Plongée dans la jungle du cloud, vaste marché de plus en plus convoité

Technologie indispensable à la transformation numérique de l'économie et pierre angulaire des nouveaux usages du grand public comme le streaming, le cloud computing, ou informatique en nuage, regroupe une multitude d'acteurs et de services différents. Pour vous aider à y voir plus clair, La Tribune fait le point sur les trois grandes "familles" du cloud (infrastructures dématérialisées, plateformes de services et logiciels) et sur les acteurs phares de ce vaste secteur en pleine croissance.

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Technologie indispensable à la transformation numérique, le cloud computing permet d'accéder à distance, sur Internet, à des ressources informatiques (infrastructures, logiciels, services de stockage et de transferts de données) qui devaient auparavant être intégrées localement.
Technologie indispensable à la transformation numérique, le cloud computing permet d'accéder à distance, sur Internet, à des ressources informatiques (infrastructures, logiciels, services de stockage et de transferts de données) qui devaient auparavant être intégrées localement. (Crédits : LT)

À l'heure du télétravail, du développement d'outils de collaboration à distance et de l'explosion de l'e-commerce, le cloud est sur toutes les lèvres. Mais à quoi correspond vraiment l'"informatique en nuage" et qui sont les acteurs de ce vaste marché ? Technologie indispensable à la transformation numérique, le cloud computing permet d'accéder à distance, sur Internet, à des ressources informatiques (infrastructures, logiciels, services de stockage et de transferts de données) qui devaient auparavant être intégrées localement. Si le concept du cloud a été théorisé dès les années 1960, les premiers services sont apparus dans les années 1980, avec l'idée de mutualiser certaines tâches grâce à un réseau réseau informatique plutôt que de solliciter un seul appareil.

Aujourd'hui, le cloud est partout. Il permet le fonctionnement de services extrêmement populaires comme Netflix, Twitch, Spotify, Dropbox ou Google Drive. Le cloud est tellement vaste qu'il désigne en réalité une multitude de services très différents, qui peuvent se séparer en trois grandes familles : les infrastructures (IaaS, ou infrastructure as a service), les plateformes mêlant infrastructures et applications (PaaS, ou plateforme as a service) et les logiciels hébergés dans le cloud (SaaS, ou software as a service). Dominé par des acteurs américains, le cloud d'infrastructures devient aussi un enjeu géopolitique, avec l'Union européenne qui souhaite, pour des raisons de souveraineté, avoir son propre géant du cloud.

Lire aussi : 4 questions pour comprendre Gaia-X, le projet de cloud européen

IaaS, PaaS et SaaS : les trois grandes familles du cloud

Dans le cloud, le modèle économique de tous les acteurs est l'abonnement, souvent annuel. Autrement dit, le client n'est pas propriétaire de ses outils informatiques, qui deviennent des services dématérialisés disponibles via un abonnement.

La première catégorie du cloud regroupe les fournisseurs d'infrastructures informatiques (IaaS). Ces acteurs donnent accès à leurs clients, à distance, aux ressources informatiques dont ils ont besoin (serveurs, connexions réseau, stockage...), ce qui leur permet d'externaliser leur infrastructure matérielle. Les champions mondiaux dans ce domaine sont les américains Amazon Web Services, Microsoft Azure et Google Cloud, ainsi que le chinois Alibaba, dont l'ambition est de contrecarrer l'hégémonie américaine [voir plus bas].

La deuxième catégorie de cloud regroupe les plateformes (PaaS). Concrètement, les acteurs du PaaS, à l'image des américains Salesforce ou SAP, entre autres, commercialisent tout un environnement dans le cloud : en plus des infrastructures, les clients ont accès à des outils pour tester, développer et héberger eux-mêmes leurs applications métier. Ce qui permet de faciliter le travail collaboratif par exemple, même quand les équipes travaillent à distance.

