Télécoms : pourquoi le régulateur britannique veut séparer BT de sa filiale réseau

L’Ofcom, le régulateur britannique des télécoms, veut forcer l’opérateur historique à faire d'Openreach, sa filiale dédiée au réseau fixe, une entreprise juridiquement distincte. L’objectif est double : éliminer le risque de pratiques anticoncurrentielles de BT vis-à-vis de ses rivaux. Mais aussi donner un coup d’accélérateur aux investissements dans la fibre.
Pierre Manière
Pour l’Ofcom, Openreach ne serait pas, en l’état, assez transparent et indépendant pour lever les craintes de pratiques anticoncurrentielles.
Pour l’Ofcom, Openreach ne serait pas, en l’état, assez transparent et indépendant pour lever les craintes de pratiques anticoncurrentielles. (Crédits : © Phil Noble / Reuters)

L'Ofcom hausse le ton. Le régulateur britannique des télécoms a annoncé mardi qu'il voulait forcer l'opérateur historique BT à faire de sa filiale Openreach une entreprise juridiquement distincte. Cette dernière gère et développe le réseau fixe du groupe, qui est le plus important du pays. Depuis 2005, Openreach a l'obligation de donner l'accès à cette toile aux opérateurs alternatifs, aux mêmes conditions que pour sa maison-mère BT. Ainsi, les opérateurs Talk Talk, Sky ou Vodafone ont pu se développer sur l'Internet fixe à haut débit grâce à l'ouverture de ce réseau à la concurrence.

Problème : pour l'Ofcom, Openreach ne serait pas, en l'état, assez transparent et indépendant pour lever les craintes de pratiques anticoncurrentielles. Malgré les dispositions prises par le passé pour séparer BT de sa filiale réseau, le groupe cible au final les mêmes clients finaux que ses concurrents, à qui il vend de la capacité en gros... « Des progrès ont été réalisés, mais cela n'a pas suffi, et des mesures sont maintenant nécessaires pour obtenir de meilleurs résultats pour les utilisateurs de téléphonie et de haut débit », a souligné l'Ofcom ce mardi. Pour arriver à ses fins, le régulateur a décidé d'aller devant la Commission européenne pour forcer l'opérateur à se séparer juridiquement d'Openreach. Le régulateur a d'ailleurs prévenu d'emblée que si cela n'était finalement pas suffisant, il pourrait songer à imposer une cession pure et simple de la filiale réseau.

Un catalyseur pour le très haut débit

Du côté de BT, pas question de dramatiser, pour l'heure, cette affaire. Dans un communiqué, le groupe affirme avoir pris « bonne note » de l'annonce du régulateur. « Nous sommes en discussions avec l'Ofcom à propos de deux questions pendantes : le rattachement hiérarchique du directeur général d'Openreach, et la forme de la filiale sur le plan juridique », a détaillé BT. L'opérateur affirme vouloir trouver « une solution volontaire » et éviter les foudres du régulateur. D'ailleurs, ce lundi, juste avant l'annonce de l'Ofcom, il a nommé Mike McTighe comme le premier président d'un nouveau conseil indépendant d'Openreach. Or ce dernier a auparavant travaillé... à l'Ofcom, où il était membre du conseil d'administration.

Les rivaux de BT, eux, ont probablement été très satisfaits de l'initiative du régulateur. Il faut dire que depuis longtemps, tous militent activement pour une séparation plus franche des activités de BT et d'Openreach. Outre cette problématique concurrentielle, l'Ofcom perçoit également son action comme un catalyseur des investissements dans le très haut débit. D'après Joël Mau, directeur de projet à l'Institut Mines-Télécom, une séparation entre BT et Openreach pourrait permettre de doper les investissements dans la fibre, un domaine où le Royaume-Uni est très, très en retard :

« Si Openreach ne se consacre plus qu'aux infrastructures, elle pourrait trouver un intérêt économique plus important à mettre les bouchées doubles dans la fibre optique et servir de manière identique tous ses clients, y compris des concurrents de BT. D'une part parce que BT peut constituer un frein dans la mesure où ce nouveau réseau, ouvert à tous, viendrait concurrencer ses offres sur le réseau cuivré et dynamiser ses rivaux. D'autre part, parce qu'en tant que simple opérateur d'infrastructures, Openreach serait plus crédible auprès des banques, qui lui prêteraient plus facilement de l'argent à long terme. »

(avec AFP et Reuters)

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