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Dans la lumière (budgétaire) des Nuits sonores

Maxime Hanssen

Publié le 27 mai 2014 à 12:31 - Mis à jour le 02 juin 2014 à 10:06

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La 12ème édition du Festival des Nuits sonores abrite une petite révolution. Pour la première fois de son histoire, le financement privé de l'événement dépasse l'aide publique. Un renversement initié par une politique ambitieuse et collaborative. Décryptage.

Derrière les spots lumineux, les murs d'enceinte et les conférences, le Festival des Nuits sonores-European Lab, qui débute à Lyon ce mardi, abrite en coulisse, une petite révolution. Pour la première fois de son histoire, le festival de musique électronique et de culture européenne affiche une part du financement privé (25 %) qui dépasse celle de l'aide publique (20 %), dans un budget global de 2,2 millions d'euros. Ce renversement est dû à une politique avisée, ambitieuse, collaborative où les soutiens des mécènes et autres partenaires traduisent un ancrage dans le monde réel, nécessaire pour la survie puis le développement du festival.

« Plus confortable de dépendre des partenaires privés »

S'ancrer dans le réel, voilà le maître-mot des Nuits sonores. Une volonté traduite par la création de l'European Lab en 2011, un lieu de rencontre entre le monde entrepreneurial et culturel : « La confiance du privé crédibilise notre action dans le territoire et dans la vie économique d'aujourd'hui. Être soutenu par des créateurs d'emplois, c'est quelque chose de très concret » explique Matthieu Lecan, responsable des partenariats chez Arty-Farty.

Il y a dix ans, la part d'autofinancement de l'événement était de l'ordre de 45 %, contre 80 % aujourd'hui ( dont 35 % assuré par la billetterie), preuve que le festival arrive à maturité. « C'est plus confortable de dépendre des partenaires privés, notamment lorsqu'ils sont nombreux et diversifiés » note le membre d'Arty-Farty.

Une quinzaine de mécènes

Ne pas mettre tous « ses œufs dans le même panier » selon l'expression consacrée, tout en se protégeant des aléas budgétaires des subventions publiques, à l'heure où les coupes sont légion dans la culture. Au total, l'apport du privé représente 650 000 euros. Une quinzaine de mécènes (EDF, Cardinal, Insign, Capsa…) aident de façon structurelle le festival. Les partenaires et les sponsors privés, également une quinzaine, s'impliquent financièrement. Leur niveau de participation engendre un statut particulier. Par exemple, il faut débourser 60 000 euros hors taxe pour être « Partenaire officiel », à l'instar d'Adidas, Philips ou Smart.

Les forces économiques privées apportent une contribution à ce festival, car l'ADN de celui-ci est en adéquation avec les marques. L'événement possède une vraie identité de par son caractère urbain, innovant, connecté, en perpétuelle évolution, obligé de s'adapter aux mutations de son territoire de jeu. Tout en accueillant 103 000 festivaliers sur quatre jours, l'événement reste à taille humaine, loin des « mass-festival ». Ces différents facteurs permettent d'avoir un public ciblé qui correspond aux partenaires privés sélectionnés.

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La publicité pour faire vivre une expérience

Ainsi, le but est de proposer aux festivaliers une « expérience » à travers les différents « stands publicitaires ». Une réflexion est menée pour proposer la meilleure des animations au public, en favorisant le « Cross over » entre les partenaires et mécènes. Par exemple, cette année, Capsa Container, un atelier de transformation de container maritime, basé à Vénissieux (2 millions d'euros en 2013), s'est associé à Philips au sein de la Hue Connected House : dans un container imaginé par Capsa, l'enseigne française présentera au public un système lumineux connecté nouvelle génération, capable de recréer l'ambiance lumineuse d'un espace à l'aide de son smartphone. Matthieu Lecan résume en une phrase la stratégie :

«L'objectif est d'apporter une expérience au public, de satisfaire le partenaire etde ne pas dénaturer le festival». […] En ce sens, le naming du festival est exclu, bien qu'une petite incartade existe avec la scène Redbull».

Pour les mécènes et autres partenaires, le festival est une opportunité créative. « C'est un laboratoire d'idées. Les Nuits sonores nous ont permis de comprendre que le container pouvait servir à autres choses que le transport » explique Cédric Denoyel, Président de Capsa. « C'est un laboratoire de créativité. C'est là qu'il faut être pour sentir l'air du temps » explique Lionel Cuny, Pdg de l'agence Insign, mécène principal de l'édition 2014.

En plus de la Hue Connected House, Capsa met en valeur le travail de 4 artistes.

Le mécénat, une réflexion globale sur la vie de la cité

Aux Nuits sonores, le partenariat, c'est avant tout une histoire d'affinité. Lionel Cuny explique : « Il existe des synergies entre notre activité et le format urbain du festival. Nous voulons nous inscrire dans le long terme, aussi bien par nécessité stratégique que par amitié ». Un diagnostic partagé par Matthieu Lecan :

«Nous n'avons jamais travaillé sur un partenariat « one shoot ». Nous sommes dans un esprit de pérennisation […] dans le cadre du mécénat, c'est une réflexion globale sur la vie de la cité. On approche un mécène car nous avons des intérêts communs ».

Un festival mainstream pour les marques

Si les Nuits sonores arrivent également à séduire des partenaires privés, c'est que l'image de la musique électronique a changé. « La techno s'est libérée des clichés. Pour les marques, c'est devenu un tremplin pour être mainstream » explique le patron d'Insign. Sans oublier le côté générationnel : « Pour certains d'entre-nous, nous avons grandi avec la musique électronique et avec les Nuits sonores. Aujourd'hui, en responsabilité, nous pouvons les soutenir » conclut Lionel Cuny.

À lire également

  • Dans la lumière (budgétaire) des Nuits sonores

Il y a quelques années, les membres fondateurs d'Arty-Farty, pour la plupart toujours en poste, n'auraient certainement pas accepté l'idée du mécénat. « Aujourd'hui, on assume pleinement » explique Matthieu Lecan. « C'est une évolution logique. Ça nous permet également de maintenir le prix du billet à un tarif raisonnable, aux alentours des 38 euros » poursuit-il. Des prix qui pourraient atteindre 100 euros au marché noir, en dépit d'une bourse aux tickets mise en place par les organisateurs.

Maxime Hanssen

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