dès le réveil, Héloïse, 16 ans, se précipite sur WhatsApp « pour checker [vérifier, Ndlr] s'il y a eu des messages pendant la nuit ». Sur cette messagerie instantanée, la lycéenne parisienne, en première scientifique, jongle entre plusieurs conversations. Il y a celle qui englobe un large groupe de copains, un sous-groupe secret avec deux amies proches pour commenter les discussions du premier groupe et partager des « réflexions plus intimes », et enfin un troisième groupe avec ses copines d'enfance. Lors du petit-déjeuner, Héloïse aime bien surfer sur Facebook et sur Instagram, où elle prend connaissance des derniers statuts, photos et vidéos postés par ses amis. Sur Twitter, la jeune fille suit « un peu l'actualité [elle est abonnée aux comptes de 20 Minutes et de Rue 89] et beaucoup les conversations » entre les lycéens.
Pendant le trajet vers son lycée, elle écoute le service de streaming suédois Spotify et n'hésite pas à partager ses chansons favorites. Le soir, après les cours et les devoirs, Héloïse flâne sur YouTube à la recherche de clips et de sketches d'humoristes.
Sur Twitter, la jeune fille communique même, parfois, avec sa prof de physique, une trentenaire « très open [disponible, Ndlr] si on a besoin d'explications ».
Comme Héloïse, la plupart des jeunes sont accros aux réseaux sociaux. D'après une étude de TNS Sofres de la fin 2015, 63% des Millennials s'y connectent tous les jours. Contrairement à leurs aînés, ils délaissent de plus en plus Facebook, devenu multigénérationnel et donc envahi par les parents et la famille.
Selon Ipsos, 78 % des 13-19 ans y conservent un compte, mais ils étaient 85 % en 2013, . Désormais, les jeunes préfèrent « le délire » et la spontanéité de Snapchat, où les photos s'autodétruisent quelques secondes après leur apparition. Ils adorent aussi les blogs thématiques humoristiques de Tumblr., les émoticônes en rafale présents sur Line, ou la liberté de ton du réseau social de questions anonymes Askfm. Periscope, qui permet de diffuser en direct les vidéos que l'on filme avec son smartphone, commence aussi à faire son trou, notamment à la faveur des Nuits Debouts.
Les Millennials étant volatils, les usages évoluent vite. De fait, une flopée de nouveaux services se lancent régulièrement dans l'espoir de créer le « buzz ». Peeple, l'appli polémique qui permet de noter ses contacts, s'est lancée en février. Mais réussir à percer est un chemin de croix. YiHa, qui propose l'envoi de messages anonymes à des personnes situées à proximité, peine toujours à se faire connaître, près d'un an après son lancement. En revanche, les rares élus qui réussissent à s'extirper de la masse voient leur valorisation grimper en flèche. Logiquement, beaucoup cèdent face à la puissance financière des géants du Net américains, toujours à l'affût de la moindre part de marché.
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Après Instagram en 2012, acquis pour 1 milliard de dollars, Facebook a déboursé en 2014 la somme colossale de 22 milliards de dollars pour prendre le contrôle de WhatsApp, au nez et à la barbe de Google. Twitter a mis la main sur Periscope, Google sur YouTube, Microsoft sur Skype, où une récente mode consiste à laisser la caméra filmer sa chambre en permanence. En 2013, Mark Zuckerberg a posé 3 milliards de dollars sur la table pour racheter Snapchat. Sans succès : le réseau social en vogue préfère faire cavalier seul et compte bien ringardiser Messenger (de Facebook) et WhatsApp.
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Le mois dernier, Snapchat a même annoncé sa mutation en une véritable plateforme de communication : en plus d'envoyer des photos, l'application s'ouvre à l'échange de textes et de vidéos, élargit sa bibliothèque d'émoticônes et permet de passer des coups de fil audio et vidéo. L'objectif ? Se renforcer, innover, s'inspirer de la concurrence pour la neutraliser, dans l'espoir d'éviter qu'un nouveau service venu de nulle part devienne la nouvelle appli à la mode... comme un certain Snapchat.
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