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Elle s'était posée "tous les jours" la question de son départ du gouvernement au moment de l'examen de la loi Renseignement, en 2015. Finalement, Axelle Lemaire, la secrétaire d'État au Numérique et à l'Innovation, aura attendu jusqu'au crépuscule du mandat présidentiel de François Hollande pour jeter l'éponge.
Au gouvernement depuis le 2 avril 2014 suite au départ de Fleur Pellerin, la Franco-canadienne de 42 ans a annoncé sa décision dans une interview à Libération. Un choix très politique, puisque les raisons de son départ le sont tout autant : ancrée à gauche, Axelle Lemaire a décidé de soutenir officiellement Benoît Hamon, le candidat du PS et de ses alliés, et de se lancer dans la campagne présidentielle à ses côtés. Un engagement qu'elle juge incompatible avec sa fonction ministérielle. "Je pense avoir rempli ma mission au gouvernement. Je serai désormais plus utile en dehors du gouvernement qu'à l'intérieur", estime-t-elle.
Christophe Sirugue, l'actuel secrétaire d'Etat à l'Industrie, étoffe son maroquin en reprenant, pour les derniers mois du mandat, le Numérique et l'Innovation.
| En janvier, La Tribune a rencontré Axelle Lemaire au CES de Las Vegas. Elle y dressait le bilan de son action ministérielle. Lire : "C'est la gauche qui a développé l'entrepreneuriat en France"
Dans l'équipe de campagne de Benoît Hamon, Axelle Lemaire fait partie du premier cercle, en charge des sujets liés à l'innovation et au numérique. Elle devient aussi sa porte-parole auprès des médias étrangers. Une position intéressante pour celle qui a souligné à de nombreuses reprises les limites de son rôle de secrétaire d'Etat, et qui pourrait enfin avoir les moyens de ses ambitions en cas de victoire de Benoît Hamon:
L'autre raison de son départ est de préparer sa réélection en tant que députée des Français de l'étranger en Europe du Nord, dans une très grande circonscription qui comprend le Royaume-Uni, l'Irlande, les pays scandinaves et les pays baltes. Une circonscription réputée difficile pour la gauche, et qui nécessite, selon Axelle Lemaire, une "vraie" campagne de terrain.
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L'ancienne responsable, à Londres, de la campagne 2012 de François Hollande, explique que son engagement auprès de Benoît Hamon est motivé par son "refus" d'accepter "un second tour qu'on nous dit joué d'avance entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron".
Face à la personnalisation de l'élection présidentielle et à la "disparition des frontières politiques" à gauche comme à droite, Axelle Lemaire dénonce, comme Christiane Taubira, le "déficit culturel de pensée à gauche" et milite pour un "renouveau démocratique", non pas en brouillant les frontières entre la gauche et la droite, mais par une "réinvention des institutions à l'heure du numérique", avec la création d'une "constituante citoyenne pour écrire une nouvelle Constitution".
Le choix d'Axelle Lemaire de rejoindre Benoît Hamon plutôt que son ancien ministre de tutelle à Bercy n'est pas étonnant. Politiquement, l'ancienne secrétaire d'État a toujours défendu une ligne située à la gauche du gouvernement, alors qu'Emmanuel Macron incarnait son ouverture au centre. Personnellement, les relations entre les deux ministres ont été très tendues à Bercy, au point qu'Emmanuel Macron a demandé sa tête à François Hollande au printemps 2015.
Ainsi, Axelle Lemaire, qui ne s'était pas privée pour dézinguer Emmanuel Macron lors de son départ du gouvernement, qualifie de "piège" le duel attendu entre Macron et Le Pen. "Pour moi, Benoît Hamon, parce qu'il a de l'humilité dans son approche, une ambition dans son projet et une authenticité, est le candidat capable de proposer ce projet alternatif de construction de l'avenir", ajoute-t-elle.
Appréciée par l'ensemble de l'écosystème d'innovation français -y compris auprès des organisations professionnelles classées à droite- pour sa maîtrise des dossiers et son implication sur le terrain, Axelle Lemaire n'a pas à rougir de son passage à Bercy. "Des progrès indéniables ont été réalisés, même si le chemin pour que la France devienne une startup nation est encore long", a publié la fédération France Digitale, bras armé des anciens Pigeons, qui reprennent en coeur le hashtag #MerciAxelle sur Twitter, eux qui scandaient déjà #KeepFleur en 2014.
Son nom restera accolé à la French Tech, qu'elle a ardemment défendue (même si l'initiative a été créée par sa prédécesseure, Fleur Pellerin) et à la Loi pour une République numérique, adoptée à l'automne 2016 à la quasi-unanimité. Bien que beaucoup lui reprochent son manque d'ambition, cette loi est globalement considérée comme une réussite. Elle a inscrit dans le marbre, entre autres, l'ouverture des données publiques des administrations (open data) pour créer "une économie de la donnée", ainsi que le renforcement de la protection de la vie privée en ligne ou encore la réglementation du secteur de l'e-sport. La loi a en outre testé une nouvelle méthode de co-construction citoyenne en amont, ce qui constituait une première en France.
Axelle Lemaire ne restera pas, en revanche, comme un poids lourd politique du quinquennat de François Hollande. Isolée, elle a dû avaler de nombreuses couleuvres (loi Renseignement, méga-fichier d'identité TES, prolongation de l'état d'urgence, attaques sur le chiffrement des données...) et s'est posée plusieurs fois la question de sa démission.
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Même dans son propre maroquin, elle n'a pas eu les coudées franches. Entre ses relations glaciales avec Emmanuel Macron, qui avait tendance, d'après des proches, à "s'approprier les dossiers les plus médiatiques" et ses combats contre les lobbys et "l'administration", accusée de lui avoir "mis des bâtons dans les roues" en permanence, la vie à Bercy d'Axelle Lemaire n'a pas été un long fleuve tranquille. La secrétaire d'État a eu une réunion avec son cabinet lundi soir et fera ses valises mardi.
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