Qwidam, la plateforme de sécurité et d’entraide citoyenne de demain ?

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Jonathan Konchier et Henri Lefebvre, deux Marseillais trentenaires, espèrent imposer Qwidam comme la plateforme de référence d'aide citoyenne.
Jonathan Konchier et Henri Lefebvre, deux Marseillais trentenaires, espèrent imposer Qwidam comme la plateforme de référence d'aide citoyenne. (Crédits : D.R)
La startup marseillaise mise sur la solidarité citoyenne et la collaboration avec les services de secours, les entreprises et les collectivités pour devenir la plateforme de référence de l’entraide dans les moments d’urgence.

Vouloir aider quelqu'un en détresse, mais ne pas savoir comment. Jonathan Konchier et Henri Lefebvre, deux Marseillais trentenaires, ont déjà fait l'amère expérience de ce sentiment d'impuissance. Alors qu'ils profitaient d'une après-midi au parc avec femme et enfants, un homme paniqué s'est soudain mis à crier.

"Il avait perdu son fils et implorait de l'aide, mais, à part regarder autour de soi, personne ne savait quoi faire. Si seulement il avait pu alerter instantanément les quidams du quartier, la recherche aurait été beaucoup plus efficace et moins stressante", se souvient Jonathan Konchier.

L'enfant est finalement retrouvé. Mais l'expérience allume une lumière dans le cerveau des deux entrepreneurs.

"Nous avons réalisé qu'à l'heure des smartphones et de la géolocalisation, il n'existe pas de service d'aide de proximité efficace pour intervenir avant l'arrivée des secours", explique l'ancien ingénieur de 35 ans.

Mobiliser la communauté en même temps qu'alerter les secours

Après de long mois de travail, le réseau social Qwidam a vu le jour le 15 septembre dernier. Gratuite, sans publicité et disponible sur Android et iOS, l'application permet d'alerter toutes les personnes qui se trouvent à moins de 500 mètres d'une situation d'urgence.

En quelques clics, l'utilisateur peut envoyer un message -anonymisé- pour demander de l'aide à l'ensemble des quidams aux alentours. Ceux-ci reçoivent une alerte sur leur smartphone, même si l'application n'est pas ouverte. En appuyant sur le bouton "secours", la personne en détresse peut directement prévenir la police, les pompiers et le SAMU des environs. Une conversation peut également s'engager avec un autre utilisateur. Utile si votre chien échappé vient d'être retrouvé deux rues plus loin, par exemple.

"Il existe une infinité de situations qui nécessitent la mobilisation de la communauté, explique Jonathan Konchier. La disparition d'un enfant, l'oubli d'un sac dans un parc, un accident de la circulation, un joggeur qui se blesse, une femme qui se sent en danger le soir, une personne âgée qui tombe, un handicapé qui a du mal à traverser, un début d'incendie dans un appartement, et bien sûr toutes les situations exceptionnelles comme la panique après un attentat ou une catastrophe naturelle".

Les secouristes séduits

Deux mois et demi après son lancement, 3.300 personnes consultent régulièrement Qwidam. Un joli démarrage, mais la notoriété du service reste très insuffisante pour se positionner comme un acteur indispensable en cas de crise.

Les attentats du 13 novembre l'ont très bien illustré : si quelques "portes ouvertes" sont apparues sur Qwidam, les citoyens ont massivement utilisé Twitter pour trouver des refuges. Et Facebook pour rassurer leurs proches, grâce à l'outil "Safety Check". Reçus par le gouvernement ce jeudi, les deux géants américains ont même été remerciés pour avoir pleinement joué leur rôle de "réseaux sociaux".

"Facebook et Twitter ont été formidables pour informer les gens et aider ceux qui voulaient se réfugier quelque part, mais ce n'est pas leur fonction première et leur capacités d'action sont limitées. Au contraire, Qwidam est spécialement dédié à la sécurité du matin au soir, est adapté à toutes les situations d'urgence du quotidien et tire sa force de ses liens avec les secours" précise Jonathan Konchier.

Effectivement, la plateforme a reçu un accueil très chaleureux de la part du monde du secourisme, qui représente 1.500 des 3.300 utilisateurs. Ils utilisent Qwidam pour faire de la veille, repérer une éventuelle urgence et intervenir rapidement.

Versions payantes pour les collectivités et les entreprises

Pour gagner en peu de temps de nombreux utilisateurs et devenir une référence, la startup développe des versions payantes à destination des collectivités et des entreprises qui gèrent ou travaillent dans l'espace public.

L'objectif: faire de Qwidam l'outil de communication privilégié des événements publics ou privés qui impliquent un regroupement de personnes. "La société qui gère la sécurité d'un stade, par exemple, pourra envoyer un message instantané et officiel à chaque personne, directement sur son smartphone, pour l'inciter à emprunter telle sortie, lui donner des informations ou pour gérer un mouvement de foule", explique l'entrepreneur.

Ce système ingénieux pourrait intéresser les gares, les aéroports, les organisateurs de festivals... Les municipalités pourraient aussi l'utiliser lors d'événements sur la voirie (fête de la musique, manifestation...) "L'idée est que la gare, le stade, le festival ou la mairie incitent les gens à télécharger l'application pour recevoir des informations. Une fois qu'ils l'ont sur leur téléphone, s'ils ne la suppriment pas après l'événement ils peuvent devenir des acteurs de la communauté : porter secours à quelqu'un un jour dans la rue, l'utiliser pour eux... Voilà comment nous allons nous imposer", veut croire Jonathan Konchier.

Organiser la sécurité des expatriés

La société travaille aussi étroitement avec "un groupe du CAC 40 qui a plus de 150.000 employés dans le monde". L'idée est de permettre à l'entreprise d'envoyer à ses salariés expatriés dans des pays à risque, des protocoles de sécurité, des messages de prévention et des conseils en cas d'urgence.

Lancée grâce à des fonds personnels et à 8.000 euros récoltés grâce à une campagne sur le site de financement participatif Kickstarter, les deux entrepreneurs espèrent atteindre la rentabilité dès 2016 grâce à leurs services payants. Car Qwidam ne se veut pas seulement un énième réseau social citoyen, mais une véritable plateforme qui espère toucher le grand public en facilitant la gestion de l'urgence et en gagnant le soutien de tous les acteurs de la ville. Reste à savoir si elle saura les convaincre.

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