Télécoms : pourquoi le chinois Huawei veut grandir dans les câbles sous-marins

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Huawei participe au consortium qui projette de poser le câble South Atlantic Inter Link (SAIL), qui reliera courant 2017 le Cameroun au Brésil.
Huawei participe au consortium qui projette de poser le câble South Atlantic Inter Link (SAIL), qui reliera courant 2017 le Cameroun au Brésil. (Crédits : DR)
Depuis quelques années, l’équipementier cherche à faire son nid dans le secteur stratégique des câbles sous-marins, qui permettent de connecter le monde entier à Internet. Mais ses ambitions sont freinées par certains pays - les Etats-Unis en tête - qui y voient une menace pour la sécurité de leurs communications.

Dans le monde des nouvelles technologies, l'équipementier chinois Huawei est sans conteste l'un des acteurs les plus agressifs du moment. Sur son métier traditionnel, la fourniture d'équipements aux opérateurs télécoms, il tient désormais la dragée haute aux vieux champions européens Nokia ou Ericsson, en difficulté et peinant tous deux à retrouver leur lustre d'antan. Depuis trois ans, le géant chinois aux 170.000 collaborateurs dans le monde s'est lancé dans les smartphones en marque propre. Sur ce segment, encore chasse gardée des Apple et Samsung, il affiche aujourd'hui une croissance insolente, et ambitionne de devenir à moyen terme une référence mondiale. Mais il y a un secteur moins connu où Huawei est de plus en plus actif : celui des câbles sous-marins.

Près de 300 câbles actifs dans le monde

Sur ce créneau, Huawei est entré dans la cour des grands en 2008, avec la création d'une joint-venture avec la société britannique Global Marine Systems. Baptisée Huawei Marine, cette entité est spécialisée dans la pose, l'entretien et l'amélioration des câbles sous-marins. A plus d'un titre, le secteur est des plus stratégiques. Aujourd'hui, près de 300 câbles sous-marins sont actifs à travers le monde, selon le site Telegeography - lequel est, au passage, financé par Huawei Marine. En reliant les pays et les continents du globe, ces autoroutes de fibre optique, qui reposent sous les mers, sont l'épine dorsale d'Internet. A La Tribune, un cadre d'Alcatel-Lucent, le leader mondial du secteur, affirme qu'aujourd'hui, « 99% des échanges électroniques intercontinentaux » transitent par ces artères.

Encore relativement nouveau sur ce marché, Huawei met les bouchées doubles pour devenir un acteur important. Lors d'une interview au site TelecomAsia.net, en octobre dernier, Mike Constable, le patron de Huawei Marine, affirmait que depuis la création de la joint-venture, la société a participé à « 46 projets », principalement « en Afrique, au Moyen-Orient, en Asie et en Amérique du Sud ». Ceux-ci concernent la pose de câbles. Mais également leur amélioration. Huawei Marine s'est en effet spécialisé dans les répéteurs, des dispositifs qui permettent d'amplifier le signal optique, et qui sont installés à intervalles réguliers, le long des câbles.

Parmi les gros projets en cours, Huawei Marine participe à un consortium pour poser un câble de 6.000 km sous l'Atlantique. D'un coût de 427 millions d'euros, celui-ci reliera d'ici quelques mois Kribi au Cameroun, à Fortaleza au Brésil. C'est d'ailleurs pour cette entreprise que Huawei vient d'acheter 6.000 km de câbles sous-marins au fabricant français Nexans. Outre cet investissement d'ampleur, Huawei a surtout multiplié les projets beaucoup plus modestes, comme celui du câble Ooredoo, qui relie les Maldives. Ou encore celui d'Avassa, dans les Comores et à Mayotte.

2% de part de marché

Aujourd'hui, Huawei Marine ne joue qu'un petit rôle dans le monde des câbles sous-marins. D'après les analystes de Terabit Consulting, sa part de marché n'était que de 2% en 2014. A comparer, par exemple, avec les 47% d'Alcatel-Lucent Submarine Network, ou aux 30% de l'américain TE SubCom. En clair, malgré ses efforts, Huawei peine à se faire une place sur le marché. Dans une lettre publiée en août 2015, l'Observatoire du monde cybernétique (OMC) expliquait ses difficultés :

« Deux raisons expliqueraient ces résultats décevants : l'entreprise est largement dépendante d'acteurs externes pour la fabrication des câbles, et elle souffre du boycott des autorités australiennes et américaines. On se souvient par exemple que l'administration américaine avait fait échouer en 2013 le déploiement d'un nouveau câble transatlantique New York-Londres fabriqué par Huawei. »

Boycott des Etats-Unis

A l'époque, le gouvernement d'Obama craignait que Pékin n'utilise les installations de l'équipementier comme un cheval de Troie pour espionner les communications du pays de l'Oncle Sam. Cruciaux dans la cybersurveillance, les câbles sous-marins font l'objet de toutes les attentions par les Etats. C'est la raison pour laquelle Alcatel-Lucent Submarine Network est resté français lors de la vente maison-mère au géant finlandais Nokia.

Malgré les freins, Huawei et l'industrie chinoise du câble pourraient vite progresser, à la faveur de l'explosion des communications, notamment en Asie. « [La Chine] apparaît ainsi dans de très nombreux consortiums transpacifiques ou de câbles reliant l'Europe à l'Asie (APG, AAE-1, SMW5, NCP...). Huawei Marine Networks vient par exemple de finaliser la mise à niveau du câble West Africa Coast System (WACS) qui relie l'Afrique à l'Europe », constate l'OMC dans sa note.

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