Pour les Millennials, la voiture n'est plus un rêve, juste un service

 |   |  673  mots
L'industrie automobile va subir dans les cinq prochaines années une transformation plus profonde que durant les quatre-vingt-dix dernières années.
L'industrie automobile va subir dans les cinq prochaines années une transformation plus profonde que durant les quatre-vingt-dix dernières années. (Crédits : DR)
[Série Les Millennials] Fini la génération James Dean qui ne pensait qu'à une chose : passer son permis dès 18 ans et avoir une voiture. Les Millennials retardent ce passage à l'âge adulte et imaginent une autre civilisation automobile, autonome, propre et connectée.

« Je ne sais pas ce que sera le monde de l'automobile dans cinq ans », dit l'un.

« L'industrie automobile va subir dans les cinq prochaines années une transformation plus profonde que durant les quatre-vingt-dix dernières années », déclare un autre...

Ces propos, tenus par des professionnels de l'automobile, trahissent une réelle angoisse de manquer la triple révolution actuellement à l'oeuvre : la connectivité, l'autonomie et les mobilités alternatives.

Si, sur les deux premiers sujets, les constructeurs peuvent encore avoir la main grâce à la maîtrise des procédés industriels, ils s'interrogent sur le troisième thème dont les transformations sont les plus avancées. En effet, en quelques années à peine, de nouvelles formes de mobilités se sont imposées : les VTC avec Uber, le covoiturage avec BlaBlaCar, les locations urbaines AutoLib, ou les locations entre particuliers, comme Drivy ou Ouicar. Très souvent, ce sont les jeunes qui ont été les premiers à s'engouffrer dans ces offres.

« La contrainte économique est très forte pour les jeunes générations. Elle les conduit à réfléchir à des solutions alternatives », explique Guillaume Crunelle, associé responsable industrie Automobile chez Deloitte.

Bertrand Rakoto, analyste automobile, abonde en ce sens : « Ils cherchent des solutions pour que l'achat d'une voiture puisse être, d'une certaine façon, rentabilisé. »

Pour les constructeurs, la menace est de voir une génération entière renoncer à la sacro-sainte propriété automobile, au profit de ces alternatives. Ils craignent pardessus tout que ce comportement, initié par la contrainte financière, s'installe à terme dans les moeurs.

Louer... jusqu'au retour du désir de propriété

Les constructeurs restent toutefois persuadés que les jeunes veulent toujours posséder leur voiture. Peter Schwarzenbauer, membre du directoire de BMW, a récemment déclaré :

« On a constaté qu'au bout d'un moment, les jeunes en ont un peu marre de l'autopartage, et il y a une rupture autour de 35/38 ans, où ils ont envie de posséder leur propre voiture. »

Les jeunes « veulent toujours posséder leur voiture, mais ils veulent changer de business model », confirme Bertrand Rakoto.

Ainsi, la première réaction des constructeurs a été de multiplier les offres de financement alternatives. Il n'est plus rare d'aller chez son concessionnaire et ressortir avec une voiture financée par un « loyer », comprendre du leasing.

Une véritable martingale pour les constructeurs, puisque cette solution permet de fidéliser les clients qui se voient proposer une nouvelle offre tous les trois ou quatre ans. Et les constructeurs musclent leur proposition en lui associant divers services : assurance, maintenance... Alléchant ! Mais les jeunes ne sont pas toujours éligibles aux règles prudentielles qui régissent ces formes de financement.

Dépasser le vieux modèle productiviste

En outre, les jeunes ont d'autres aspirations.

Comme l'explique Guillaume Crunelle (Deloitte), « les jeunes se posent moins la question de posséder une voiture que de trouver le moyen d'accomplir un trajet ».

Autrement dit, peu importe le moyen : le jeune veut aller d'un point A à un point B, à un coût moindre. Et, de ce point de vue, les constructeurs paraissent désarmés.

Certes, ils ont identifié le problème depuis longtemps et travaillent d'arrache-pied pour trouver des réponses. Ils ont lancé des services dans tous les sens, des applications ; ils rachètent des startups, ils fondent des incubateurs en espérant saisir l'idée de génie, et mettent en place des chasseurs de talents.

« Les constructeurs disent aujourd'hui "nous avons compris", mais certains hésitent encore à prendre des décisions structurantes susceptibles de remettre en cause une partie de leur modèle industriel », constate Guillaume Crunelle.

