Pas de pause estivale pour Facebook. Après avoir mis la main sur Source3 (gestion des droits d'auteur pour ses vidéos) puis Ozlo (intelligence artificielle pour les bots conversationnels sur Messenger), le réseau social de Mark Zuckerberg poursuit sa diversification en rachetant la startup allemande Fayteq, spécialisée dans la réalité augmentée, pour un montant non-communiqué.
Cette acquisition est loin d'être anodine dans la stratégie du géant aux deux milliards d'utilisateurs. C'est même un coup à plusieurs bandes pour le réseau social, qui s'aventure ainsi plus franchement sur le terrain de son rival Snapchat, qu'il veut faire tomber, tout en confirmant ses ambitions dans la réalité augmentée, dans l'espoir de se positionner comme la plateforme de référence dans ce domaine lorsque la technologie arrivera à maturité dans les usages.
Créée en 2011, Fayteq a mis au point une technologie d'effets spéciaux qui permet d'ajouter des éléments virtuels dans des vidéos, mais aussi de supprimer des éléments des vidéos en temps réel. Pour Snapchat, ce rachat est donc incontestablement un coup dur, car il devrait permettre à Facebook de proposer de nouvelles fonctionnalités en réalité augmentée. Autrement dit, Facebook pourrait enfin arrêter de "suivre" Snapchat et tenter de le dépasser en ce qui concerne l'expérience utilisateur.
Fayteq intègre aujourd'hui sa technologie dans des logiciels de montage, utilisés principalement par des professionnels. Mais Facebook pourrait la rendre accessible à tous en l'ajoutant à Facebook Live, son outil de vidéos en direct qui cartonne dans les fils d'actualités, afin de simplifier l'ajout ou la suppression d'éléments dans les vidéos.
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L'expertise de la jeune pousse pourrait également renforcer l'intérêt d'Instagram Stories, qui, malgré son succès - 250 millions d'utilisateurs contre 173 millions pour Snapchat -, garde toujours un certain retard technologique par rapport à son concurrent. De fait, Snapchat expérimente déjà depuis quelques mois la réalité augmentée dans les vidéos. La plateforme prisée par les Millennials propose aussi une nouvelle fonctionnalité qui cartonne, la "gomme", qui permet d'effacer des éléments d'une photo.
Enfin, cette technologie d'effets spéciaux pourrait être mise à la disposition des créateurs de contenus pour la plateforme de streaming vidéo Facebook Watch, lancée la semaine dernière pour concurrencer YouTube. En disséminant de la réalité augmentée dans tous ses services destinés à attirer les utilisateurs les plus jeunes et connectés, Facebook espère ainsi créer un environnement suffisamment riche pour les détourner de Snapchat.
Mais neutraliser la concurrence reste un objectif de court et de moyen terme pour Facebook. Mark Zuckerberg voit en effet beaucoup plus loin. Pour le fondateur du réseau social, qui masque mal ses ambitions politiques, la réalité mixte, c'est-à-dire dans laquelle des éléments virtuels interagissent spontanément avec la réalité, est destinée à devenir la "prochaine plateforme" de masse, celle qui va supplanter le smartphone.
Facebook a donc lancé en avril dernier une nouvelle initiative, "Camera effects", destinée à démocratiser la réalité augmentée auprès des développeurs en les incitant à créer de nouvelles applications. "N'importe quel développeur peut travailler [sur cette plateforme ouverte] donc il n'y aura pas seulement 10 ou 20 effets, mais des centaines", a assuré le PDG de Facebook, cité par TechCrunch.
Pour Mark Zuckerberg, la réalité virtuelle et la réalité augmentée peuvent "rendre notre réalité meilleure", en ajoutant des informations sur des photos ou sur une carte en cas de mobilité, en ajoutant ou en supprimant des éléments sur des images, ou encore en remplaçant des objets physiques par du virtuel. Comme certains autres gourous de la Silicon Valley, le patron de Facebook est persuadé que la plateforme de référence du futur sera des lunettes à réalité mixte, connectées (ou non) au téléphone et alimentées par de l'intelligence artificielle (vision par ordinateur, deep learning...).
D'autres entreprises sont déjà dans les startings blocks. A commencer par Google, qui retente la commercialisation de ses Google Glass et a lancé en fin d'année dernière Tango, une technologie de modélisation de l'espace en temps réel intégrée à un smartphone. Microsoft est aussi dans la course avec HoloLens, son casque de réalité mixte. De son côté, Apple a dévoilé en juin son ARKIT, un kit pour encourager les développeurs à développer des applications en réalité augmentée pour ses produits. La dernière version de son système d'exploitation mobile, iOS 11, permettra à n'importe quel appareil Apple d'être compatible avec la réalité augmentée, ce qui pourrait démocratiser très rapidement cette technologie, pour l'heure toujours confidentielle, et accélérer l'innovation dans ce domaine.
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