Rédaction renforcée, pluralisme à l'antenne... CNews espère convaincre l'Arcom de renouveler sa fréquence TNT
latribune.fr
En dépit des polémiques, les dirigeants de Cnews ont tenté de convaincre l'Arcom ce lundi de renouveler la fréquence TNT de la chaîne d'info en continu.
Les dirigeants de la chaîne d'info en continu, CNews, ont été auditionnés, ce lundi matin, par l'Arcom dans le cadre de la procédure de renouvellement des fréquences TNT. Dans un contexte tendu, miné par les polémiques et les amendes infligées à la chaîne, l'Etat-major de CNews a tenté de donner des gages de sérieux au gendarme des médias.
L'enjeu est de taille pour la chaîne d'info en continu de l'homme d'affaires, Vincent Bolloré. A nouveau sanctionnée la semaine dernière, CNews gardera-t-elle sa fréquence TNT ? L'Arcom (Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique), qui mène une vague d'auditions pour choisir les prochains titulaires de ces précieux canaux, a reçu, ce lundi matin, les dirigeants de la chaîne, dont les audiences ont bondi ces derniers mois.
Face aux critiques et sanctions, la chaîne d'info a pris une série d'engagements pour favoriser le pluralisme sur son antenne devant le régulateur de l'audiovisuel qui décide du renouvellement de sa fréquence.
Il y a eu «quelques dérapages, inconvénients» mais «nous cherchons à y remédier avec une organisation qui permet de bétonner nos informations», a assuré Serge Nedjar, directeur général de CNews, auditionné par l'Arcom avec les autres responsables de la chaîne.
Créée en 2017 sur les cendres d'iTélé, CNews espère renouveler son autorisation de diffusion par voie hertzienne qui prend fin en 2025 et a défendu son cas devant le régulateur de l'audiovisuel pendant une audition d'une heure et demie.
Vers une rédaction renforcée
« Les Français ont particulièrement besoin d'être informés de manière honnête et rigoureuse », a souligné Hervé Godechot, un des conseillers de l'Arcom qui interrogeait les dirigeants de la chaîne. « On a prévu de renforcer la rédaction » sur les sujets politiques, police-justice et économiques, a affirmé Serge Nedjar, dont l'équipe compte 200 journalistes. Il s'agit aussi de « muscler le service juridique ».
« Nous allons mettre en place une direction du pluralisme, avec l'embauche de 4-5 personnes »,a renchéri Gérald-Brice Viret, directeur général de Canal+ France.
Cette dernière annonce découle d'une décision du Conseil d'Etat mi-février, qui a exigé que l'Arcom renforce son contrôle du pluralisme sur CNews et, au-delà, sur les télés et radios. La plus haute juridiction administrative avait été saisie par Reporters sans frontières, qui estimait que la chaîne d'info était devenue « un média d'opinion ».
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Alors que CNews se concentrait jusqu'alors sur l'équilibre des temps de parole politiques, la nouvelle direction du pluralisme veillera « à la pluralité des thématiques, des intervenants et des opinions », a indiqué M. Viret. CNews« ne prétend pas, quoi qu'en disent certains, former l'opinion publique », a-t-il insisté.
Emmenée par ses vedettes Pascal Praud, Laurence Ferrari ou encore Sonia Mabrouk, CNews s'est classée numéro un des chaînes d'information en continu (en parts de marché) en mai puis en juin devant BFMTV, une performance inédite.
Tensions autour de la question de l'indépendance des journalistes
L'évocation de la décision du Conseil d'Etat a donné lieu à une poussée de tension pendant l'audition. Elle « n'est concrète en rien » et « nous attendons la délibération de l'Arcom », a lancé le président du directoire du groupe Canal+, Maxime Saada, pressé par le régulateur de prendre des engagements précis.
La question sensible de l'indépendance de la rédaction a aussi été abordée, en lien avec des interventions prêtées à son propriétaire. Le quotidien Le Monde a ainsi affirmé lors de la campagne des législatives que le patron de LR, Eric Ciotti, « a orchestré avec Vincent Bolloré l'annonce de son ralliement au RN ».
