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Saint-Etienne : une terre de possibles

Yann Petiteaux

Publié le 20 octobre 2014 à 14:31 - Mis à jour le 24 octobre 2014 à 10:16

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05 juin 2026

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Berceau de la révolution industrielle, Saint-Étienne a essuyé depuis la fin des années 1960 plusieurs crises industrielles qui ont durablement figé son image de ville austère. Pourtant, celle que d'aucuns estiment être la capitale française du design a su conserver une base industrielle solide et innovante.

« Saint-Étienne au matin dans la brume avec les sirènes qui appellent au travail au milieu d'un fouillis de tours, de bâtiments et de grosses cheminées portant à leur sommet vers un ciel enténébré leur dépôt de scories comme un monstrueux gâteau ». Tel est le regard que pose Albert Camus dans ses carnets sur le Saint-Étienne d'après-guerre. Une cité fustigée par l'auteur de « La Peste » comme étant « la condamnation de la civilisation qui l'a fait naître ». Un monde où « il n'y a plus de place pour l'être, pour la joie, pour le loisir actif ». Bref, un monde « qui doit mourir ».

Un triple héritage

Cette vision dantesque d'une ville qui fut autrefois le terreau de la révolution industrielle française appartient à une époque révolue. Saint-Étienne n'est plus, depuis bien longtemps, la cité noire qu'elle a été, lointain avatar d'un âge d'or industriel dont certains stigmates sont encore visibles. Pourtant, en dépit du chemin parcouru - notamment depuis une quinzaine d'années -, Saint-Étienne se raconte toujours au passé.

« On traîne un triple héritage : noir, rouge et vert », analyse Daniel Mandon. L'ancien élu ligérien (qui fut député, maire de Saint-Genest-Malifaux et vice-président du conseil général), est docteur en sociologie et l'auteur d'une trilogie d'ouvrages consacrés au bassin stéphanois. Selon lui, le noir correspond à ce que décrit Camus : une cité industrielle morne et poussiéreuse. Le rouge fait référence à la longue tradition de lutte sociale de la ville, berceau de la mutualité et des premières associations ouvrières. Mais aussi terre d'élection de Pierre Waldeck-Rousseau (légalisation des syndicats, loi de 1901) et d'Aristide Briand (loi de 1905 sur la laïcité). Quant au vert, il correspond au caractère rural de Saint-Étienne et à la place centrale occupée par le football depuis les années 1970. Selon Daniel Mandon, ce triple héritage doit être clairement assumé : « On ne construit pas son image contre le passé. »

Deuxième ville de Rhône-Alpes

Aujourd'hui encore pour la plupart des personnes, situer Saint-Étienne sur une carte de France relève de la gageure. Vue de l'extérieur, la capitale ligérienne souffre d'une image de petite ville de province sans caractère. Nombreux seraient sans doute surpris d'apprendre qu'avec 170 000 habitants, elle se place comme la quatorzième ville de France et la deuxième commune de Rhône-Alpes devant Grenoble (157 000 habitants).

« Au niveau national, nombreux d'interlocuteurs perçoivent Saint-Étienne comme une agglomération deux fois plus petite qu'elle ne l'est en réalité,constate le sénateur Maurice Vincent, maire socialiste de la ville de 2008 à 2014.Cela est très certainement lié à la proximité immédiate de deux capitales régionales : Lyon et Clermont-Ferrand. »

Une Image floue

Par effet de persistance rétinienne, Saint-Étienne peine à changer de visage dans l'imaginaire collectif. « Aujourd'hui, la ville a l'image floue d'une ville qui peut à tout moment basculer d'un côté ou de l'autre, observe Michel Thiollière, maire (UDI) de Saint-Étienne de 1994 à 2008. Les gens ne savent plus vraiment comment se situe cette ville. Elle n'est même plus associée au football. » En 2010, Saint-Étienne Métropole et ses différents partenaires ont lancé « Saint-Étienne atelier visionnaire ». Une démarche d'attractivité visant à promouvoir un nouveau visage de la ville.

