L'Autorité de la concurrence donne un bol d'air à Canal+

 |   |  639  mots
Outre la distribution d'une chaîne premium en exclusivité, l'Autorité de la concurrence a levé plusieurs limitations. Parmi elles, il y a les restrictions sur l'achat de droits de diffusion auprès des sic grands studios américains pour la TV payante.
Outre la distribution d'une chaîne "premium" en exclusivité, l'Autorité de la concurrence a levé plusieurs limitations. Parmi elles, il y a les restrictions sur l'achat de droits de diffusion auprès des sic grands studios américains pour la TV payante. (Crédits : CHARLES PLATIAU)
En allégeant certaines obligations du Groupe Canal+ face à la montée en puissance d'acteurs comme Netflix ou SFR, l'institution lui offre plus de marges de manœuvre. Elle ouvre notamment la voie à une alliance avec BeIN Sports, qui avait été balayée l'année dernière.

Forcément, Canal+ aurait préféré voir disparaître toutes ses obligations. Mais l'Autorité de la concurrence en a décidé autrement. Ce jeudi, l'institution présidée par Isabelle de Silva a présenté ses travaux liés à la révision des injonctions imposées à la filiale de Vivendi en 2012 (après le rachat du bouquet TPS), et en 2014 (suite à l'acquisition des chaînes gratuites Direct 8 et Direct Star).

De manière générale, l'Autorité de la concurrence a considéré que malgré ses difficultés, Canal+ disposait toujours d'une position dominante dans le monde de la télévision payante. Avec une part de marché d'environ 75%, la chaîne de Vincent Bolloré est par exemple leader dans l'achat de films français. Toutefois, l'Autorité a souligné que Canal+ était désormais confronté à des concurrents de plus en plus voraces. Parmi eux, on trouve les grandes plateformes mondiales comme Netflix, mais aussi des opérateurs télécoms comme Altice (SFR), qui se rue sur les droits sportifs.

Bientôt un accord avec BeIN Sports?

Ainsi, le gendarme de la concurrence a décidé d'autoriser Canal+ à distribuer, si ses responsables le souhaitent, une chaîne "premium" en exclusivité dans son bouquet. Concrètement, cela pourrait permettre à la chaîne contrôlée par Vivendi d'envisager à nouveau une distribution de BeIN Sports - alors qu'une telle alliance entre les deux chaînes avait été retoquée par l'autorité l'année dernière. "C'est dorénavant possible, sous réserve que la chaîne qatarie soit aussi disponible en OTT, constate Jérôme Bodin, analyste médias chez Natixis. Cela présenterait un avantage important pour Canal+, puisque cela lui permettrait de disposer de 100% de la Ligue 1 jusqu'en 2020 (en ajoutant à ses trois matchs, les sept rencontres de BeIN Sports)."

A ses yeux, "cela constituerait un argument concurrentiel face à SFR, qui vient de rafler les droits de la Ligue des champions pour la période 2018-2020". En outre, poursuit l'analyste, "une telle alliance Canal+/BeIN Sports permettrait probablement à la chaîne contrôlée par Vivendi de limiter la fuite des abonnés à la concurrence, et donc de se mettre dans de bonnes dispositions pour préparer le prochain appel d'offres de la Ligue 1". Lequel est prévu en début d'année prochaine.

Canal+ ne sabre pas le champagne

A contrario, Jean-Baptiste Sergeant, analyste chez Mainfirst, juge que BeIN Sports "a changé de visage" et n'est  "plus aussi attrayant" pour Canal+, du moins pour une alliance sur le long terme. "Ses droits les plus intéressants étaient la Ligue des champions. Et maintenant qu'il les ont perdus au profit de SFR, il n'est pas dit que Canal+ ait envie de faire un deal avec eux..."

Outre la distribution d'une chaîne "premium" en exclusivité, l'Autorité de la concurrence a levé plusieurs limitations. Parmi elles, il y a les restrictions sur l'achat de droits de diffusion auprès de six grands studios américains pour la TV payante. Canal+ a aussi décroché la levée de l'obligation consistant à mettre son bouquet intermédiaire Ciné+ à disposition des autres distributeurs. Enfin, pour les films en VOD, Canal+ pourra bénéficier d'une exclusivité sur les films qu'il a préfinancés sur ses propres plateformes. Il pourra aussi se réserver des avant-premières sur cinq films français pour une durée de sept jours.

Dans un communiqué, la chaîne contrôlée par Vivendi n'a pas crié victoire. Pour ses responsables, il ne s'agit que d'une "prise en compte partielle [...] des bouleversements passés et à venir dans les marchés de la télévision payante et gratuite". En clair, pour Canal+, il s'agit au mieux d'un bol d'air mérité. Mais il n'y a pas de quoi, pour ses dirigeants, sabrer le champagne.

(avec AFP)

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :