DOSSIER MONDIALISATION- La filière des équipements de réseaux mobiles est aujourd’hui dominée par le groupe chinois Huawei et ses concurrents européens Ericsson et Nokia. Mais cette industrie, hautement stratégique, est bouleversée par des considérations géopolitiques et de souveraineté technologique. Au grand dam des opérateurs télécoms, qui en subissent directement les conséquences, et font tout pour sécuriser leurs approvisionnements.Ce 23 juillet 2019, les opérateurs télécoms français ne cachent pas leur agacement. Ce jour-là, le Sénat, dans un ultime vote, adopte une proposition de loi concernant le déploiement de la 5G. Sur le papier, celle-ci vise à « sécuriser » les réseaux mobiles de nouvelle génération. Mais en réalité, ce texte, porté par le gouvernement, n'a qu'un objectif : limiter l'empreinte de Huawei, le géant chinois des équipements télécoms, dans l'Hexagone, dont les produits suscitent la méfiance de l'exécutif et des services de renseignement.
Deux opérateurs ont fait les frais de cette « loi Huawei ». Il s'agit de SFR et de Bouygues Telecom. A la différence d'Orange et de Free, ils recourraient déjà aux services du groupe de Shenzhen pour la 3G et la 4G sur la moitié de leurs réseaux. Tous deux ont écopé de nombreuses interdictions pour passer des sites mobiles en 5G. En conséquence, ils sont désormais contraints de démonter plusieurs milliers d'antennes afin de les remplacer par celles d'autres équipementiers, jugés moins risqués. A l'été 2020, Bouygues Telecom a notamment annoncé qu'il allait progressivement retirer ses 3.000 antennes Huawei situées dans les villes et zones très denses d'ici à 2028. Furieux de ce traitement, ce dernier et son rival SFR se démènent, depuis, pour que l'Etat les indemnise.
Soupçons d'espionnage
Des mois avant son adoption, et aujourd'hui encore, cette loi Huawei a fait l'objet de vives passes d'armes entre le secteur des télécoms et l'exécutif. Concrètement, ce texte oblige les Orange, SFR, Bouygues Telecom à Free à demander l'aval de l'Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information (Anssi), qui dépend de Matignon, pour le déploiement de toute nouvelle antenne dans l'Hexagone. Cette nouvelle loi permet, en clair, au Premier ministre de balayer ces demandes « s'il estime qu'il existe un risque sérieux d'atteinte aux intérêts de la défense et de la sécurité nationale ». Si officiellement, cette procédure ne cible aucun équipementier en particulier, c'est officieusement bien Huawei, et lui seul, qui figure dans le viseur de l'exécutif.