La bataille de la 4G relancée avec la fleur faite à Bouygues Telecom

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SFR a inauguré la 4G fin janvier dans le quartier d'affaires de La Défense, aux portes de Paris.
SFR a inauguré la 4G fin janvier dans le quartier d'affaires de La Défense, aux portes de Paris. (Crédits : SFR 4G La défense bis)
L'autorisation donnée par le gendarme des télécoms de réutiliser des fréquences 2G pour faire de la 4G va permettre à l'opérateur, en perte en 2012, d'accélérer son déploiement à moindre coût. Bouygues Telecom sera ainsi sans doute l'opérateur à couvrir le mieux le territoire en octobre, avec deux ans d'avance sur ses concurrents.

Malgré la joie très contenue manifestée par Bouygues Telecom dans son communiqué de jeudi soir, à l?annonce du feu vert donné par l?Arcep, le gendarme des télécoms, pour qu?il utilise en 4G ses fréquences 2G (1800 Mhz) à partir d?octobre, les investisseurs ont eux sablé le champagne vendredi matin : l?action Bouygues a bondi de 7% à l?ouverture. L?enthousiasme est ensuite retombé (+2,1% seulement à la clôture), mais les réactions des analystes étaient dans l?ensemble très positives sur ce qui apparaît comme un coup de pouce, tombant à point nommé, à l?opérateur qui a le plus souffert de l?arrivée de Free Mobile (il a terminé 2012 en perte nette de 16 millions d?euros et en cash flow négatif).

En revanche, l?action Iliad (Free) a chuté de 1,63% et Vivendi de 3,3%, plutôt affectée par des rumeurs de report de la vente de l?opérateur brésilien GVT. L?action France Télécom, qui avait ouvert en baisse, a fini en hausse de 0,44%. « Orange et SFR vont sans doute attaquer la décision de l'Arcep au Conseil d?Etat mais ils vont perdre » pronostique un proche du dossier.

Deux ans d?avance en termes de couverture de la population
Cette fleur consiste à donner à Bouygues un peu d?avance en termes de « time-to-market » comme le relèvent les analystes d?Oddo : « le principal avantage pour Bouygues réside en la vitesse de déploiement du réseau et donc la vitesse de lancement de services commerciaux 4G avec une couverture décente (typiquement plus de 30%) permettant de justifier un incrément d?Arpu (revenu moyen par abonné) sensible, c?est-à-dire plus qu?1? comme va le proposer Orange en avril. » Bouygues Telecom a déjà payé 911 millions d?euros pour des fréquences 4G spécifiques en 2,6 Ghz et 800 Mhz (Orange 1,17 milliard, SFR 1,2 milliard et Free Mobile 271 millions d?euros).

Mais, du fait de son réseau construit à l?origine avec des fréquences 1800 Mhz (contre 900 Mhz pour Orange et SFR, lire l?explication ici), Bouygues pourra basculer à moindre frais ses antennes de 2G (1800 Mhz) en 4G au 1er octobre : « il n?y a pas que de la mise à jour logicielle mais il n?est pas nécessaire de changer tout le système antennaire, comme c?est le cas pour les fréquences 2,6 Ghz » explique un dirigeant de l?opérateur. Bouygues arrivera donc rapidement à une couverture « significative » de la population (entre 30% et 40% selon les spécialistes du secteur) dès l?automne, alors que les obligations des licences 4G des opérateurs fixent le seuil de 25% de couverture de la population en octobre 2015, soit deux ans plus tard (voir les obligations de couverture). « C?est une mauvaise nouvelle pour Orange et SFR qui vont voir partir des abonnés à haute valeur ajoutée vers Bouygues Telecom » considère un professionnel du secteur.

Un très cher « cadeau », moyennant plus d?1 milliard d?euros sur 20 ans
Rien n?empêche Orange et SFR de demander également à réutiliser ces fréquences en 4G, sauf qu?ils ont plus d?abonnés donc plus de trafic à écouler en 2G, ni de mettre les bouchées doubles pour déployer? si ce n?est la lenteur des autorisations d?implantations de nouvelles antennes. Selon l?Agence nationale des fréquences, au 1er mars (voir l?observatoire), Orange dispose de 460 antennes 4G, dont 7 en service, SFR 334 dont 2 en service, Bouygues 385 (dont 341 en 2,6 Ghz et aucune en service) et Free Mobile 14 (toutes compatibles 4G).