Mais « l'actionnaire n'est jamais intervenu sur le contenu éditorial », a martelé le directeur général de CNews. Au-delà, Serge Nedjar a défendu le modèle de la chaîne, pas « un robinet à infos », mais qui apporte « de l'éclairage », avec des experts et éditorialistes en plateau.
La part« d'information stricte »(environ un tiers du temps d'antenne) peut-elle augmenter ? Les dirigeants deCNewsvont« y réfléchir »,ont-ils répondu au président de l'Arcom, Roch-Olivier Maistre.
Il n'est pas question non plus que des incidents se reproduisent, comme en février lorsque l'avortement a été qualifié de « première cause de mortalité dans le monde ». Tout sera contrôlé à l'avance, a promis Thomas Bauder, directeur de l'information.
Renouvellement de 15 fréquences
Au total, 24 candidats sont en lice dans cette procédure lancée fin février pour renouveler 15 fréquences de la télévision numérique terrestre (TNT). Les chaînes retenues seront révélées fin juillet.
Comme C8, qui gravite elle aussi dans le giron du milliardaire conservateur Vincent Bolloré et a été auditionnée mardi dernier, CNews est régulièrement rappelée à l'ordre et sanctionnée par l'Arcom en raison de propos tenus sur son antenne.
La semaine passée, deux amendes d'un total de 80.000 euros infligées à CNews ont ainsi été rendues publiques, pour « manquements » de la chaîne à ses obligations lors d'un débat consacré au projet de loi immigration et pour des propos climatosceptiques.
En mai, l'Arcom avait déjà prononcé une amende de 50.000 euros pour des déclarations de Geoffroy Lejeune, directeur du Journal du dimanche, selon lesquelles l'antisémitisme et la surpopulation carcérale étaient des conséquences de « l'immigration arabo-musulmane ».
Convié par l'Arcom pour défendre la candidature de la chaîne Canal+ - après Canal+ Sport, C8, et Canal+ Cinéma(s) -, le président du directoire du groupe, Maxime Saada, avait insisté, le 9 juillet, sur les liens entre ses différentes antennes, appelant l'autorité à « conserv(er) l'équilibre actuel » en les renouvelant toutes.
«Sans les chaînes gratuites C8, CNews et CStar, le groupe Canal+ (qui est aussi le principal financeur de la création cinématographique parmi les diffuseurs en France, ndlr) se retrouverait désarmé pour préparer les enjeux publicitaires de demain et monétiser ses offres hybrides», avait-il expliqué.
Le renouvellement de C8, autre cheval de bataille du groupe Canal+
Au cours de l'audition dédiée à C8, la semaine passée, ses dirigeants, qui savent la chaîne sur la sellette, s'étaient engagés à diffuser « Touche pas à mon poste », l'émission de Cyril Hanouna, avec un différé pouvant aller jusqu'à 45 minutes afin d'éviter tout dérapage, alors que les polémiques provoquées par l'animateur-producteur controversé ont donné lieu à plus de 7,5 millions d'euros d'amendes ces dernières années.
En début d'année, les principales figures de CNews et Vincent Bolloré avaient été auditionnés par la commission d'enquête de l'Assemblée nationale sur l'attribution des fréquences TNT. Son rapporteur, le député LFI Aurélien Saintoul, avait affirmé à son issue qu'il « ne comprendrait pas que les chaînes CNews et C8 puissent se voir en l'état renouveler leurs autorisations de diffusion ». Selon lui, ces chaînes vivent « de l'abus » et « du contournement des règles ».
A l'époque, Vincent Bolloré avait assuré ne pas intervenir sur les contenus et nié vouloir promouvoir « une idéologie » d'extrême droite, comme l'en accusent des détracteurs de CNews. Après un recours de Reporters sans frontières, le Conseil d'État a par ailleurs demandé mi-février à l'Arcom de renforcer son contrôle du pluralisme sur CNews et, au-delà, sur toutes les télés et radios.