Enfin, la troisième catégorie est celle des logiciels hébergés dans le cloud (SaaS). Plutôt que d'acheter un logiciel et de payer une licence d'utilisation pour une version, l'utilisateur s'abonne en ligne pour utiliser librement le service via Internet ou une API. Le grand avantage du SaaS ? Le stockage se fait à distance, sur les serveurs du prestataire plutôt que sur ceux du client (contrairement aux anciens logiciels). Il existe des milliers d'acteurs du SaaS, puisqu'il s'agit en fait de la transformation numérique de l'industrie du logiciel.

A noter que de nombreux acteurs vont être simultanément positionnés sur l'IaaS et le PaaS, et également développer des activités logicielles qui s'inscrivent dans le SaaS.

A ces trois modèles historiques, tous reliés les uns aux autres, s'ajoutent enfin des sous-catégories comme le BpaaS -Business Process as a Service- qui propose une prise en charge des processus métiers, souvent transverses, comme la gestion de la paie par exemple ; le DaaS -Desktop as a service-, une infrastructure bureautique virtuelle, hébergée par un fournisseur de services cloud ; ou encore d'autres sous catégories de services comme la plateforme d'intégration en tant que service (iPaaS).

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IaaS : un marché cannibalisé par quatre géants

Marché le plus concentré, l'infrastructure en tant que service (IaaS) est dominé dans le monde par quatre géants : Amazon, Microsoft, Alibaba et Google. A eux quatre, ils se partagent les trois quarts des revenus du IaaS, estimés à 44,5 milliards de dollars en 2019, selon Gartner.

Le marché des infrastructures en tant que service (IaaS), devrait croître de 13,4% pour atteindre 50,4 milliards de dollars en 2020, selon Gartner en juin. Malgré cette très bonne dynamique, le IaaS n'a pas explosé pendant la crise puisque les revenus estimés pour 2020 sont équivalents à ceux anticipés en novembre 2019.

«Il y a eu une très forte demande de IaaS pendant la crise car les entreprises ont dû commander des milliers de postes de travail virtuel, toutefois elles restent concentrées sur la gestion des coûts», estime Ronan Mervel.

Ce modèle repose généralement sur le modèle du cloud public - c'est-à-dire une infrastructure dans laquelle le fournisseur met des ressources de stockage ou autre à disposition du public, contrairement au cloud privé qui, lui, héberge des centres de données privés ou intranet. Il est important de noter qu'aujourd'hui, la moitié des données d'entreprise se trouvent dans un cloud public, et sur les 12 prochains mois, ce chiffre atteindra 58%, selon l'enquête 2020 de la société américaine de logiciels Flexera. Cette tendance va s'inscrire sur la durée puisque certaines entreprises ont dû déplacer leurs applications vers le cloud public en raison de la pandémie, «il est maintenant peu probable qu'elles changent de cap», d'après Gartner.

Les Américains dominent aussi le PaaS

Parallèlement, les plateformes en tant que service (PaaS) permettent de sous-traiter non seulement l'infrastructure (IaaS) mais également des applications appelées "middleware" qui peuvent être des systèmes d'exploitation, des bases de données ou encore des serveurs Web. Les revenus mondiaux du PaaS sont estimés à 43,5 milliards de dollars en 2020 par le cabinet Gartner, néanmoins l'évaluation est plus difficile puisque les principaux fournisseurs déclarent les revenus du PaaS dans des activités plus globales. Bien que les géants Amazon, Microsoft ou Google soient présents sur le PaaS, d'autres acteurs comme Oracle, Salesforce ou encore SAP arrivent également à tirer leur épingle du jeu sur ce segment.

«Ceux qui profitent le plus du développement du PaaS, sur le marché français, sont Microsoft, Salesforce, SAP, AWS et Google. A ce stade, nous n'avons pas identifié de nouveaux arrivants significatifs», précise Ronan Mevel.

