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Une fin d'année particulière pour le cinéma français

Jamal Henni

Publié le 23 décembre 2011 à 05:30 - Mis à jour le 23 décembre 2011 à 05:36

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Le cinéma français se porte bien, avec des entrées en salles qui battent un nouveau record historique. Mais les industries techniques restent les parents pauvres du secteur. Le groupe Quinta Industries de Tarak Ben Ammar est en liquidation, mettant en péril la sortie de nombreux films.

«La vérité si je mens ! 3 », « Astérix au service de sa majesté », les prochains films de Leos Carax, Claude Miller, Pierre Jolivet, Oliveer Dahan... sont-ils en danger ? La postproduction de tous ces films devait être assurée par Quinta Industries, un des principaux prestataires techniques du cinéma français.

Le groupe, dont le principal actionnaire est Tarak Ben Ammar, comprend notamment Duran (effets spéciaux) et LTC (tirage de copies en argentique). Le 3 novembre, le groupe s'est placé en redressement judiciaire. Et le 15 décembre, le tribunal de commerce a prononcé la liquidation du groupe, et de ses filiales Duran et LTC. Le plan de continuation proposé par Tarak Ben Ammar a été rejeté. « La justice a estimé que la pérennité de LTC était incertaine car le plan national de numérisation de films n'a toujours pas démarré », explique le producteur tunisien.

« Des pertes irrévocables »

Lundi, la fédération des industries techniques, la Ficam, a tiré la sonnette d'alarme : selon elle, cette liquidation menace la postproduction de 36 films. En effet, les serveurs informatiques du groupe, sur lesquels sont stockés les films, doivent être saisis au profit des créanciers, entraînant « des pertes irrévocables ». Selon la Ficam, « la sortie en salles du film de Martin Scorsese "Hugo Cabret" a failli être annulée, et a été sauvée in extremis par des copies tirées à Rome ».

Mais, mardi, le ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, annonçait qu'un accord avait été trouvé la veille entre la direction et les salariés « devant permettre la continuation de l'activité pour un mois supplémentaire, et donc la finalisation des éléments nécessaires pour garantir la bonne sortie en salles d'une vingtaine de films prévue d'ici à la fin janvier ». Enfin, le Centre national du cinéma (CNC), dont la Ficam déplorait « le manque de réactivité », a réuni jeudi tous les professionnels concernés, et a annoncé la mise en place d'une procédure de « sauvetage » des films.

Mais la question est surtout de savoir comment on a pu en arriver là. Principal coupable : la projection numérique des films, qui rend inutile le tirage de copies argentique. La France est un des pays les plus avancés dans ce passage au numérique, qui concerne 58 % des salles à fin septembre, et 100 % d'ici à un an. Cela notamment grâce à des subventions publiques dénoncées par Tarak Ben Ammar : « On a accéléré brutalement la mort des laboratoires en aidant à la numérisation des salles. Les subventions dont les laboratoires avaient cruellement besoin pour se restructurer ont été accordées avec une grande largesse aux exploitants de salles pour assécher le marché argentique. »

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Balle dans le pied

Tarak Ben Ammar accuse aussi Technicolor, qui « s'était engagé à racheter Quinta Industries, mais ne l'a pas fait, invoquant sa procédure de sauvegarde ». Interrogée, la société, elle-même en difficulté, n'a pas commenté.

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Les laboratoires se sont aussi tiré une balle dans le pied en se lançant dans une guerre des prix : « LTC a dû baisser ses prix pour assurer sa survie et son concurrent Éclair a suivi, raconte Tarak Ben Ammar. J'ai voulu mettre fin à cette guerre des prix en fusionnant LTC et Éclair. Mais Bercy a voulu imposer moult conditions, notamment plafonner toute hausse des tarifs et maintenir une concurrence commerciale entre les deux laboratoires. Ces conditions faisaient perdre tout leur intérêt à la fusion, et j'ai donc renoncé à la fusion. » Finalement, la liquidation de LTC laissera en quasi-monopole Éclair.

Jamal Henni

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