Olivier Bianchi : "Clermont-Ferrand doit polariser l'Ouest régional"
Françoise Sigot
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À la tête de la ville de Clermont-Ferrand et de Clermont Communauté depuis deux ans, Olivier Bianchi (PS) a pour ambition de changer la ville. Les projets vont bon train. Candidate au titre de Capitale Européenne de la culture en 2028, à la labellisation French tech, en ordre de marche pour la constitution d'une métropole dépassant les frontières du département, la capitale auvergnate veut absolument prendre sa place au sein du nouvel ordre régional. Quitte à bouleverser les équilibres en place.
Acteurs de l'économie - La Tribune. Vous n'avez jamais caché vouloir hisser Clermont-Ferrand dans le top 20 des grandes métropoles françaises. Cette ambition est-elle réaliste alors que depuis la création de la grande région, la ville perd des batailles : le siège de la Chambre régionale d'agriculture, et peut-être, certaines directions de clusters régionaux ?
Olivier Bianchi. Le fait métropolitain n'est pas lié à la capitale politique. Grenoble est une grande métropole sans être une capitale politique. Il ne faut pas regarder les choses comme une sorte de déchéance. La métropolisation clermontoise existe déjà.Le fait métropolitain, c'est le fait d'additionner sur son territoire des fonctions stratégiques liées à la culture, à l'enseignement supérieur, à la recherche.Aujourd'hui, Clermont-Ferrand est devenue une métropole. Les atouts de cette ville résident dans les 7 000 chercheurs, le centre de recherche monde de Michelin. Ce sont aussi nos universités, cette effervescence culturelle avec la scène nationale, le festival du Court Métrage, entre autres.L'objectif est de polariser l'Ouest régional. Dans cette nouvelle région qui est en train de se dessiner où il existe une capitale politique, stratégique, économique qui est Lyon et dont personne ne peut discuter la suprématie, deux grandes métropoles d'équilibre doivent émerger, l'une à l'Est, Grenoble, et l'autre à l'Ouest, Clermont-Ferrand.Pour cette raison, j'ai décidé de transformer la communauté d'agglomération en communauté urbaine pour finalement disposer du même panel de compétences que nos voisins. La stratégie est maintenant de conforter notre pôle hospitalier, notre pôle universitaire et notre positionnement en matière industrielle et culturelle.
Un positionnement de nature à vous mettre en compétition avec Saint-Étienne ?
Saint-Étienne essaie aujourd'hui de trouver sa place à la fois en proximité avec Lyon et en dégageant sa propre personnalité. Je ne crois pas à la compétition des territoires, je crois à la distinction. Chacun a sa place et son rôle.Nous sommes suffisamment éloignés de Lyon pour ne pas être aspirés et nous sommes suffisamment proches pour bénéficier des avantages. En plus, nous avons notre histoire de capitale de l'Auvergne et donc de polarisation de ce territoire.
Une grande métropole peut-elle exister sans sièges d'administrations centrales ?
Ce ne sont pas les fonctionnaires d'État qui font une métropole, même si nous avons gardé des postes de commandement. La DRAAF est positionnée à Clermont-Ferrand. Le ministère de l'Intérieur vient de décider d'y implanter un des cinq pôles de cartes grises en France.Clermont-Ferrand a échappé à sa destinée manifeste de petite ville de province grâce à deux faits : une première fois quand Michelin a créé la Manufacture. Cette initiative a permis le boom industriel de la ville. La deuxième fois, lorsque les élus municipaux ont décidé au début du XXe siècle de créer une école municipale de droit et une école municipale de médecine jetant les bases d'un pôle universitaire.Aujourd'hui, Clermont-Ferrand accueille 40 000 étudiants et compte 50 000 habitants de moins de 25 ans. Désormais l'idée c'est de conforter Clermont-Ferrand dans son rôle métropolitain.
Vous envisagez une grande métropole, de Vichy à Clermont-Ferrand voire Brioude. Pourquoi ?
On considère aujourd'hui qu'il y a, avec cet axe Allier, une sorte de colonne vertébrale. De plus, il existe un véritable bassin de vie entre Vichy et Clermont-Ferrand. Il y a donc là une communauté de destin, c'est pourquoi nous avons créé ce pôle métropolitain qui est un organe de dialogue entre nous. J'encourage tout ce qui va dans le sens de la mise en cohérence territoriale, mais est-ce que demain, ce territoire deviendra une métropole ? Je ne sais pas.D'abord il y a le temps politique. Clermont-Ferrand aura sa communauté urbaine au 1er janvier 2017. Ensuite, pour faire autre chose qu'un pôle métropolitain, il faut l'accord de tous les acteurs, puis une étape administrative pour redessiner les territoires. Dans le Puy-de-Dôme, là où nous comptions neuf Établissement public de coopération intercommunale (EPCI) sur le territoire du Grand-Clermont, nous serons quatre dans un an. Tout cela va générer un long travail d'harmonisation.De mon point de vue, cela prendra le temps du mandat. S'il y a une volonté politique des élus en charge à ce moment-là, ce sera donc plutôt après 2020. Moi j'y suis favorable, mais je sais qu'on ne procède pas à des mariages forcés.
Cette stratégie "de groupe" ne risque-t-elle pas de vous faire perdre du pouvoir alors que le gouvernement avait parlé d'un statut "exceptionnel" qui permettrait à la ville de devenir une métropole à elle seule ?
Ce statut exceptionnel semble abandonné. Par ailleurs, la question du pouvoir ne se pose pas puisque Clermont-Ferrand ne peut pas être à elle seule une métropole, puisqu'elle ne remplit pas les conditions. Nous commençons donc à amorcer des coopérations intercommunales fortes et des discussions à l'échelle du pôle métropolitain.Il faut savoir avancer avec la bonne temporalité. Cela prendra du temps, mais que l'on soit métropole ou pas, armé des mêmes outils et fort de ce phénomène de métropolisation, je crois que c'est déjà assez correct.
Photo d'illustration (Crédits : DR)
Sans liaison ferroviaire rapide avec la capitale, Clermont-Ferrand peut-elle rivaliser avec les grandes villes de la région ?