La Silicon Beach, une alternative à la Valley pour les startups françaises ?

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Le coût des loyers et des ingénieurs est deux fois moindre à Los Angeles qu'à San Francisco.
Le coût des loyers et des ingénieurs est deux fois moindre à Los Angeles qu'à San Francisco. (Crédits : Reuters)
Lancé mi-mars, l’accélérateur French Accelerator Los Angeles entend convaincre les startups françaises qui veulent s’internationaliser de délaisser la Silicon Valley de San Francisco et la Silicon Alley de New York pour la Silicon Beach de Los Angeles, où les prix de l’immobilier et le coût des ingénieurs sont plus abordables.

Tout le monde connaît la Silicon Valley de San Francisco, le poumon de l'innovation mondiale. La plupart des géants des nouvelles technologies y sont nés et y prospèrent, de Google à Twitter, en passant par Microsoft, Facebook et Amazon. On ne présente plus non plus la Silicon Alley de New York, deuxième écosystème au monde, particulièrement attractif pour les adtech et les martech (les technologies autour de la publicité et du marketing).

En revanche, la Silicon Beach de Los Angeles souffre d'un manque flagrant de notoriété. Dans l'imaginaire collectif, la cité des Anges reste la ville d'Hollywood, des surfeurs et de la douceur de vivre. C'est assez compréhensible : ses 1.000 startups en font un très petit écosystème, très loin de la Silicon Valley, qui concentre 20% des 80.000 startups mondiales, de New York, et même de Paris avec ses 4.000 à 6.000 startups. Même si l'application de rencontre Tinder, le réseau social Snapchat, le géant du streaming Hulu ou le projet SpaceX d'Elon Musk y ont leur siège.

Créer une communauté de startups françaises à Los Angeles

Pour Laurent Ruben, entrepreneur de 41 ans, c'est précisément parce que l'écosystème high tech de Los Angeles reste modeste, abordable et à taille humaine, que les startups françaises en quête d'internationalisation devraient s'y précipiter. "Aujourd'hui, la pire décision pour attaquer le marché américain est de s'installer à San Francisco ou à New York", affirme crânement le cofondateur de l'accélérateur French Accelerator, lancé à la mi-mars. Evidemment, le frenchie, installé dans la capitale du cinéma depuis 2011, prêche pour sa paroisse. Mais il soulève des arguments de choc:

"Pourquoi une startup française qui veut s'implanter sur le marché américain s'épuiserait-elle dans l'environnement hyper-concurrentiel de la Silicon Valley et de New York, où l'immobilier, les ingénieurs et le coût de la vie sont les plus élevés des Etats-Unis ? Los Angeles leur permet d'accéder à l'immense marché américain depuis une ville où les loyers sont deux fois moins cher qu'à San Francisco, où la concurrence est moins forte et le climat plus agréable".

Aux yeux de Laurent Ruben, Los Angeles présente les avantages du marché américain sans les inconvénients de la Silicon Valley et de New York. Effectivement, tous les plus grands investisseurs y ont des bureaux. Le coût d'un ingénieur à l'année y est de "80.000 dollars environ, contre 200.000 dans la Silicon Valley", ajoute-t-il. Le marché y est aussi moins tendu et les talents, nombreux et plus fidèles qu'à San Francisco, où le mercato est permanent.

De plus, Los Angeles est un pôle économique puissant. Son PIB de 860 milliards de dollars place la ville au troisième rang mondial en terme de revenus, derrière Tokyo et New York. Enfin, la présence d'Hollywood en fait une place de choix pour les startups spécialisées dans le divertissement et la consommation.

Accélération de six mois à un an

Concrètement, l'accélérateur French Tech Los Angeles se destine aux startups en hyper-croissance qui cherchent à devenir des leaders de leur secteur. Et qui doivent donc, pour cela, s'internationaliser. Fondé par trois Français et trois Américains, le programme d'accompagnement vise à accompagner et à guider les startups dans cette jungle, en leur apportant des conseils d'une équipe de vingtaine de mentors, juristes, comptables ou experts d'un domaine d'activité en particulier, pendant six mois ou un an.

"Les six premiers mois, nous devenons la direction opérationnelle des startups que nous accueillons. Nos experts leur cherchent leurs premiers clients, leurs partenaires, des investisseurs, on leur apprend à adapter leur business model au marché américain et à la culture entrepreneuriale, qui est totalement différente de ce qui se pratique en France", précise Laurent Ruben. Cette prestation coûte 20.000 dollars par mois. Après six mois, les honoraires se transforment en part de capital, correspondant à la valeur de l'accompagnement délivré à l'issue de la phase d'accélération.

Selon Laurent Ruben, l'adaptabilité du modèle économique, la puissance du réseau et la maîtrise des coûts sont le trio gagnant pour réussir son implantation. L'initiative vise aussi à fédérer un réseau de Français à Los Angeles, sur le modèle de la French Tech, dont l'antenne à Los Angeles a été inaugurée le 20 avril.

Un chemin de croix ?

Pour l'heure, seules trois startups font partie de la première promotion, qui compte douze places. Il s'agit de l'application de rencontres instantanée d'oOlala, du service dans le cloud appyReward, dédié à la relation client, et de l'agence de trafic Internet Wister. "Trois nouvelles startups devraient rejoindre l'aventure d'ici à la fin du mois de mai", promet Laurent Ruben.

Le plus difficile pour cette initiative est de convaincre les startups de choisir Los Angeles plutôt que San Francisco et New York. Si l'argument du coût de la vie (et, dans une moindre mesure, de la douceur du climat) pourrait faire mouche, la présence de nombreux autres accélérateurs dans les deux autres écosystèmes américains et l'abondance d'investisseurs qui y sont présents rendent difficiles ce choix. "Oui, San Francisco est cher et difficile, mais au moins l'écosystème y est immensément plus grand que Paris, et donc porteur d'opportunités. C'est comme si on incitait un Français des campagnes à choisir Marseille ou Lyon plutôt que Paris sous prétexte qu'il y a moins de concurrence et que tout coûte moins cher", relève un entrepreneur français installé dans la Silicon Valley.

"Il est vrai qu'il y a un gros travail d'image à effectuer pour faire sortir les startups françaises de leur tropisme San Francisco-New York, pour leur montrer que d'autres solutions sont possibles, se défend Laurent Ruben. Mais si l'écosystème d'innovation est petit à Los Angeles, il se développe à grande vitesse et surtout, le poids économique de la région est colossal... Et Los Angeles reste  à une heure d'avion seulement de San Francisco".

          | Lire : 18 startups françaises à la conquête de l'Amérique

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