C’est un cas d’école pour le droit boursier et la défense des actionnaires minoritaires : l’AMF s’aligne sur un arrêt de la Cour d’Appel et contraint le groupe Bolloré à lancer une offre de retrait sur Vivendi mais sur son périmètre actuel.C'est sans doute le droit des actionnaires minoritaires en France qui est en train de connaître une révolution. Et ceci, grâce à Vincent Bolloré, celui-là même qui a toujours su au cours de sa très longue carrière de « faiseurs de deals » éviter l'embarras des actionnaires minoritaires et autres nécessités de lancer des offres publiques d'achat.
Ce coup de tonnerre provient d'un arrêt de la Cour d'appel du 22 avril 2025 qui a considéré que l'Autorité des marchés financiers (AMF) avait commis une erreur en estimant que le groupe Bolloré, actionnaire à 29,9 % de Vivendi n'exerçait aucun contrôle de fait sur la société.
Cette décision du gendarme de la Bourse, prise le 13 novembre, avait dispensé le groupe Bolloré de lancer une offre publique sur le groupe de média engagé dans un projet de scission de ses activités en quatre entités cotées, projet qui sera exécuté en décembre dernier. Entre-temps, un fonds activiste, CIAM, avait contesté depuis la Cour d'appel la décision de l'AMF, obtenu gain de cause et créé au passage un immense imbroglio juridique. Comment, en effet, revenir sur une opération déjà réalisée ?
Cherche valeur, désespérément
Chacun attendait la réponse de l'AMF. Elle est intervenue ce vendredi 18 juillet et demande au groupe Bolloré de lancer une offre publique de retrait sur toutes les actions de Vivendi qu'il ne détient pas, soit 70 % du capital, dans les six mois. Une décision aussitôt saluée en Bourse, le titre Vivendi gagnant plus de 13 % en séance. « La scission n'avait pas vraiment créé de valeur, mais la réaction du marché montre que Vivendi pourrait retrouver ses niveaux d'avant la scission, et finalement créer de la valeur pour les actionnaires minoritaires », réagit Alexandre Desprez, analyste financier chez Alphavalue.