SAP a par exemple perdu 4% de ses revenus globaux au troisième trimestre 2020, tombant à (seulement) 6,5 milliards d'euros, mais son chiffre d'affaires dans le cloud a, lui, augmenté de plus de 10% atteignant presque 2 milliards d'euros.

La jungle du SaaS

Parmi les services historiques, les logiciels en tant que service (SaaS), avec plus de 100 milliards de dollars, représentent la plus grande part de revenu de du cloud, selon Gartner. Ce segment est aussi dominé par les géants américains Microsoft, Salesforce, Adobe, SAP ou encore Oracle. Toutefois, des acteurs plus récents comme Snowflake fondé en 2012 par des Français (mais implanté aux Etats-Unis), une, ont réussi à pénétrer le marché et à se faire une place auprès des grands. «C'est un marché tellement important et en pleine expansion qu'il est toujours possible pour un nouvel acteur de se faire une place. Le marché est loin d'être saturé», selon Sid Nag, vice-président de la recherche au sein de Gartner. Néanmoins, l'évolution du SaaS entre 2020 et 2021 sera moins fulgurante que celle de l'IaaS et du PaaS, d'après le cabinet Gartner. Les revenus liés au SaaS augmenteront de 15% contre une envolée de 28% pour l'IaaS et de 32% pour le PaaS d'ici l'an prochain.

«Le SaaS a été impacté par la crise car il est lié à la notion de transformation alors que les entreprises sont actuellement plus concentrées sur la résilience que sur l'investissement», analyse Ronan Mervel, directeur de la société d'études indépendante Markess.

Le cloud poursuivra son envol en 2021

Le cloud est-il le grand gagnant de la crise ? Face à l'effet cataclysmique de la crise sur l'économie (une baisse du PIB mondial de 4,5% en 2020 selon les informations de l'OCDE en septembre), les entreprises se serrent la ceinture plutôt que d'entamer de nouveaux projets. Les prévisions du marché mondial des services de cloud restent toutefois très optimistes, avec une croissance estimée à 6,3% pour atteindre 257,9 milliards de dollars en 2020, selon la société d'études américaine Gartner en juin 2020, mais l'euphorie est un peu retombée. Le cabinet anticipait en effet, en novembre 2019, un chiffre d'affaires de 266,4 milliards de dollars pour l'année 2020, soit presque 10 milliards de plus.

Malgré tout, le cloud a encore de beaux jours devant lui. Amazon, le grand gagnant, a par exemple vu son chiffre d'affaires s'envoler de 37%, à plus de 96 milliards de dollars au troisième trimestre 2020. Les revenus des quatre géants Amazon, Microsoft, Google et Alibaba augmenteront encore plus rapidement en 2021 qu'en 2020, selon les prévisions de la société d'étude Forrester publiées le 19 octobre. Le cabinet prévoit une croissance de 35% du marché du cloud en 2021 alors qu'il avait prédit, en octobre 2019, une augmentation de 28%.

«Les segments du IaaS et PaaS, qui offrent la possibilité de baisser les coûts et une certaine flexibilité, verront leurs revenus augmenter plus rapidement en 2021 de part un effet de rattrapage, l'explosion du SaaS arrivera ensuite lorsque les entreprises souhaiteront davantage investir et se transformer», analyse Ronan Mevel.

Lire aussi : OVHcloud accueille Google dans son nuage, tout en promettant la souveraineté

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Commentaires 2
à écrit le 13/11/2020 à 14:43
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Faudra tout de même que les fournisseurs pensent à une approche écologique en remplaçant les serveurs par des puces économes en énergie comme celles d'Apple gravées en 5 nanomêtres fanless alors qu'il doit sans doute exister des serveurs avec des pu...

à écrit le 12/11/2020 à 17:19
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Ouf ! Je n'utilise aucun "service extrêmement populaire". Ça consomme combien d'énergie 44 Zettabytes ?6

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