Plus que le modèle industriel, c'est la culture productiviste de l'industrie automobile qui pose question. Les industriels tentent d'entrer dans l'univers du digital, mais sans avoir la souplesse organisationnelle ni l'audace novatrice. Il leur faudra des années pour assimiler ce monde nouveau. Peut-être en faisant des gros chèques, comme récemment General Motors, qui a racheté Lyft, le concurrent d'Uber.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 26/05/2016 à 3:08 :
Et oui, l'appellation "automobile" était prémonitoire. Elle désigne non un objet, la voiture mais le service, auto...nome et mobile.
C'est pourquoi, le terme de voiture autonome est vieillot en comparaison.
a écrit le 07/05/2016 à 2:49 :
Tout a fait normal ... La belle bagnole c'est surtout pour les adultes attardés. Quand les voitures seront autonomes et en libre service se sera beaucoup mieux! Quand vous en aurez besoin d'une, vous la commanderez de votre telephone et elle viendra vous chercher chez vous! C'est faisable et c'est LA solutions aux problemes de parking de pollution et surtout aux accidents! CHICHE!
a écrit le 06/05/2016 à 18:28 :
Certains et depuis longtemps veulent tuer la voiture ,elle pollue ,elle fait des accidents , on va trop vite etc!!!et cet article le démontre encore !!mais désolé une majorité de français des jeunes et des moins jeunes aiment encore la voiture !!on en a encore pour 50 ans au moins et c est tant mieux !!et tant pis pour les pleureurs anti-tout
Réponse de le 07/05/2016 à 2:50 :
Lisez mon commentaire svp et réfléchissez.. merci de laisser votre ego de coté ..
a écrit le 06/05/2016 à 15:00 :
Nous avons les transports en commun, personnels et maintenant partagés ...et peut être qu'un jour prochain nous ne nous déplacerons plus qu'occasionnellement ...pour le travail tout du moins !!!
a écrit le 06/05/2016 à 14:19 :
Ben moi je roule avec un 4x4 de 20 ans.
Gpl pour l'écologie et l'économie (+ le silence )
Pratique comme un break, plancher plat
Avec roue à l'arrière attelage, pare buffle à l'avant, marche pieds, peu sensible aux chocs, votre assurance me remerciera, une bosse de plus ou de moins, what else?
Insensible à la mode, un 4x4 réel n'est jamais démodé. (une voiture 10 ans c'est mort!)
Position haute, on voit bien la route, ça compte pour la sécurité, surtout des autres (lol!)
+ la définition du 4x4
"votre voiture va vite, mais la mienne va partout et tout le temps"
Seul bémol, manque le treuil,,,,,,,,,,,,pour vous sortir du fossé, car sortir le cable, vitesse basse, crabots ça manque de classe.
a écrit le 06/05/2016 à 12:34 :
La voiture est devenue la vache à lait de l'état. Par ailleurs, pour rouler à 90 voir 130 Km/h
il n'est pas nécessaire d'acheter une voiture bourrée d'électronique roulant à 230.
L'idéal, une voiture consommant peu, roulant maxi à 140 Km/h sans gadgets et à un prix n’excédant pas 9000 euros. Des voitures modulables et pratiques et sûrement plus confortables car en baissant la vitesse, on peut avoir une suspension moins raide.
a écrit le 06/05/2016 à 12:01 :
Il faut distinguer les habitants des grandes agglomérations, des autres.

Si vous habitez une grande agglomération, vous pouvez très bien vivre sans voiture et avez même intérêt à n'en louer une que lorsque vous en avez besoin (par ex. vacances en province...)

Si vous habitez une ville moyenne ou une zone rurale, il est difficile de vivre sans voiture, surtout si vous êtes en âge de travailler et si les horaires de votre profession ou de vos loisirs sont incompatibles avec les transports en commun. Ceux qui n'ont pas les moyens d'en avoir une ont un gros problème pour accéder à l'emploi, y compris non qualifié.
a écrit le 06/05/2016 à 11:06 :
Il faut différencier le jeune en ville et en périphérie, la personne sans enfant et avec. Passer un certain âge pas vraiment d'alternative en périphérie avec enfants. Alors certe la lld est une option pas toujours rentable par rapport à l'occasion récente, mais une alternative quand un CDD ne permet pas d'obtenir un prêt auto. L'âge moyen des acheteurs de véhicules neufs prouve déjà que le rêve de la voiture à vécu à cause des contraintes financières et maintenant écologique.
a écrit le 06/05/2016 à 11:03 :
Juste l'amplification d'un phénomène déjà ancien. Leurs parents ont déjà abandonné le rêve de bagnole, ils sont passé au véhicule qui sert tandis que les constructeurs continuaient à augmenter les prix. Dans 80% des cas, la bagnole est beaucoup trop chère pour le service rendu.
a écrit le 06/05/2016 à 9:29 :
La fin de la voiture comme symbole de virilité, de puissance ou de richesse. Enfin !
a écrit le 06/05/2016 à 8:39 :
Ils savent bien demandes la voiture de papa et maman.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :