Vie privée : Apple lance la bataille de la publicité sur mobile

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Apple se pose depuis une dizaine d'années en défenseur de la vie privée.
Apple se pose depuis une dizaine d'années en défenseur de la vie privée. (Crédits : Mike Segar)
Désormais, Apple demandera à l'utilisateur s'il souhaite, sur le modèle de l'accès à la géolocalisation ou à la caméra, "autoriser le ciblage" par des sociétés tierces et la personnalisation des publicités, ou "demander à l'application de ne pas cibler". Une restriction qui inquiète les spécialistes du pistage.

Après les cookies sur le web, la bataille entre publicité et vie privée débute sur les applications mobiles, avec une première restriction annoncée par Apple qui donne plus de contrôle aux utilisateurs mais inquiète les spécialistes du pistage.

Désormais, Apple demandera à l'utilisateur s'il souhaite, sur le modèle de l'accès à la géolocalisation ou à la caméra, "autoriser le ciblage" par des sociétés tierces et la personnalisation des publicités, ou "demander à l'application de ne pas cibler".

Si l'utilisateur ne donne pas son consentement, les services publicitaires embarqués dans l'application ne pourront pas l'identifier et effectuer, par exemple, des croisements avec son activité dans d'autres applications, qui permettent à des sociétés spécialisées de compiler des profils complets de consommateurs.

Sous le capot, la marque à la pomme a annoncé, lors d'une conférence pour les développeurs diffusée la semaine dernière, qu'elle donnerait ainsi le choix aux utilisateurs de partager l'identifiant publicitaire de l'appareil.

Depuis 2013 pour Apple et 2014 pour Google, les développeurs d'application doivent utiliser les identifiants publicitaires fournis par les deux géants des systèmes mobiles.

Par rapport aux cookies, l'utilisateur a plus de contrôle sur son "profilage" car il peut demander un nouvel identifiant dans les paramètres de son téléphone, mais les publicitaires disposent d'un numéro personnel très pratique pour constituer leurs bases de données.

Jusqu'à aujourd'hui, aucun contrôle fin n'existait encore pour limiter son utilisation dans chaque application.

L'annonce rappelle les limitations successives apportées aux fameux cookies connus pour leur utilisation intensive à des fins de pistage sur les sites internet.

Apple se pose depuis une dizaine d'années en défenseur de la vie privée, en annonçant notamment divers systèmes pour bloquer par défaut une partie d'entre-eux sur son navigateur Safari.

Les navigateurs concurrents ont suivi le mouvement, le leader Google Chrome annonçant en janvier un sursis de deux ans avant le blocage par défaut, le temps de mettre en place une solution alternative.

En France, l'une des victimes récurrentes de ces changements est le spécialiste français du ciblage publicitaire Criteo, qui capitalise sur une base de données de près de deux milliards de profils de consommateurs reconstitués notamment à partir de cookies et d'identifiants publicitaires mobiles.

Cotée à la bourse électronique Nasdaq de New York, l'entreprise a une fois de plus vu son cours dégringoler de 15%, deux jours après la conférence d'Apple.

Une décision "unilatérale"

"Criteo se prépare depuis un certain temps [à cette nouvelle limitation] et propose de nouvelles approches de la publicité personnalisée", a affirmé l'entreprise dans une déclaration transmise à l'AFP.

La mesure d'Apple parait de fait encore acceptable pour l'écosystème de la publicité en ligne qui craignait la suppression pure et simple de cet identifiant.

Mais prise de manière "unilatérale", la décision "pose des questions de neutralité et de souveraineté", estime pour sa part le dirigeant d'une société de marketing en ligne.

Selon lui, la version présentée par Apple manque d'ailleurs de détails sur les finalités du traitement de données, et imposerait un second panneau de consentement pour être conforme au RGPD, le règlement européen sur la protection des données.

"Le but du jeu pour les grands collecteurs d'information, c'est de sortir tous les intermédiaires" dont Criteo fait partie, explique à l'AFP Olivier Bomsel, un spécialiste de la publicité.

"S'il y a des groupes de clients cibles à vendre à des annonceurs, autant passer par ceux qui possèdent les données de tout le monde", ajoute-t-il.

Bien qu'il handicape les sociétés de pistage concurrentes, Apple encourage les développeurs à utiliser son propre système de mesure de l'efficacité des publicités: une sorte de ciblage sans transfert de données personnelles, mais une manière pour la firme de ne pas se couper du marché gigantesque de la publicité mobile (241 milliards de dollars en 2019).

Un quart de celui-ci provient de la publicité pour promouvoir d'autres applications, selon la société AppsFlyer: un marché où Apple est présent via sa solution Search Ads, et qui lui rapporte doublement grâce aux commissions prélevées sur les achats réalisés dans les applications.

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Commentaires
a écrit le 02/07/2020 à 10:01 :
"mais les publicitaires disposent d'un numéro personnel"... donc cela veut dire que pour garder l'identité des utilisateurs, ils stockent des informations comme l'adresse IP ou le nom du device... ce qui est illégal!

Il est temps de cesser ce pillage qui va jusque dans le contenu des SMS auxquels ils ne sont pas censés avoir accès!
a écrit le 30/06/2020 à 15:57 :
Je suis sidéré de l'attitude de l'UE vis à vis de Criteo , fleuron français de la TECH ... Cette boite était leader sur le segment devant les GAFAM et ces incompétents de hauts fonctionnaires sont en train de flinguer cette boite dont quasiment toute la R&D est à Paris ... Avec des idiots pareils , pas besoin d'ennemis , les GAFAM ont un boulevard .. Du même acabit que les pop up interminables pour valider l'accès à la donnée qui font perdre un temps fou (quand le site a correctement implémenté la fonctionnalité), comme si les gens en avaient quelque chose à faire ... Tant que ce pays sera géré par des incompétents , on ne s'en sortira jamais .... Il faut que la donnée soit opensource et anonymisée et interdire son appropriation par les GAFA . Commençons déja par limiter leur part de marché (pas plus 50% dans la pub ou le search (n'est ce pas google) ... et appliquons les mesures anti-trust ... Depuis Netscape qui perdit ses parts de marché face à internet explorer incorporé d'office dans windows , rien n'a changé .... C'était, il y a plus 25 ans ... Ces élites sont vraiment archi-nulles, il faut faire comme les chinois et leur interdire le marché européen !!!! La prochaine étape , c'est quoi , on laisse les GAFAM attaquer l'automobile , les banques et les français, ils mangeront des patates !!!! Et que dire des financements par DCF négatif stratosphériques de la technologie américaine (notamment Tesla soutenu par le gouvernement américain) et qui constitue, selon moi, une pratique habile de pumping de capitaux propres au même titre que le dumping chinois sur les prix .
Réponse de le 02/07/2020 à 9:59 :
Donc pour vous, parce que c'est une société française, il faut la laisser piller les données personnelles des possesseurs smartphone?
Nous vivons bien dans un mélange d'Idiocracy et de 1984!
a écrit le 30/06/2020 à 15:11 :
Je suis sidéré de l'attitu de l'UE vis à vis de Criteo , fleuron français de la TECH ... Cette boite était leader sur le segment devant les GAFAM et ces incompétents de hauts fonctionnaires sont en train de flinguer cette boite dont quasiment toute la R&D est à Paris ... Avec des idiots pareils , pas besoin d'ennemis , les GAFAM ont un boulevard et doivent se marrer... Du même acabit que les pop up interminables pour valider l'accès à la donnée qui font perdre un temps fou (quand le site a correctement implémenté la fonctionnalité), comme si les gens en avait quelque chose à faire ... Tant que ce pays sera géré par des incompétents , on ne s'en sortira jamais .... Il faut simplement que la donnée soit opensource et anonymisée et interdire son appropriation par les GAFA . Commençons déja par leur interdire une part de marché de plus 50% comme google ... et appliquons les mesures anti-trust ... Depuis Netscape qui perdit ses parts de marché face à internet explorer incorporé d'office dans windows , rien n'a changé .... C'était, il y a plus 25 ans ... Ces élites sont vraiment archi-nulles, il faut faire comme les chinois et leur interdire le marché européen !!!! La prochaine étape , c'est quoi , on laisse les GAFAM attaquer l'automobile , les banques et les français, ils mangeront des patates !!!! Et que dire des financements par DCF négatif stratosphériques de la technologie américaine (notamment Tesla soutenu par le gouvernement américain) et qui constitue, selon moi, une pratique habile de pumping de capitaux propres au même titre que le dumping chinois sur les prix .
a écrit le 30/06/2020 à 13:38 :
La publicité serait un "mal nécessaire"! C'est le mal tout court.
Ce sont des centaines de milliards dépensés en pure perte. Une consommation d'énergie énorme pour vendre des produits "nouveaux" tous plus inutiles les uns que les autres qui eux aussi ont demandé une débauche d'énergie (es), fabriqués au bout du Monde et surpolluant par les transports. Le Monde marche sur la tête...sera ce durable ? Vu qu'en principe la marche se fait avec les pieds, il est raisonnable d'en douter.
a écrit le 30/06/2020 à 12:19 :
Le mot "publicité" devrait être remplacé par le mot "information" ce qui changerai bien des choses dans notre environnement, parce que l'inverse existe déjà!
a écrit le 30/06/2020 à 11:24 :
Apple peut se permettre de demander à une clientèle idolâtre si elle veut bien qu'il fasse du fric avec leurs données maintenant le plus ismple serait que nos données nous appartiennent à 100% et que l'on puisse choisir de les vendre ou pas comme avait proposé ce génial MZ.

La seule barrière, encore et toujours, est la cupidité de l'oligarchie financière qui veut continuer de faire du business sous le manteau avec nos données dérobées, grâce à ses paradis fiscaux en plus elles est bien outillée, sans perdre de pognon à nous en donner.

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