Après la tempête de 2017, Patrick Drahi casse la tirelire pour Sotheby’s

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Patrick Drahi, le fondateur et propriétaire d'Altice USA et d'Altice Europe.
Patrick Drahi, le fondateur et propriétaire d'Altice USA et d'Altice Europe. (Crédits : Philippe Wojazer)
Deux ans après la dégringolade d’Altice, alors miné par les difficultés de SFR, le magnat des télécoms et des médias a de nouveau fait parler la poudre en s’offrant la célèbre maison de vente aux enchères Sotheby’s pour pas moins de 3,7 milliards de dollars.

Il a remis une pièce dans la machine à deals. Le 17 juin, Patrick Drahi a annoncé le rachat, via des fonds émanant de sa holding personnelle, de la prestigieuse maison de vente aux enchères américaine Sotheby's. L'opération valorise l'entreprise à quelque 3,7 milliards de dollars. Ce faisant, Patrick Drahi marche dans les pas d'un autre entrepreneur et milliardaire féru d'art, François Pinault, qui possède Christies, la grande rivale britannique de Sotheby's.

« C'est une acquisition très personnelle, familiale et patrimoniale, qui n'a aucun lien avec ses activités dans les télécoms et les médias », affirme un proche. Patrick Drahi « est un vrai passionné et connaisseur d'art ».

« A chaque déplacement professionnel en France ou à l'étranger, de manière quasi-systématique, il prend le temps de visiter le patrimoine, les musées et les fondations. Récemment, lors d'un déplacement à Lens pour rencontrer les équipes de SFR, il a visité l'antenne du Louvre. Idem à Metz, où il s'est rendu au Centre Pompidou... »

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« Un collectionneur d'art très secret »

Même son de cloche pour Thierry Ehrmann, le président d'Artprice, le spécialiste des cotations du marché de l'art. À l'AFP, il indique que Patrick Drahi « a une très bonne connaissance de l'art, a acheté des Chagall assez spectaculaires, aime l'art cinétique, notamment Vasarely ». Selon lui, le tycoon est « un collectionneur d'art très secret, très élitiste ». « Il a une approche académique, avec la construction d'une collection sans faute, mais il est aussi capable d'achats très impulsifs. Il est porté sur le contemporain, il aime les volumes et les installations », poursuit-il, sachant que sa société classe Patrick Drahi au 252e rang des collectionneurs mondiaux.

Quoi qu'il en soit, cela faisait un petit temps qu'on ne l'avait pas vu sortir le chéquier pour une si grosse emplette. À 55 ans, l'industriel s'est bâti en un temps record un empire dans les télécommunications et les médias, à coups d'énormes acquisitions à crédit. Patrick Drahi s'est d'abord fait un nom dans l'Hexagone, en consolidant, dans les années 1990, un marché du câble moribond sous la bannière de Numericable. En 2014, il fait un très gros coup en avalant le fleuron français des télécoms SFR, pourtant bien plus gros que lui, pour un total de plus de 17 milliards d'euros.

Numéro quatre du câble aux États-Unis

Dans la foulée, il met la main sur Portugal Telecom, l'opérateur historique portugais, pour 7,4 milliards d'euros. Chouchou des marchés et des banquiers d'affaires qui n'hésitent pas, alors, à lui prêter sans hésiter l'argent dont il a besoin, Patrick Drahi poursuit sur sa lancée. Aux États-Unis, il met la main, en 2015 et en 2017, sur les câblo-opérateurs Suddenlink et Cablevision pour respectivement 6,7 et 17,7 milliards de dollars. Il devient ainsi numéro quatre du câble au pays de l'Oncle Sam.

En parallèle de ces acquisitions dans les tuyaux, Patrick Drahi se développe dans les médias. En France, il rachète notamment BFM-TV, RMC, le quotidien Libération, et va jusqu'à s'offrir, encore à prix d'or, de prestigieux droits du foot (la Ligue des Champions, la Ligue Europa, ou la Premier League anglaise). À la différence de ses rivaux dans les télécoms, Patrick Drahi croit dur comme fer à la « convergence » entre les télécoms et les médias pour se démarquer, ferrer des abonnés, et les conserver.

Mais tout ne s'est pas passé comme prévu. Fin 2017, son groupe Altice se retrouve en pleine tempête. Le cours de Bourse dégringole et les investisseurs sont inquiets. En France, SFR, le principal actif d'Altice, perd énormément de clients, échaudés tant par les pratiques commerciales que par les problèmes de réseaux. Dans le même temps, les investisseurs s'inquiètent de la capacité d'Altice à rembourser sa dette, qui avoisine alors les 50 milliards d'euros.

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Patrick Drahi fait alors le ménage dans son équipe dirigeante. Il reprend le groupe en main, amorce des cessions d'actifs jugées non-stratégiques pour doper les investissements dans la fibre, dans le mobile, et accélérer le désendettement. Dans le même temps, il sépare Altice en deux entités distinctes. Avec d'un côté Altice USA, dont les activités se portent bien et constituent une vraie machine à cash. Et de l'autre Altice Europe, qui comprend toutes ses activités européennes, dont SFR.

En érigeant une muraille de Chine entre ses actifs des deux côtés de l'Atlantique, Patrick Drahi veut surtout se prémunir d'un dangereux effet domino. Il souhaite éviter qu'une éventuelle dégringolade de SFR entraîne le reste du groupe dans sa chute. Depuis deux ans, l'opérateur au carré rouge a finalement repris du poil de la bête. SFR a retrouvé les faveurs des abonnés, notamment séduits par une politique tarifaire agressive. Au premier trimestre cette année, le groupe a vu son nombre de fidèles croître de 88.000 dans l'Internet fixe, et de 117.000 dans le mobile. Après avoir stabilisé son groupe, Patrick Drahi a, semble-t-il, retrouvé son appétit pour les (très) grosses opérations.

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