Liberté de la presse menacée : RSF s’inquiète du déclin de la démocratie

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Selon Reporters Sans Frontières, la liberté de presse n'est plus seulement menacée dans les pays aux gouvernements autoritaires. Cette liberté se fragilise également considérablement au sein des démocraties
Selon Reporters Sans Frontières, la liberté de presse n'est plus seulement menacée dans les pays aux gouvernements autoritaires. Cette liberté se fragilise également considérablement au sein des démocraties (Crédits : Osman Orsal)
D'après un rapport de Reporters Sans Frontières, la liberté de la presse dans le monde se dégrade dangereusement en 2017. L'ONG accuse l'arrivée au pouvoir d'hommes puissants et le phénomène de "fake news" qui poussent les pays à la régression et menacent les droits des journalistes.

"Où cette spirale infernale va-t-elle nous mener ?", s'inquiète Christophe Deloire, secrétaire général de Reporters Sans Frontières, au sujet de la liberté de presse dans le monde. RSF ne cache pas son inquiétude dans son rapport du 26 avril 2017: la situation est "très grave".

L'organisation explique que cette dégradation est due à un phénomène de "basculement des démocraties". La montée au pouvoir d'hommes puissants qui transgressent les valeurs de la démocratie et la banalisation des attaques contre les médias en sont les principales causes. D'après le rapport, plus de la moitié des 180 pays enregistrés, soit 6 pays sur 10, ont vu leur liberté de presse chuter en 2017.

Cette remontée de la propagande avec notamment le phénomène des "fake news" en dit long sur l'état de la démocratie à l'échelle mondiale.

Lire aussi : Fake News : un défi pour les communicants plongés dans l'ère de la post vérité

 « Partout où le modèle de l'homme fort et autoritaire triomphe, la liberté de la presse recule »

Selon le rapport, la liberté de la presse existe seulement dans près de cinquante pays. Au cours des cinq dernières années, la situation s'est fortement dégradée pour plus de deux tiers des pays recensés par l'ONG, soit 62,2%.

La Norvège est première dans leur classement, remettant en question le sujet de la sécurité au sien de  l'Union européenne, le pays n'en faisant pas partie. En dernière place, la Corée du Nord, qui fait partie des pays "prédateurs de la liberté de presse", garde sa population dans la peur et le noir.

D'après Reporters Sans Frontières, "le simple fait d'écouter une radio basée à l'étranger peut d'ailleurs valoir un séjour en camp de concentration [en Corée du Nord]."

RSF relativise aussi la remontée en trompe-l'œil de l'Italie, qui gagne 25 places (52ème place). Bien que les journalistes italiens du procès de Vatileaks aient été acquittés, les médias restent très contrôlés par la mafia et influencés par les politiques.

La Pologne (54ème) de son côté perd sept places par rapport à 2016 à cause d'un gouvernement qui ne tolère pas que la presse s'oppose à lui et qui coupe les vivres aux médias qui le critiquent.

Les pays d'Europe ne semblent pas accueillir les journalistes à bras ouverts.

La Turquie (155ème) fait fuir les journalistes : elle retombe de quatre places. L'organisation qualifie même celle-ci d'être devenue "la plus grande prison au monde pour les professionnels des médias", avec le régime autoritaire du président Recep Tayyip Erdogan.

D'autres "prisons à journalistes" : l'Egypte (161ème) et la Syrie (177ème) dont le climat politique en fait aujourd'hui un pays tueur de reporters. RSF accuse aussi l'Arabie Saoudite (168ème) d'infliger des coups de fouet à certains journalistes, notamment au bloggeur Raïf Badawi.

La Russie (148ème) demeure dans le rouge surtout depuis l'arrivée de Vladimir Poutine au pouvoir. La propagande inonde les médias strictement surveillés : beaucoup de blogueurs sont emprisonnés après avoir répandu des informations à l'encontre des règles du gouvernement.

Les populations de plus en plus méfiantes des journalistes

Reporter Sans Frontières explique que "L'obsession de la surveillance et le non-respect du secret des sources contribuent à faire glisser vers le bas de nombreux pays considérés hier comme vertueux: les Etats-Unis (43e, - 2 places), le Royaume-Uni (40e, - 2), le Chili (33e, - 2) ou encore la Nouvelle-Zélande (13e, - 8)"

Aux Etats-Unis, après avoir été décrite comme étant "ennemie du peuple américain" par le président Donald Trump, la presse est de plus en plus contrôlée, et de moins en moins libre. Des mesures pour empêcher les journalistes d'approcher la Maison Blanche ont été prises sous le mandat de l'ancien président Barack Obama. Certains journalistes étrangers ayant couvert des sujets sensibles ou polémiques se font même interdire l'entrée sur le sol américain.

"L'arrivée au pouvoir de Donald Trump aux Etats-Unis et la campagne du Brexit au Royaume-Uni ont offert une caisse de résonance au 'média bashing' et aux fausses nouvelles", ajoute RSF.

Pour la France, le dernier épisode de violence contre les journalistes remonte à seulement trois jours. L'organisation s'est mobilisée pour défendre la liberté de presse de nouveau ignorée : l'arrestation injuste selon RSF du photographe Jacob Khrist qui suivait le mouvement Femen chez le FN à Hénin Beaumont, au soir du premier tour de l'élection présidentielle, le 23 avril.

La responsable du bureau UE de Reporters Sans Frontières, Pauline Adès-Mével affirme que "RSF condamne l'interpellation musclée du journaliste dans des conditions qui restent floues. Nous lui apportons notre soutien et demandons sa libération immédiate."

La France classée 39ème se voit gagner 6 places depuis 2015, places qu'elle avait perdues à la suite de la tuerie de Charlie Hebdo. En dépit de cette remontée, le pays reste quand même sur une pente glissante. La France affiche aujourd'hui son score le plus déplorable depuis 2013, selon l'indice de référence de l'ONG basé sur les résultats de questionnaires remplis par les journalistes*. La campagne présidentielle de 2017, au "climat violent et délétère" selon RSF, a notamment affecté sa place dans le classement, à cause des nombreuses attaques verbales envers les journalistes.

* qui permet ensuite, en lui ajoutant un chiffre indiquant le nombre de violences commises envers les journalistes, d'établir le classement du pays.

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Commentaires
a écrit le 20/05/2017 à 10:41 :
et que pense robert menard
le fondateur de RSF
maire FN de beziers ?
a écrit le 29/04/2017 à 10:30 :
Si les journalistes étaient suffisamment objectifs, on comprendrait mieux une telle alerte. Mais ils tronquent trop souvent volontairement l'information pour en orienter l'interprétation par les lecteurs, et ce au profit des politiques comme vu récemment en France. Les journalistes se tirent eux-mêmes une balle dans le pied. La concurrence des réseaux sociaux leur sera fatale s'ils n'évoluent pas.
a écrit le 27/04/2017 à 9:09 :
Oui, ils peuvent s'inquiéter du déclin de la démocratie, nous en avons un parfait exemple avec cette zone administrative qu'est l'UE de Bruxelles!
a écrit le 27/04/2017 à 8:19 :
La France 39ème, et ça veut donner des leçons aux autres !
a écrit le 27/04/2017 à 7:32 :
puisque que ce constat est évidents
demande en 1er a la justice de convoque m hollande et m valls
sur le sujet
et en 2 arretez de soutenir m macron qui est le meme que m hollane en couleur
donc dans 5ans votre expression de journaliste sera interdite

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