Bouygues pourra mettre le turbo sans dépenser plus, voire en dépensant moins : il est difficile de chiffrer les économies qu?il pourrait réaliser. A titre d?exemple, Orange a investi environ 50 millions d?euros dans le déploiement de la 4G en 2012 (hors fréquences). Mais ce « cadeau » accordé à Bouygues ne sera pas gratuit : le prix, qui sera officialisé par le gouvernement sous peu par décret, avoisinera 60 millions d?euros par an (15 millions au prorata pour trois mois en 2013), et ce pour tous les opérateurs qui en font la demande (sauf Free qui pourra récupérer un peu moins de fréquences, 15 Mhz, pour 45 millions). « Je ne comprends pas l?emballement du marché. Le prix est disproportionné, cela fait 1,3 milliard d?euros sur 20 ans, en plus du milliard dépensé aux enchères pour les fréquences 2,6 Ghz et 800 Mhz, c?est délirant. L?équation ne tient pas la route » considère un analyste.

Pour Bouygues, ce coup d?accélérateur sur la 4G lui offre cependant une perspective de sortie par le haut dans un marché entraîné dans une spirale low-cost depuis un an. « Nous présenterons nos offres bientôt, avant l?été. On sera prêt au 1er octobre » prévient Didier Casas, le secrétaire général de Bouygues Telecom. Cela met sérieusement la pression sur Orange, qui ouvrira la 4G au grand public dans 15 villes le 4 avril, et sur SFR, qui était pour l?instant le plus en avance (ouverture à Lyon depuis novembre, Montpellier depuis décembre et La Défense depuis fin janvier). Quant à Free, qui s?exprimera mardi prochain lors de la publication de ses résultats annuels et en dira peut-être plus sur ses projets en la matière, il raille ses concurrents, estimant que « pour l?instant, la 4G n?existe pas réellement en France, la couverture reste embryonnaire? »
 

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a écrit le 16/03/2013 à 12:29 :
Je ne vois pas en quoi il s'agit d'une fleur. Non seulement Orange et SFR ont le même droit, mais en plus la France faisait figure de "bug" technologique en Europe, en étant quasiment le seule pays a avoir opté pour le 2.6GHz pour ses licences LTE. Il fallait rapidement corriger ce non sens bureaucratique afin d'éviter de recréer un SECAM dans un univers de PAL... Maintenant, les Français auront droit a l'ensemble des terminaux LTE, comme tous les européens, et pourront donc roamer tranquillement en voyage. En prime, nous pourrons même accueillir les touristes :-)
Réponse de le 17/03/2013 à 12:31 :
Ce n'est pas une fleur... c'est une insulte à la compétence et aux investissements des 2 autres...

En France, dans l'un des seul secteur dirigé par une instance réglementaire, cette dernière vient au secours du plus mauvais élève... ce n'est pas la première fois... et ce n'est pas toujours Bouygues...

L'ARCEP change les regles tous les 6 mois... c'est sans doute pour donner envie d'investir...

