"Opération unfairplay" : Vivendi dans la tempête en Italie

Le parquet de Milan a terminé son enquête sur Vincent Bolloré et Arnaud de Puyfontaine dans l'un des volets de la bataille opposant Vivendi et Mediaset. Les policiers italiens ont bouclé leur enquête préliminaire sur d'éventuelles "manipulations de marché" lors de la montée de Vivendi dans le capital de Mediaset, ouvrant la voie à de possibles poursuites à l'encontre des deux dirigeants.

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L'enquête mandatée par le parquet de Milan conclut que l'homme d'affaires Vincent Bolloré et le président du directoire de Vivendi, Arnaud de Puyfontaine, sont passibles de poursuites pour manipulation du marché et obstruction à l'exercice de fonctions de contrôle, selon un communiqué de la brigade financière italienne.
L'enquête mandatée par le parquet de Milan conclut que l'homme d'affaires Vincent Bolloré et le président du directoire de Vivendi, Arnaud de Puyfontaine, sont passibles de poursuites pour "manipulation du marché" et "obstruction à l'exercice de fonctions de contrôle", selon un communiqué de la brigade financière italienne. (Crédits : CHARLES PLATIAU)

Les policiers italiens ont bouclé leur enquête préliminaire sur d'éventuelles "manipulations de marché" lors de la montée de Vivendi dans le capital de Mediaset, ouvrant la voie à de possibles poursuites à l'encontre de ses dirigeants Vincent Bolloré et Arnaud de Puyfontaine, a affirmé samedi la brigade financière italienne. Baptisée "opération unfairplay", l'enquête initiée en 2016 portait sur les circonstances de la montée du géant français des médias dans le capital du groupe italien, après la dénonciation d'un accord entre les deux groupes, ainsi que sur le projet d'acquisition par Vivendi de la télévision payante Mediaset Premium.

Guerre entre Bolloré et Berlusconi

La collaboration entre Mediaset et Vivendi avait commencé sous de bons auspices avec la signature en avril 2016 d'un "accord stratégique" devant créer un nouveau géant européen de la télévision. Vivendi devait racheter 100% du bouquet de la chaîne payante Mediaset Premium, un accord assorti d'un échange de participations à hauteur de 3,5%. Mais Vivendi a dénoncé cette alliance le 25 juillet 2016, en arguant de doutes sur les résultats futurs du bouquet de télévision, ce qui a déclenché la colère de  la famille de l'ancien chef de gouvernement Silvio Berlusconi, qui contrôle Mediaset.

Fin 2016, le groupe français était monté au capital de Mediaset lors d'un raid éclair qualifié d'"hostile" par la famille Berlusconi, qui a alors saisi la justice italienne via sa holding Fininvest en accusant Vivendi de "manipulation de marché". La famille Berlusconi reprochait à Vivendi d'avoir fait chuter artificiellement l'action Mediaset en annonçant la rupture de l'accord stratégique pour monter à son capital à moindre coût.

Classement sans suite ?

L'enquête mandatée par le parquet de Milan conclut que l'homme d'affaires Vincent Bolloré et le président du directoire de Vivendi, Arnaud de Puyfontaine, sont passibles de poursuites pour "manipulation du marché" et "obstruction à l'exercice de fonctions de contrôle", selon un communiqué de la brigade financière italienne. Le parquet de Milan pourra désormais décider ou non de se saisir de l'affaire. Le groupe français "réfute formellement avoir commis la moindre faute" et affirme qu'il "continuera à apporter son plein soutien" à Vincent Bolloré et Arnaud de Puyfontaine. Il ajoute que les avocats des deux hommes sont prêts à fournir "les éclaircissements nécessaires avant que le bureau du procureur ne prenne la moindre décision, étant convaincus que la décision finale sera un classement sans suite de cette procédure".

"Le bureau du procureur émet l'hypothèse que, au second semestre 2016, Vivendi aurait communiqué des informations incorrectes au marché et n'aurait pas transmis certaines informations à l'autorité italienne des marchés", a expliqué Vivendi dans un communiqué, en dénonçant des "allégations". Le groupe "réaffirme avoir acquis sa participation dans Mediaset de manière légale et avoir toujours communiqué de manière transparente aux marchés et aux régulateurs et que ses dirigeants actuels et précédents sont totalement étrangers à ces circonstances et ont agi dans le plein respect de la loi", se défend Vivendi, convaincu que la procédure aboutira à un "classement sans suite".

Affaires Premafin et Telecom Italia

La police italienne a par ailleurs relevé "un comportement de manipulation" de Vincent Bolloré dans le cadre d'une affaire qui avait déjà été sanctionnée en janvier 2014 par l'autorité boursière italienne, la Consob. Elle concernait des manipulations supposées en 2010 sur le cours de Premafin, une holding alors propriété de la puissante famille italienne Ligresti. Les deux groupes sont à couteaux tirés depuis 2016 et la décision de Vivendi, dont le groupe Bolloré est le premier actionnaire, de revenir sur un accord prévoyant le rachat du bouquet de chaînes de télévision payantes Mediaset Premium.

Le groupe français fait en outre l'objet de critiques en Italie en raison de ses participations à la fois dans Mediaset et dans l'opérateur historique Telecom Italia. Le gouvernement de Giuseppe Conte a approuvé le mois dernier un texte de loi qui enjoint à l'Autorité de tutelle des communications en Italie (Agcom) de mener une nouvelle enquête sur les entreprises opérant à la fois dans les secteurs des télécommunications et des médias, afin de déterminer si elles ne portent pas atteinte à la pluralité des médias.

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Commentaires 7
à écrit le 13/12/2020 à 21:03
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Une pratique habituelle de Bolloré.

à écrit le 13/12/2020 à 9:23
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Les italiens ont intérêt de faire attention aux propriétaires des médias de masse, par exemple chez nous les allemands possèdent beaucoup de parts de nombreux de nos gros médias et nous avons une influence particulièrement puissante de l'intérêt alle...

le 14/12/2020 à 5:42
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Berlusconi a gagné les élections grâce à son influence hyper puissante dans les médias italiens!

le 14/12/2020 à 8:49
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Macron a gagné grâce aux médias français et allemands également. Celui qui contrôle les médias contrôle l'opinion publique.

à écrit le 13/12/2020 à 6:32
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La manipulation des actionnaires, c'est le principe même de la bourse. Encore plus flagrant avec les "startup" dont on vante des perspectives de développement stratosphériques. Biaiser des données et faire rêver avec de beaux graphiques, c'est trop f...

à écrit le 12/12/2020 à 20:09
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Chez nous aussi pour avoir viré un homme remarquable qui se moquait à juste titre d'un nommé M.PROUT , animateur sur la télé du breton .

le 13/12/2020 à 14:09
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Pascal Prout ?

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