Apple s'essoufle et, dommage, les explications de Tim Cook manquent de clarté, estiment des analystes

Apple montre pour son 2e trimestre fiscal des signes de ralentissement: certes, le chiffre d'affaires a encore grimpé mais c'est la première fois depuis le 4e trimestre fiscal 2020 qu'Apple affiche une croissance trimestrielle à un seul chiffre. Outre les pénuries de puces et les écueils logistiques et productifs hérités de la pandémie ainsi que les nouveaux confinements en Chine, d'autres menaces sont apparues, comme les lois qui se multiplient autour du monde pour encadrer les pratiques des Gafam. Mais l'argumentaire déployé par le top management ne convainc pas certains analystes.

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Tim Cook, lors de la keynote de présentation de l'iPhone 11 en septembre 2019.
Tim Cook, lors de la "keynote" de présentation de l'iPhone 11 en septembre 2019. (Crédits : Reuters)

Certes Apple a fait mieux que prévu mais pas vraiment de quoi pavoiser quand on regarde les nuages s'accumuler à l'horizon. La bonne nouvelle, ce sont les ventes record d'iPhones entre janvier et mars 2022 (période qui, pour Apple, correspond à son second trimestre fiscal). La mauvaise, le ralentissement de la croissance du groupe sur cette période de janvier à mars, qui cependant n'a pas été aussi prononcé qu'attendu.

Ralentissement de la croissance dès avant les confinements en Chine

Dans le détail, Apple prévoit que le chiffre d'affaires de son 3e trimestre fiscal décalé (d'avril à juin) sera amputé de 4 à 8 milliards de dollars à cause de la résurgence de cas de coronavirus en Chine qui ont entraîné des confinements massifs perturbant profondément l'appareil productif chinois.

Mais, avant même les confinements en Chine, Apple a montré, lors de son actuel deuxième trimestre fiscal décalé (de janvier à mars) des signes de ralentissement. En effet, le chiffre d'affaires a atteint 97,2 milliards de dollars, certes sensiblement supérieur aux prévisions (93,8 milliards), mais cette croissance qui correspond à une hausse de 9% sur un an, inquiète: car c'est la première fois depuis le trimestre achevé en septembre 2020 qu'Apple affiche une croissance trimestrielle à un seul chiffre.

Pour le directeur financier, Luca Maestri, qui s'exprimait lors d'une conférence téléphonique de présentations des résultat, "c'est sensiblement plus" qu'au trimestre précédent. C'est également plus qu'au dernier trimestre de 2021, lors duquel le groupe avait évoqué un manque à gagner de 6 milliards de dollars.

Mais côté perspectives, Apple annonce que ses prochains résultats pâtiront principalement des confinements en Chine et de la suspension de ses activités en Russie pour cause de sanctions internationales suite à l'invasion de l'Ukraine.

Les explications d'Apple manquent de clarté, selon des analystes

Le géant de Cupertino avance de nouveaux arguments pour expliquer ce ralentissement: pour Luca Maestri, si, lors des trimestres précédents, les difficultés avancées se concentraient sur des problèmes d'approvisionnement en silicium, un élément essentiel dans la fabrication des puces électroniques, cette fois-ci, le problème est plus vaste car les confinements ont perturbé non seulement l'appareil productif mais également "pesé sur sur la demande des consommateurs en Chine", sans plus de précision.

Pourtant, le directeur général, Tim Cook, a annoncé que les usines de sous-traitants situées dans la zone industrielle de Shanghai, objet d'un confinement strict depuis plusieurs semaines, avaient toutes pu rouvrir. Toutefois, la société ne prévoit pas quand la pénurie de puces, qui touche principalement les produits plus anciens, prendra fin.

Mais, selon un analyste, ces explications sur la situation manquent de clarté:

« Nous attendions tous de meilleures indications sur ce qui se passe réellement là-bas (en Chine)... et cela n'a pas été le cas », a déclaré Louis Navellier, directeur des investissements chez Navellier & Associates.

Un autre analyste, Kim Caughey Forrest, directeur des investissements chez Bokeh Capital Partners, a fait part de ses interrogations suite à cette conférence: selon lui, la demande continue de rester une grande question, malgré la gestion de la chaîne d'approvisionnement par Apple au cours du trimestre de mars.

La demande est problématique: non, répond Cook, c'est l'offre qui l'est

Les investisseurs se sont préparés à un désintérêt des consommateurs, à une baisse des dépenses de consommation en gadgets et services technologiques, alors que la guerre en Ukraine et d'autres facteurs font augmenter le coût du pétrole, de la nourriture et d'autres produits de base.

