Mobile : avec l'Open RAN, Orange veut mettre fin au duopole formé par Ericsson et Nokia

L’opérateur historique a inauguré, la semaine dernière, un laboratoire dédié à l’Open RAN. Cette technologie promet d’ouvrir le marché des infrastructures de réseau mobile à de nouveaux acteurs, au-delà des géants en place, le suédois Ericsson et le finlandais Nokia.
Pierre Manière

5 mn

Les Etats-Unis voient dans l'Open RAN une opportunité de retrouver une place de choix dans les équipements télécoms et la 5G.
Les Etats-Unis voient dans l'Open RAN une opportunité de retrouver une place de choix dans les équipements télécoms et la 5G. (Crédits : Sergio Perez)

Orange se convertit à l'Open RAN (Radio Access Networks). La semaine dernière, l'opérateur historique a inauguré dans son grand centre de Châtillon, au sud-ouest de Paris, un laboratoire dédié à cette technologie au nom barbare, qui promet de révolutionner le marché des infrastructures de réseau mobile. Aujourd'hui, celles-ci sont constituées de différents matériels et logiciels, lesquels fonctionnent en système propriétaire fermé. Pour déployer un réseau mobile 4G ou 5G, les opérateurs n'ont, en clair, d'autre choix que de passer par les solutions complètes d'une poignée de grands équipementiers, comme celles du suédois Ericsson, du finlandais Nokia ou du chinois Huawei.

Impossible, dans l'écosystème actuel, pour un autre fournisseur présent sur une partie de la chaîne matérielle ou logicielle, de faire son nid sur le marché. C'est précisément ce verrou que l'Open RAN veut faire sauter. Son objectif : harmoniser les normes et standards des infrastructures de réseau mobile pour ouvrir le marché, en commençant par celui de la 5G, à une pluralité d'acteurs. Pour Orange, cette solution présente d'importants bénéfices. L'opérateur y voit un moyen d'« améliorer la qualité de service et l'exploitation des réseaux, d'en réduire les coûts de déploiement et de fonctionnement, de les rendre plus flexibles en cas d'évolution, et de les ajuster aux besoins des clients finaux ».

« Un duopole, ce n'est jamais bon »

Pour Orange, l'Open RAN constitue clairement un moyen de réinjecter de la concurrence sur le marché des équipements télécoms, et donc d'en réduire les coûts. L'opérateur juge la situation actuelle problématique. Avec l'interdiction de Huawei en France, il en est réduit à se fournir chez Ericsson ou chez Nokia. « Or un duopole, en concurrence, ce n'est jamais bon, constate Michaël Trabbia, le directeur de la technologie et de l'innovation d'Orange. Nous devons retrouver un niveau de concurrence qui nous permette d'avoir des prix compétitifs. » Orange ne veut pas perdre de temps : il compte déployer des équipements Open RAN dans les zones rurales et à l'intérieur des bâtiments dès 2022-2023. Dès 2025, il espère recourir uniquement à cette technologie pour tous ses nouveaux sites mobiles.

Dans son laboratoire dédié à l'Open RAN, Orange travaille notamment avec Samsung. Le géant sud-coréen de la tech ambitionne de devenir, dans les années à venir, un équipementier télécoms de premier plan. Il souhaite, en particulier, profiter de l'interdiction de Huawei dans de nombreux pays développés pour se faire une place sur le marché.

Un risque de déclassement pour Ericsson et Nokia

Outre Samsung, Orange travaille avec plusieurs industriels américains. A côté des mastodontes Dell ou Intel, on retrouve, par exemple, le fournisseur d'antennes Amphenol. Ce n'est pas un hasard. Les Etats-Unis sont les plus fervents défenseurs de l'Open RAN. Washington investit des moyens colossaux pour développer la filière, et aider ses industriels à s'imposer. Son objectif : retrouver une place de choix dans le marché des équipements de réseaux mobiles et la 5G. Contrairement à l'Europe qui peut compter sur Nokia et Ericsson, les Etats-Unis ne disposent plus d'aucun géant dans ce secteur stratégique. La Maison Blanche voit aussi dans l'Open RAN une alternative de long terme au chinois Huawei, aujourd'hui leader technologique incontesté du marché de la 5G, et qui a été chassé du pays.

En Europe, la Commission européenne soutient l'Open RAN. Une position qui peut surprendre, dans la mesure où cette initiative pourrait, en ouvrant le marché à la concurrence, déstabiliser les champions du Vieux Continent Nokia et Ericsson... Michaël Trabbia en convient : « Le plus grand risque, pour l'Europe, serait de se retrouver dans quelques années avec des acteurs qui ont un train de retard face à la filière chinoise [notamment composée de Huawei et de son compatriote ZTE, Ndlr] et la filière américaine. » Selon le patron de l'innovation d'Orange, l'Europe doit réagir. Pas question, selon lui, de bouder l'Open RAN. « Ce n'est jamais en refusant une innovation qu'on défend la souveraineté technologique », insiste-t-il. Selon lui, il faut, au contraire, « développer la filière européenne », via des investissements importants et ciblés. Pour les financer, Michaël Trabbia évoque, notamment, les fonds du plan de relance européen.

Ericsson appelle l'Europe à investir dans la 6G

Ericsson et Nokia, de leur côté, travaillent tous sur des solutions Open RAN. Franck Bouétard, le patron d'Ericsson France, se dit favorable à des investissements européens dans ce domaine. Mais il met quelques bémols. Primo : « injecter des milliards d'euros pour refaire de la 5G, alors que la 5G, c'est fini, ce n'est peut-être pas le plus judicieux, prévient-il. En revanche, ça l'est si c'est pour préparer la 6G. » Secundo : il estime que l'Open RAN ne peut pas concerner toutes les composantes des réseaux mobiles. « Nous ne croyons pas à l'ouverture [à la concurrence, Ndlr] de certaines interfaces pour des questions de sécurité et de performance », précise-t-il. Quoi qu'il en soit, l'équipementier suédois se montre très attentif à cette évolution technologique, qui promet de rebattre profondément les cartes du secteur.

Pierre Manière

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Commentaires 5
à écrit le 22/11/2021 à 14:14
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Inauguré dans le grand centre d’orange Gardens de Châtillon aux open spaces sordides et entassés qui en font le symbole français du mal être au travail, records d’absentéisme et dépressions. Une cité hlm d’openspaces inaugurée par Hollande alors Prés...

à écrit le 15/11/2021 à 22:23
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Désolé cher Monsieur, mais l’article est assez mal documenté. D’abord, l’Open RAN n’est pas une technologie mature. Passer des fonctions réseau et notamment la radio d’un ASIC qui est un processeur spécifique pour ces fonctions à un processeur généri...

le 14/01/2022 à 10:36
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Tres bon commentaire technique, je suis en accord avec ABC. Il n'y a aucune sécurité autour de l'Open Ran et il est vrai que pour le moment c'est la seule solution pour les Usa de remettre pied via le monopole de de Intel dans un marché ou ils so...

à écrit le 15/11/2021 à 21:50
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C'est pour les chinois ?

à écrit le 15/11/2021 à 18:41
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