"La régulation du numérique n'a pas progressé d'un poil" (Sébastien Soriano, 2/2)
Propos recueillis par Philippe Mabille et Pierre Manière
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Sébastien Soriano, le président de l'Arcep.
Sipa
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Sébastien Soriano, le président de l'Arcep.
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LA TRIBUNE - Dans l'Internet fixe, la crise du Covid-19 a provoqué davantage d'appétence des Français pour la fibre. Mais les déploiements de cette technologie ont fortement ralenti. L'objectif gouvernemental du très haut débit pour tous en 2022 est-il menacé ?
SEBASTIEN SORIANO - Non. Le coronavirus et le ralentissement économique n'ont pas mis à terre le plan de déploiement de la fibre, qui s'est poursuivi. Le secteur a bien résisté. Il faut rendre hommage à Orange, qui joue son rôle de locomotive du secteur. Ils ont beaucoup investi dans la fibre, et ont permis, pendant la crise du Covid-19, d'éviter un démantèlement de toute la chaîne de sous-traitants impliqués dans les déploiements. Je suis très optimiste sur la trajectoire globale. Nous serons aux rendez-vous du 8 mégabits pour tous en 2020, et du 30 mégabits pour tous fin 2022. Dans le cadre du plan de relance, le gouvernement vient de décider d'aller au bout du chantier de la fibre, en apportant cette technologie à tous les Français d'ici 2025. C'est une grande nouvelle. Sur les cinq dernières années, le secteur a construit 16 millions de lignes. La moitié des foyers et des entreprises ont déjà été desservis par la fibre. Il reste 20 millions de lignes à construire, sachant que le secteur en réalise 4 à 5 millions par an. Cet objectif est tout à fait à notre portée.
L'Arcep s'inquiète des retards d'Orange concernant la couverture en fibre des zones moyennement denses et périphéries des grandes agglomérations. L'opérateur nous affirme qu'il ne sera pas au rendez-vous de ses engagements en 2020. Pourriez-vous le sanctionner ?
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L'Arcep est très vigilante concernant les déploiements en zone moyennement dense. Il y a un enjeu de retard, certes, mais nous sommes surtout préoccupés par d'éventuelles stratégies préemptives. Ce qui nous dérangerait, c'est qu'Orange n'achève pas les zones qu'il a commencé à couvrir pour se réserver, en quelque sorte, une partie du réseau plus grande que ce qu'il est capable de faire. Dans le cadre du plan France très haut débit, le choix a été fait de réserver le déploiement de la fibre dans les zones moyennement denses à Orange et SFR. Cette décision a été critiquée par les collectivités locales. Elles sont contraintes de couvrir les territoires les moins peuplés et les moins rentables, ce qui complique leur équation économique. Sous ce prisme, l'enjeu, pour l'Arcep, est de vérifier qu'Orange n'a pas eu les yeux plus gros que le ventre. Quand l'opérateur commence à couvrir une zone, il doit aller jusqu'au bout. Il s'agit, finalement, d'un enjeu concurrentiel et d'équilibre public-privé. Aujourd'hui, nous échangeons avec Orange : comme vous le dites, ils sont vraisemblablement en retard concernant leurs engagements dans les zones moyennement denses. Je leur tends la main : ce que je souhaite, c'est qu'Orange lance dans les meilleurs délais une offre dite de « raccordable à la demande ». Elle permettrait aux clients de réclamer un abonnement à la fibre même si le réseau n'est pas entièrement terminé. Une fois cette demande faite, le raccordement prendrait quelques semaines ou quelques mois, en fonction des travaux à effectuer. Si Orange lançait rapidement cette offre sur les territoires concernés, l'Arcep pourrait en tenir compte dans son appréciation.
Propos recueillis par Philippe Mabille et Pierre Manière