Pourquoi SoftBank casse la tirelire dans les semi-conducteurs

L'opérateur nippon s'apprête à mettre la main sur ARM Holdings, un concepteur de puces pour smartphones, pour 29 milliards d'euros. Présentée comme un pari visant à accélérer dans l'Internet des objets, cette énorme opération en a surpris plus d'un, et pourrait bien relever, en fait, d'un coup financier.
Pierre Manière
Masayoshi Son, le PDG de SoftBank.
Masayoshi Son, le PDG de SoftBank. (Crédits : NEIL HALL)

Le deal, c'est peu dire, suscite des interrogations. Ce lundi, le spécialiste nippon des télécoms SoftBank a annoncé le rachat du britannique ARM Holding, un cador des semi-conducteurs. Montant de l'opération? 24,3 milliards de livres, soit environ 29 milliards d'euros. Contactés par La Tribune, plusieurs analystes ne cachent pas leur étonnement. "Voir un acteur des télécoms débourser autant pour un fabricant de puces pour smartphones, ça ne s'est jamais vu, et ce même au plus fort de la bulle Internet!", lâche l'un d'entre eux.

Pour Masayoshi Son, le PDG de SoftBank, cette emplette, "une de nos plus importante acquisitions jamais réalisées", servira à capter "les opportunités très significatives de l'Internet des objets". Il est vrai que l'IoT (pour "Internet of Things") est perçu par la planète high-tech comme la prochaine grande révolution technologique. En rendant les objets "intelligents" grâce à des capteurs miniaturisés, cette vague promet de révolutionner de nombreux domaines de l'économie. En témoigne, par exemple, l'engouement actuel pour les voitures connectées, ou les bénéfices à tirer, d'un point de vue logistique, de flottes de camions géolocalisables.

Réorienter les projets

Reste que si les industries des télécoms et des semi-conducteurs sont liées - les puces dessinées par ARM se retrouvent chez les smartphones d'Apple, de Samsung ou de Huawei -, leurs activités et leurs business models n'en demeurent pas moins différents. "Un peu décontenancé" par ce deal, Yves Gassot, le patron de l'Idate, un think tank spécialisé dans les télécoms, juge l'argument d'une croissance dans l'IoT pour le moins léger. "Je ne vois pas pourquoi on aurait absolument besoin d'être propriétaire du groupe qui dessine les puces pour réussir dans ce domaine", avance-t-il. A moins, bien sûr, qu'ARM devienne le fournisseur exclusif de SoftBank... "Mais ce n'est pas du tout la stratégie de ce groupe, qui repose sur la ventes de licences technologiques au plus grand nombre possibles de fabricants de microprocesseurs", relève le patron de l'Idate.

Pour sa part, Roger Sheng, directeur de la recherche chez Gartner, se montre également dubitatif sur la stratégie IoT de SoftBank. "Franchement, je ne crois pas que ce rachat offrira un gros avantage dans ce domaine à SoftBank, parce que les propriétés intellectuelles d'ARM ne sont pas ici difficiles à avoir", dit-il. Pour lui, les fabricants de semi-conducteurs et clients du groupe britannique, à l'instar de Qualcomm ou NXP, ont d'ailleurs plus de connaissance dans les applications de l'Internet des objets, car ils sont davantage en contact avec ces nouveaux business. Bref, d'après Roger Sheng, "pour tirer profit d'ARM, SoftBank devra investir davantage ou réorienter ses projets vers des applications de l'IoT".

Vers un Google de l'IoT?

Pour le directeur de recherche, cette acquisition pourrait en revanche n'être qu'une étape visant à créer un Google de l'Internet des objets, en mettant la main sur sur l'essentiel de la chaîne de valeur sans dépendre d'acteurs extérieurs. Si le groupe nippon rachetait un fabricant de semi-conducteurs, illustre-t-il, alors celui-ci disposerait de la plupart des actifs-clés de cette industrie, de la conception des puces à leur utilisation dans les réseaux télécoms, en passant par la collecte de données via des logiciels maisons. "Cependant, c'est un travail énorme, et il n'est pas sûr que cela rapporte assez étant donné les investissements colossaux que cela suppose", poursuit-il.

Reste l'hypothèse du coup financier, pur et simple, dans un contexte de baisse de la livre dans la foulée du vote britannique pour le Brexit. Yves Gassot privilégie, pour l'heure, cette perspective. "Ca me semble être un coup de poker, un investissement financier, dit-il. Il faut se rappeler que SoftBank a fait fortune en misant dans Microsoft et Yahoo! au Japon. Et ils ont aussi investi tôt dans Alibaba en Chine. Il est clair que Masayoshi Son a du flair pour identifier les bonnes entreprises..."

Pierre Manière

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Commentaire 1
à écrit le 19/07/2016 à 16:21
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Les japonais négocient un endettement illimité contre ... de menus services. Softbank, opérateur téléphonique, est l'un des agents de cette politique. Les anglais de ARM vendent comme d'habitude au bon moment, celui qu'ils connaissent de leur experti...

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