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Pourtant, une fois écartés les images rémanentes et les préjugés, il est évident que la préfecture de la Loire ne manque pas d'atouts. Et que son image de cité austère, économiquement à bout de souffle, ne tient pas face à la réalité des faits. « Saint-Étienne est une terre de possibles », assure Arnaud Meunier, directeur de la Comédie de Saint-Étienne. Ce jeune quadra parisien a été parachuté dans la Loire en 2011. « Je ne vous cache pas qu'à l'époque mon entourage était dans l'incompréhension et l'étonnement, et même encore maintenant », s'amuse-t-il. Avec trois années de recul, l'homme de théâtre constate avec plaisir les « valeurs de solidarité et de fraternité très fortes » qui caractérisent les Stéphanois, ainsi que « l'immense capacité des gens à travailler entre eux, alors que la compétition institutionnelle est très forte à Lyon ».

Une base industrielle forte

Comme beaucoup, Arnaud Meunier loue également l'esprit pionnier de la ville. Un trait de caractère qui se vérifie historiquement. C'est en effet à Saint-Étienne que naquit la première ligne de chemin de fer (1823), que fut inventée la machine à coudre (1830) et que circula le premier tramway (1881). Dans son histoire, Saint-Étienne a été une place forte de la rubanerie, de l'armurerie et du cycle. Hélas, le passé récent de la ville a été émaillé de crises majeures qui ont durablement marqué l'imaginaire collectif : fermetures du dernier puits de mine (1983), de Manufrance (1986) et de la Manufacture d'armes de Saint-Étienne (2001).

Il n'en demeure pas moins que la ville a conservé une base industrielle forte. « Saint-Étienne est l'un des territoires les plus performants en termes d'emploi industriel », insiste le président de la CCI de Saint-Étienne-Montbrison, André Mounier. Le secteur secondaire représente en effet plus d'un quart (26 %) des emplois du bassin stéphanois, tandis que la moyenne régionale se situe à 22 % et la moyenne nationale à 18 %. « Cela signifie clairement que nous disposons d'une industrie compétente et de savoir-faire d'excellence. C'est un talent qui est souvent ignoré à l'extérieur », déplore André Mounier.

Des filières stratégiques

Depuis plusieurs années, la chambre consulaire a établi la liste des 50 entreprises stéphanoises leaders dans leur domaine. En tête, on trouve naturellement le groupe Casino, premier employeur privé de Rhône-Alpes, qui a toujours conservé son siège à Saint-Étienne. Viennent ensuite plusieurs leaders mondiaux tels que SNF Floerger (traitement de l'eau et extraction pétrolière), Focal JMLab (enceintes acoustiques), Thales Angénieux (optiques haute performance), Obut (boules de pétanque) ou encore le groupe Zannier (mode enfants). Et une foule d'autres pépites telles que le pisciniste Desjoyaux, Allègre puériculture (marque Tigex), Stronglight (pédaliers pour vélos) et Intertechnique (systèmes de circulation de carburants pour l'aviation et la formule 1).

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L'économie stéphanoise est structurée autour de plusieurs filières stratégiques : la mécanique, l'optique, l'agroalimentaire, le numérique et les textiles techniques. Saint-Étienne constitue d'ailleurs la première concentration en Europe de textile santé - représentant 60 % du textile médical français - grâce aux sociétés Thuasne, Gibaud, ou encore Sigvaris. « Nous comptons plus de mille exportateurs réguliers et 62 entreprises implantées à l'étranger, se réjouit André Mounier. En 2013, notre balance commerciale est à nouveau excédentaire. » « Saint-Étienne est un territoire industriel ancien doté d'une forte capacité de production qui compte à la fois des donneurs d'ordres, des cotraitants et des grandes écoles, renchérit René Bayle, directeur général de l'Agence de développement économique de la Loire (ADEL 42). Nos compétences en matière de design, de matériaux et de traitement de surface nous donnent tous les éléments nécessaires à la création de produits. »

Yann Petiteaux

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