Non-renouvellement de la fréquence de C8 : Canal+ contre-attaque
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Le poids lourd de l'audiovisuel conservera deux chaînes en clair sur la TNT : CNews et CStar.
Charles Platiau
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Le poids lourd de l'audiovisuel conservera deux chaînes en clair sur la TNT : CNews et CStar.
Charles Platiau
Pour Canal+, la vengeance est un plat qui se mange sans tarder. Echaudé par décision de l'Arcom de ne pas renouveler la fréquence de C8 et agacé par les obligations fiscales liées à son financement du cinéma français, le groupe audiovisuel va retirer à partir de juin 2025 de la TNT ses quatre chaînes payantes (Canal+, Canal+ Cinéma, Canal+ Sport, Planète).
« Seuls les abonnés de Canal+ qui sont encore sur la TNT seront concernés », est-il précisé. L'impact pour eux sera réduit : le groupe « leur proposera les équipements nécessaires afin qu'ils puissent continuer à profiter de l'ensemble des programmes de leurs chaînes sur d'autres modes de diffusion (satellite, ADSL et fibre via les opérateurs telecoms, Internet/OTT depuis l'application Canal+ sur l'ensemble des écrans connectés) ». La TNT reste l'unique mode de réception de la télévision pour près de 20% des foyers équipés d'un poste. Trente chaînes nationales sont actuellement diffusées sur ce canal. Paris Première (groupe M6) va être la seule à demeurer payante.
La décision de l'Arcom en juillet de ne pas renouveler la fréquence de C8 avait provoqué une déflagration dans l'audiovisuel, certains y voyant une forme de censure, d'autres manifestant leur satisfaction. En évinçant C8, qui cumule 7,6 millions d'euros d'amende en raison des dérapages de l'animateur Cyril Hanouna, le régulateur avait envoyé un signal aux chaînes sur la nécessité de respecter leurs obligations, en matière de maîtrise de l'antenne notamment.
Filiale de Vivendi, dans le giron du milliardaire conservateur Vincent Bolloré, le poids lourd de l'audiovisuel conservera toutefois deux chaînes en clair sur la TNT après la disparition annoncée de C8 le 28 février : la chaîne d'info CNews et CStar, mêlant musiques et magazine. Ne plus avoir à émettre nationalement sur la TNT entraînera une économie de 10 à 15 millions d'euros par fréquence.
Canal+, qui avait déjà menacé à plusieurs reprises de quitter la TNT, conteste également « l'augmentation de sa taxe versée au CNC » (Centre national du cinéma) et les « menaces sur son taux de TVA pourtant directement lié à son statut de premier financeur du cinéma français ». La TVA est, en effet, passée en 2022 de 10 à 20% pour certaines de ses offres, un taux que le groupe conteste. Le litige avec le fisc porte sur 655 millions d'euros. Toutefois, ses obligations de financement ne devraient, elles, pas évoluer.
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Autre point : grâce à sa présence sur la TNT, Canal+ bénéficie d'un avantage concurrentiel puisque la chaîne peut diffuser des films six mois après leur sortie en salles, contre 15 mois pour Netflix. Si la contribution de Canal+ au financement du cinéma français devait être moindre, après ce départ de la TNT, la donne pourrait changer.
Le rebondissement de jeudi survient alors que l'Arcom doit finaliser dans les prochains jours le processus de réattribution de 15 fréquences TNT en 2025, dont C8 a été exclu. Mais Canal+, Canal+ Cinéma, Canal+ Sport et Planète avaient été retenues. L'autorité devra ensuite statuer sur la numérotation des chaînes, un enjeu possiblement renouvelé avec ce retrait de Canal+.
Selon un observateur du secteur audiovisuel, cette sortie de la TNT est « la chronique d'une fin annoncée. » Canal+ en parlait depuis quatre ans, et le mouvement paraissait « inéluctable », alors que le groupe a évolué vers une plateforme numérique. En 2020, Canal+ avait renouvelé sa fréquence sur le canal 4 pour un temps réduit volontairement de trois ans, puis dix-huit mois, jusqu'en juin 2025.
Dans la présélection de l'Arcom, deux nouveaux venus ont été préférés à C8 et NRJ12: OFTV (groupe Ouest-France) et RéelsTV (CMI France, du milliardaire tchèque Daniel Kretinsky). Le renouvellement des fréquences a aussi agité la sphère politique. Parmi d'autres responsables de gauche, le député LFI Aurélien Saintoul, rapporteur d'une commission d'enquête sur la TNT début 2024, avait déploré en juillet que l'Arcom ait retenu la candidature de CNews. La chaîne est accusée par de nombreux politiques de gauche de promouvoir des idées d'extrême droite, ce qu'elle conteste. Également propriété de Canal+, CNews a accédé à la première marche du podium des chaînes d'info en continu à plusieurs reprises ces derniers mois.
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La décision du groupe intervient aussi quatre jours avant une assemblée générale décisive pour le projet de scission de Vivendi en quatre entités indépendantes, dont la société Canal+. En cas de feu vert des actionnaires, Canal+ sera coté à la Bourse de Londres à partir du 16 décembre.
(Avec AFP)
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