Pourtant Tim Cook a éludé une question d'un analyste sur l'inflation et les consommateurs.

« Nous suivons cela de près. Mais à l'heure actuelle, notre principale préoccupation, franchement parlant, est du côté de l'offre », a-t-il déclaré.

Interrogé lui aussi sur la hausse de l'inflation, M. Maestri a déclaré que la demande, en particulier pour les iPhones, avait été plus élevée que ce que la société avait prévu au début du trimestre. Mais il a noté que l'inflation affectait les dépenses.

Variabilité saisonnière de la demande

Apple a déclaré que les ventes d'iPad ont chuté de 2% à 7,65 milliards de dollars en raison de contraintes liées à la chaîne d'approvisionnement, tandis que les revenus des ordinateurs Mac, également confrontés à des problèmes de chaîne d'approvisionnement, ont augmenté de 14,7% à 10,4 milliards de dollars.

Les ventes d'objets à porter, d'enceintes domestiques et d'accessoires ont augmenté de 12 %, à 8,8 milliards de dollars, et ont été la seule unité à ne pas atteindre les objectifs de Wall Street. Maestri a déclaré que la Watch et les AirPods se sont bien vendus, et a attribué le manque à gagner à la variabilité saisonnière de la demande pour les autres accessoires.

Apple continue d'engranger des abonnés par millions, contrairement Neflix

Apple a déclaré qu'elle comptait désormais 825 millions d'abonnés payants dans ses sept offres d'abonnement au moins, soit 40 millions de plus qu'au trimestre précédent (785 millions). Cette croissance intervient alors que ses rivaux, tels que Netflix Inc, font état de pertes d'abonnés.

L'invasion de l'Ukraine qui a déclenché la suspension par Apple des ventes en Russie devrait amputer la croissance annuelle de la société d'environ 1,5 point de pourcentage, selon Luca Maestri.

En revanche, c'est la zone Amériques qui a soutenu la croissance, avec une hausse de 19% des revenus sur un an. Mais l'inquiétude monte sur les ventes d'iPhones (cruciales - elles pèsent la moitié du chiffre d'affaires d'Apple) car elles n'ont progressé que de 5,4% par rapport à la même période de 2021.

Le bénéfice net ressort à 25 milliards de dollars, en hausse de 5,8%. Rapporté par action, indicateur suivi par Wall Street, il est supérieur aux prévisions des analystes.

En Bourse, jeudi 29 avril au soir, dans les échanges électroniques postérieurs à la clôture de Wall Street, l'action Apple perdait près de 3%. Mais à 8h30 heure de Paris, l'action repartait à la hausse, gagnant +4,52% à 163,64 dollars

Les lois pour encadrer les Gafam menacent le modèle d'Apple

Au chapitre des menaces autres que logistiques, l'étau réglementaire se resserre: la firme à la pomme fait aussi face à la contestation de son modèle intégré, en particulier sa boutique d'application, point de passage obligé des éditeurs.

Les Etats membres de l'Union européenne, la Commission et le Parlement européen sont parvenus, fin mars, à un accord qui vise à encadrer les pratiques des leaders américains de la technologie. Il prévoit notamment le libre choix des boutiques d'applications, qui permettra notamment de contourner l'App Store.

L'Union européenne n'est pas la seule entité politique à contester le modèle intégré d'Apple: en Corée du Sud, une loi, entrée en vigueur mi-mars va dans le même sens, interdisant à Apple et à Google de forcer les développeurs à utiliser leurs boutiques d'applications mobiles, notamment pour recevoir des paiements d'utilisateurs.

Lire aussi 7 mn"Il faut casser le duopole d'Apple et Google sur les app stores" Meghan DiMuzio, Coalition App for Fairness

(avec AFP et Reuters)

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Commentaires 3
à écrit le 30/04/2022 à 9:40
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Il n'y a pas plus sourd que celui qui ne veut pas entendre.

à écrit le 29/04/2022 à 16:10
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On peut très bien avoir une croissance à 2 chiffres tout en consommant moins de matières premières et d'énergie. Par exemple si la valeur perçue d'un nouvel iphone sera de 2.000 euros il n'y aura pas besoin d'en vendre plus pour avoir une croissance ...

à écrit le 29/04/2022 à 9:26
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Ce monde est fou, comment peut on avoir des croissances a 2 chiffres dans un monde ou tout va être limité, les énergies fossiles, les métaux, les terres cultivables, l'eau potable, la quantité de poissons, avec son corollaire de pollution et de catas...

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