a écrit le 16/03/2013 à 11:43 :
Le secteur des télécoms, soumis à des décisions arbitraires semble bien opaque. Comment pouvoir se projeter à longue échéance avec des règlementations qui évolues en fonction de la météo du jour? En attendant je constates que la France ne semble pas en avance sur la fibre ou sur la 4G. Les opérateurs français n'ayant plus la marge nécessaire pour suivre les changements technologiques rapides. Et ils deviennent des proies pour les groupes étrangers non soumis aux mêmes contraintes. Ca m'étonne que l'on est pas déjà eu des offres hostiles sur se secteur au vu de la valorisation actuelle et au vu des géants US ou asiatiques ou même mexicain...
Réponse de le 16/03/2013 à 12:57 :
Pendant plus de dix ans, les opérateurs francais ont realise des benefices parmi les plus importants du monde dans le secteur de la téléphonie mobile. Bizarrement cet argent n'a que tres peu servi a investir dans la fibre ou la vraie 4G, mais a servi a remunerer tres grassement les actionnaires et dirigeants. Ils ont été également lourdement condamné pour entente iliicite sur les prix, et entrave au libre jeu de la concurrence, avec un dol de plusieurs centaines de millions d'euros pour les consommateurs, qui ne reverront jamais la couleur de leur argent (pas de class action en France, hélas). De manière fort opportune, vous le passez sous silence, faisiez-vous partie de ceux qui en ont tiré profit ? Et faire passer Orange pour une proie, alors qu'il s'agit de l'un des plus gros opérateurs du monde, tres agressif d'ailleurs dans certains pays, c'est juste risible ... Idem pour SFR, allié de Vodafone, qui est loin d'etre un nain, et filiale de Vivendi, qui part son copinage avec les plus hautes spheres de l'Etat peut encore siphonner l'argent des marchés publics pendant des décennies. La marge des opérateurs a suffisamment payé de porsche, maisons de luxe et de voyages aux soleils en jet privé pour les copains. C'est fini la bonne époque...
Réponse de le 17/03/2013 à 19:44 :
Quelle analyse de comptoir.
Populisme quand tu nous tiens..
a écrit le 16/03/2013 à 11:41 :
Deux 'fleurs' à Bouygues la même semaine !! il doit y avoir de sacrées casseroles accrochées au cul de quelques décideurs de gôche !! c'est vrai que dans le domaine de la construction il y a de nombreux passe-droits ...
a écrit le 16/03/2013 à 9:05 :
En echange BT va embaucher des emplois d'avenirs! Vous savez ces mecs qui ne savenr pas lire et que l'on doit artificiellement sortir des chiffres du chomage pendant 5 ans, au frais du contribuable ben entendu....
a écrit le 16/03/2013 à 8:26 :
Ils ont le BTP, les routes, la télévision, la téléphonie... etc, c'est trop! marre de ces gros groupes, de ces monopoles qui ruinent la France et à la tête un patron pleurnicheur a qui on donne beaucoup trop d'avantages!
Réponse de le 16/03/2013 à 9:02 :
Et toi tu crees des emplois ou tu vis au crochet des autres (contribuable ou patron)
Réponse de le 16/03/2013 à 9:57 :
Je ne comprends pas votre commentaire sur la création d'emploi (hors sujet), je ne vous ai pas tutoyé non plus, et votre commentaire n'apporte rien. Finalement, vous êtes un digne représentant du monde d'aujourd'hui, la médiocrité....!
a écrit le 16/03/2013 à 7:18 :
Quand on voit la situation du monde des Telecom: Alcatel mort ( 1 ? l' action) et celle de France Telecom sans perspective de croissance, guère meilleure, le bilan n' est pas brillant. L' Europe Mme Viviane Reding, relayée en France par l ' Arcep ont sévi pour arriver sur un champ de ruines. Aujourd'hui les collectivités territoriales tire de la fibre au niveau de la boucle locale pour renouveler le réseau j' ai de grosses craintes???
Réponse de le 16/03/2013 à 9:05 :
@ Perplexe: l'origine du champ de ruine date de 2000 avec la bulle de l'UMTS et de l'Internet mobile. Extrait d'une analyse d'Elie Cohen en 2001: "A s?en tenir aux résultats le fiasco est avéré : un secteur prospère, connaissant une mutation technologique majeure, et promis à une très forte croissance est violemment projeté dans la crise. Nul ne sort indemne, ni les industriels qui ont survendu la technologie de l?internet mobile, ni les autorités européennes qui ont voulu une chose et son contraire la politique industrielle et la subsidiarité, ni les marchés financiers qui ont entretenu le mythe de l?internet mobile et ont favorisé des valorisations délirantes, ni les économistes qui ont promu les enchères sans donner tout le mode d?emploi, ni les fiscs nationaux qui n?ont pas su résister à l?appât du gain." Il aura fallu près de 10 ans pour déployer la 3G en France. Pour la fibre, je ne sais pas à combien de milliards d'euros se chiffrent les dépenses engagées dans les études et les DSP en cours, sachant que les principaux opérateurs utiliseront très peu ces infrastructures. Sinon les grands gagnants du FTTH en France, ce seront les équipementiers US et chinois, Alcatel en étant un hybride.
http://www.elie-cohen.eu/article.php3?id_article=103
a écrit le 15/03/2013 à 21:34 :
Comme par hasard cette décision précipitée intervient alors que les ministres chargés de ces dossiers veulent réduire les compétences de l' ARCEP... Copains et coquins ?

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