Et si demain… Michel Chapoutier mettait les voiles ?
Stéphanie Gallo

Chapoutier
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Stéphanie Gallo

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Article initialement paru dans le numéro 143 d'Acteurs de l'économie - La Tribune. " Mais pourquoi voudriez-vous que Michel Chapoutier s'en aille ? C'est inconcevable ! Il ne lui manque plus qu'une statue ici. Il ne partira pas avant de l'avoir !"
Xavier Gomart est le directeur général de la cave de Tain. Sa réaction, à chaud, reflète le sentiment général. De l'avis de tous, impossible que l'entrepreneur quitte les lieux, tant il est ancré dans le paysage local. Tain-l'Hermitage étant même parfois surnommée « Chapoutier City ». C'est dire...
Figurant parmi les noms les plus réputés des côtes-du-rhône, Michel Chapoutier possède en effet 350 hectares de vignes dont 34 sur l'emblématique et onéreuse colline de l'Hermitage. À la tête de 150 salariés, il réalise un chiffre d'affaires de plus de 50 millions d'euros.
Vigneron réputé, négociant accompli, le président d'Inter-Rhône ne s'est pas arrêté à son cœur de métier. Au fil des années, il a investi en parallèle dans des bâtiments et des commerces de la ville (hôtels, restaurants, gîtes...). Outre son royaume économique, ses liens et son attachement au territoire rendent improbable un départ immédiat.
Mais imaginons néanmoins que Michel Chapoutier, sur un coup de tête, mette les voiles pour l'Australie ou le Zimbabwe. Que se passerait-il ? Plusieurs professionnels et élus du secteur ont bien voulu se prêter au jeu.
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« Le territoire rebondirait mais en termes d'emplois, cela pourrait peser à court terme. » Alain Graillot, vigneron bien assis du crozes-hermitage, souligne également les effets sur les autres viticulteurs du secteur. « Michel Chapoutier achète beaucoup de raisins. Un départ pourrait avoir des conséquences désastreuses. »
Même son de cloche du côté du sénateur Gilbert Bouchet, maire pendant 22 ans de Tain-l'Hermitage. « Il s'agit d'une entreprise de très haut niveau, qui gagne beaucoup d'argent j'imagine. Au-delà de son exploitation, Michel Chapoutier investit largement sur Tain. Son pécule financier profite à la ville. Son départ serait très mal vécu par l'ensemble des acteurs économiques de notre zone. Il fait travailler le milieu du BTP et de nombreux sous-traitants. Son départ pourrait provoquer des problèmes importants pour l'emploi. »
Pour l'emploi mais aussi et surtout peut-être pour l'image du territoire.
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Yann Chave, viticulteur implanté à Mercurol, au cœur de l'appellation crozes-hermitage, confirme. « Michel Chapoutier est un artisan majeur de notre marque, un leader emblématique. C'est grâce à des gens comme lui qu'on avance dans la qualité de nos productions et que nos appellations sont connues à l'étranger. Les clients entrent dans l'appellation par des noms connus comme Chapoutier ou Guigal, puis ils cherchent des vins différents. Chapoutier nous ouvre des portes. Je nous vois un peu comme une flotte, il est notre porte-avion. Sans lui, sans Guigal, notre flotte serait désorientée, moins solide. »
Vignerons, professionnels du vin et élus craignent tous de concert, si les domaines Chapoutier devaient un jour être vendus, qu'ils tombent entre les mains d'un fonds étranger.
Dans cette haie d'honneur générale à Michel Chapoutier, un seul point positif à un hypothétique départ est soulevé : le prix des terres cesserait peut-être sa folle ascension.
Stéphanie Gallo
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