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« Orange ne laisse que quelques miettes » à la concurrence

Photo de Antoine Patinet

Pierre Manière

Publié le 15 mai 2015 à 06:54 - Mis à jour le 25 juin 2015 à 17:45

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Directeur général de Nerim, un opérateur télécoms d’entreprises, Pierre-Olivier Lompré juge les pratiques actuelles d’Orange anti-concurrentielles. Il s’inquiète de devoir, à terme, mettre la clé sous la porte si la situation devait perdurer.

Alors qu'Orange fait l'objet d'une enquête de l'Autorité de la concurrence concernant des « discriminations » sur le marché des télécoms professionnels, Pierre-Olivier Lompré, le directeur général de Nerim - un opérateur avoisinant les 40 millions d'euros de chiffre d'affaires -, tire la sonnette d'alarme. D'après lui, l'opérateur historique garde pour lui les segments les plus profitables de ce marché de 12 milliards d'euros, et dont il possède environ 60%. Explications.

 La Tribune : Les griefs de l'Autorité de la concurrence envers Orange sont-ils justifiés ?

Pierre-Olivier Lompré : Evidemment, mais le sujet n'est pas nouveau. L'Autorité de la concurrence enquête aujourd'hui suite aux plaintes de Bouygues Telecom et de SFR. Mais celles-ci ont été déposées respectivement en 2008 et 2010 ! En outre, il ne reste que la plainte de SFR, puisqu'Orange a mis 300 millions d'euros sur la table pour que Bouygues Telecom abandonne ses poursuites... La justice, comme la presse, ne s'y intéressent que maintenant. Mais nous, cela fait plusieurs années que nous souffrons de discriminations...

Quelles sont-elles ?

Concrètement, pour certaines offres destinées aux professionnels, nous devons passer par l'infrastructure d'Orange. Or sur certains créneaux, les tarifs de gros de l'opérateur sont très chers par rapport aux prix qu'il pratique lui-même pour le même type de clientèle. Sur certains segments, Orange est totalement monolithique, et bloque purement et simplement l'accès au marché aux autres opérateurs.

Vous auriez un exemple ?

Bien sûr, prenez l'offre fibre entreprise d'Orange. Vous avez l'offre fibre Pro Équilibre à 65 euros, et la fibre Pro Intense à 75 euros. Ces produits font un carton, avec un très bon rapport qualité/prix. L'offre Pro Intense, en particulier, propose une fibre à 500 Mb/s, qui correspond parfaitement à la demande actuelle du marché. Mais nous, nous n'y avons pas accès : lorsqu'on demande à Orange de pouvoir également profiter de cette gamme, ils nous disent « non ». L'opérateur s'est donc créé un monopole sur ce segment. En d'autres termes, on a le sentiment de n'avoir accès qu'à quelques miettes du marché, pendant qu'Orange garde pour lui la part la plus profitable.

Craignez-vous pour l'avenir de votre activité ?

Nous sommes effectivement très inquiets. Cette situation est de plus en plus pénalisante. Car ce qu'il faut comprendre, c'est qu'outre Internet, la fibre permet aussi de faire passer la téléphonie et les flux informatiques permettant d'accéder, par exemple, à nos data centers. La fibre devient un véritable mono-tuyau où passent toutes les communications. Et si on nous empêche d'y accéder, on risque à terme de devoir mettre la clé sous la porte, de se faire évincer. C'est un vrai problème pour nous et tous les petits opérateurs. Cela nous freine notamment pour recruter ou investir en recherche-développement.

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Dans ce contexte, comment tirez-vous votre épingle du jeu ?

Heureusement, nous ne sommes pas discriminés partout. En Île-de-France, nous sommes relativement autonomes puisque nous disposons de notre propre réseau de fibre optique. Ici, l'opérateur historique nous fournit juste l'accès à la boucle locale (ou paire de cuivre, donnant accès aux locaux des clients), dont le prix est fixe et identique pour tous les acteurs. En dehors de l'Ile-de-France, en revanche, nous avons des accords avec d'autres opérateurs, dont Orange.

De manière générale, on se démarque de ses offres standardisées par une plus grande personnalisation. Contrairement à l'opérateur historique, on arrive à faire passer dans la fibre plusieurs usages correspondant aux besoins des clients. Ainsi, un cabinet d'architecture pourra stocker à distance ses plans en 3D dans nos data centers, disposer d'une très bonne connexion Internet, tout en ayant la possibilité de mener des conférences téléphoniques.

Orange risque d'écoper d'une amende importante. On évoque le chiffre de plusieurs centaines de millions d'euros... Mais cette affaire aura-t-elle un impact sur la régulation du secteur ?

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On l'espère ! Nous voulons surtout que dans le sillage de l'Autorité de la concurrence, l'Arcep (le gendarme des télécoms, Ndlr), se saisisse du dossier. Et oblige l'opérateur historique à nous donner l'accès à des segments du marché à des prix corrects. Rappelons qu'on a déjà eu le même problème dans les années 1999-2000. Alors que régnaient en maître les vieux modems 56 kb/s, France Télécom (devenu Orange depuis, Ndlr) avait lancé via Netissimo la première offre haut débit ADSL. Mais l'opérateur nous en avait privé l'accès...

Pierre Manière

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