Startups : la licorne Mode Media, valorisée 1 milliard de dollars, se crashe

 |   |  789  mots
Mode Media a mené six tours de table en 12 ans et a brûlé 225 millions de dollars.
Mode Media a mené six tours de table en 12 ans et a brûlé 225 millions de dollars. (Crédits : Mode Media)
Selon la presse américaine, la startup Mode Media, basée dans la Silicon Valley, a brutalement décidé d’arrêter son activité. Cette licorne valorisée un milliard de dollars, qui a brûlé 225 millions de dollars depuis 2004, a passé ses derniers mois à tenter de convaincre ses investisseurs de la refinancer ou un repreneur de la racheter. Sans succès.

"Les licornes ? Des cochons avec du rouge à lèvres, oui !" En mars dernier, l'investisseur britannique Ken Olisa exprimait tout le bien qu'il pensait du phénomène des licornes, ces 179 startups non cotées mais valorisées au moins un milliard de dollars, alors que la plupart d'entre elles n'ont toujours pas prouvé la viabilité de leur modèle économique. Une déclaration tonitruante, provocante, mais partagée par la plupart des experts du secteur des nouvelles technologies.

Forts du constat que nombre de licornes affichent des valorisations exorbitantes (50 fois les ventes de l'entreprise en moyenne), que les sociétés high tech ont de plus en plus de mal à entrer à Bourse et que les investisseurs sont de plus en plus frileux depuis le troisième trimestre 2015, beaucoup estiment que le temps de l'insouciance des venture capitalists (VC) américains, qui signaient ces dernières années des "chèques en blanc" à n'importe quelle startup vaguement prometteuse, est terminé.

Jim Breyer, le célèbre capital-risqueur qui a fait fortune en investissant très tôt dans Facebook, prédisait même en janvier dernier que 90% des licornes actuelles verront leur valorisation chuter drastiquement dans les prochaines années. Voire, qu'elles disparaîtront carrément si elles ne prouvent pas très vite que leur modèle peut créer de la valeur.

De la difficulté de "disrupter" les médias

Après -entre autres- la fintech anglaise Powa Technologies, qui s'est effondrée en février dernier alors qu'elle était valorisée 2,7 milliards de dollars un an plus tôt, le ciel est tombé sur la tête de la startup californienne Mode Media. Selon le Wall Street Journal, ses dirigeants ont décidé jeudi 15 septembre de fermer leurs bureaux aux Etats-Unis, puis à l'international dans la foulée.

Fondée en 2003 à Brisbane, dans la Silicon Valley, par l'entrepreneur Samir Arora, Mode (qui s'appelait Glam Media jusqu'en 2014) proposait une curation d'articles et de vidéos, destinée avant tout aux femmes et focalisée sur la mode et l'art de vivre. Mais l'entreprise, qui a mené six tours de table en 12 ans auprès de nombreux investisseurs et a levé au moins 225 millions de dollars, n'a jamais réussi à dégager de bénéfices.

Valorisée 1 milliard de dollars depuis 2013, la startup a néanmoins dû "pivoter" plusieurs fois pour s'adapter à l'évolution des usages (le mobile, la vidéo) et à la concurrence. Pour attirer les visiteurs, Mode avait fédéré une "communauté" de 12.000 créateurs, rémunérés pour choisir et promouvoir des contenus auprès de ses 137 millions de visiteurs uniques par mois. Une audience suffisante pour être classée en 10è position du palmarès de comScore des éditeurs américains de contenus, en février 2016.

Cinq derniers mois de galère

De fait, la chute brutale de Mode Media a surpris, car l'entreprise présentait toujours du potentiel. En 2015, la startup avait généré un chiffre d'affaires de 90 millions de dollars, avec des pertes estimées entre 5 et 7 millions de dollars, en excluant le remboursement des dettes liées à l'acquisition, en 2011, du réseau social Ning. Mode Media comptait même dépasser les 100 millions de dollars et atteindre la rentabilité à la fin de l'année 2017.

Alors, que s'est-il passé ? Malgré une levée de fonds de Série F de 30 millions de dollars en mai 2015, la startup était déjà à court de cash. Dans un mémo interne envoyé aux salariés jeudi 15 septembre, les dirigeants expliquent qu'ils ont tenté, lors des cinq derniers mois, de trouver de nouveaux investisseurs ou de se faire racheter. Sans succès.

Les investisseurs échaudés ont-ils perdu foi en la startup ?

"Les capital-risqueurs adoptent désormais une attitude plus terre-à-terre. Ils tendent à corriger les survalorisations excessives de nombreuses sociétés technologiques et se concentrent davantage sur leur proposition de valeur et le retour concret sur investissement", explique François Bloch, associé chez KPMG France.

Signe de la défiance des investisseurs, le Pdg historique, Samir Arora, avait été débarqué en mars 2016, remplacé par le Pdg en interim Jack Rotolo, présent dans l'entreprise depuis 2004 et précédemment en charge des ventes. En juillet, le nouveau patron avait annoncé la suppression d'une trentaine de postes aux Etats-Unis. Mais cette réorganisation interne a été visiblement insuffisante pour convaincre les investisseurs et les éventuels repreneurs de lui accorder un nouveau sursis. "Mode Media n'a pas avancé assez vite et pâtit du refroidissement actuel dans la Silicon Valley. Quand on est déficitaire pendant 12 ans dans un secteur embouteillé comme les médias, il arrive un moment où plus personne n'y croit", indique un investisseur français.

Désormais, à qui le tour ?

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 16/09/2016 à 14:22 :
Pour tenir sur le long terme il faut de l'authenticité à savoir tout le contraire de ce que l'économie financière propose.

Les niches se cassent la gueule les unes après les autres semble t'il, peut-être que les actionnaires vont finalement finir par comprendre que le meilleur investissement à faire c'est de redistribuer le capital, de redonner du pouvoir d'achat aux gens.

Mais l'avidité étant une maladie qui ronge jusqu'aux os j'ai bien que que cela n'arrive jamais.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :