Perte des droits de la Ligue 1 : l’avenir incertain de Canal+

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Reuters
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La nouvelle a sonné comme un coup de tonnerre. Mardi dernier, la Ligue de football professionnelle (LFP) a indiqué, au terme de son appel d'offres pour les droits de la Ligue pour la période 2020-2024, que Canal, diffuseur historique de la compétition, avait fait chou blanc. La chaîne cryptée, pour qui le ballon rond constitue important aimant à abonnés, s'est fait devancer par un nouveau venu : l'espagnol Mediapro. Ce poids lourd des contenus au niveau européen, filiale du groupe ibérique Imagina - lequel est, depuis le mois de février, propriété du fonds chinois Orient Hontai Capital - n'a pas hésité à casser à tirelire (780 millions d'euros par an) pour décrocher les meilleurs lots de l'appel d'offres.
Chez Canal+, qui a déjà perdu les droits de la Ligue des champions pour la période 2018-2021 au profit d'Altice/SFR, la perte de la L1 constitue-t-il un accident industriel ? Non, a claironné la direction ces derniers jours, assurant que Mediapro n'aurait d'autres choix, étant donné le montant déboursé pour ces droits, que de négocier avec eux concernant, notamment, la sous-licence d'un lot premium. Démonstration :
Ainsi, toujours dans les colonnes de L'Équipe, Maxime Saada « ne [voit] pas bien comment Mediapro peut se passer de Canal ». Toujours concernant la perte de la L1, Vincent Bolloré, premier actionnaire de Vivendi, la maison-mère de Canal+, s'est voulu rassurant. « C'est présenté comme la fin du monde, mais pardon, c'est une tempête dans un verre d'eau microscopique », a-t-il déclaré vendredi, selon Les Échos.
Quoi qu'il en soit, chez Mediapro, on se dit serein quant à la capacité du groupe à rentabiliser des droits si chèrement acquis. En fin de semaine dernière, Jaume Roures, son fondateur, a indiqué qu'il lancerait une nouvelle chaîne dédiée à la L1, qui a vocation à être proposée à tous les opérateurs français, notamment auprès de Canal+. Mieux, il a même indiqué que cette chaîne pourrait être vendue autour de 25 euros par mois. Un montant qu'il estime juste. « On ne va pas faire une chaîne à 50 ou 100 euros : on n'aurait pas d'abonnés », a-t-il déclaré. Jaume Roures a estimé son nombre d'abonnés au lancement à 3,5 millions. Mais à l'en croire, il dispose des armes, avec son expérience et ses droits, pour rendre la L1 plus attractive, et attirer jusqu'à cinq millions d'abonnés.
Reste que l'offensive de Mediapro remet directement en cause le modèle de Canal+. Certains analystes estiment que la chaîne a, d'une certaine manière, eu raison de ne pas surenchérir sur les droits de la Ligue 1, ce qui permettra à la chaîne de se renforcer dans d'autres créneaux. Analyste chez Natixis, Jérôme Bodin juge ainsi que la chaîne cryptée pourrait générer, sans le foot français, « jusqu'à 540 millions d'euros supplémentaires d'économies par an ». Ce qui lui donnerait « les moyens de transformer en profondeur son modèle, et de mieux adapter son offre à la structure du marché, avec l'importance grandissante de la fiction », et l'exigence de disposer d'une « taille mondiale » dans ce domaine.
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En revanche, Bruno Hareng, analyste chez Oddo, affirme que Canal+ pourrait payer au prix fort cette perte de la L1. Selon lui, environ 2 millions des 4,9 millions d'abonnés à Canal+ le sont pour le football. Ainsi, selon lui, Canal+ pourrait se retrouver dans une situation critique si ces 2 millions de clients (40% de sa base) devaient s'évaporer. Les négociations à venir entre Canal+ et Mediapro seront, quoi qu'il en soit, cruciales pour l'avenir de la chaîne cryptée.
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