Eiffage route industrialise la fabrication des liants végétaux, ingrédients issus de déchets de l’industrie papetière et permettant de remplacer le bitume traditionnel nécessaire à la fabrication des enrobés. Elle est la première des majors à passer ce cap.D'ici à 2030, les professionnels français de la construction de routes visent une réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre de l'ordre de 57 % (par rapport à 1990). En 2019 (selon le dernier chiffre disponible), ils avaient réussi à abaisser ces émissions de 36 % (source : rapport environnemental 2023 « Routes de France ») grâce, notamment, à des technologies moins consommatrices d'énergie (température de fabrication des enrobés, notamment) et à l'accélération du recyclage des anciennes routes dans les nouvelles infrastructures (23,5 % en moyenne de taux de réintroduction de routes recyclées dans les chantiers en 2023).
Parmi les leviers de décarbonation dont dispose le secteur des travaux publics figure celui des liants végétaux venant remplacer le traditionnel bitume (fabriqué à partir de mélanges hydrocarbonés) nécessaire pour amalgamer les cailloux et gravats constituant les enrobés. Les professionnels planchent sur le sujet depuis plusieurs années, avec différentes offres désormais présentes sur le marché (Eiffage, Colas, Eurovia, etc.) élaborées à partir d'ingrédients végétaux. Mais elles restent pour le moment anecdotiques. En 2023, ces liants végétaux ne pesaient en France que 0,27 % des liants neufs utilisés pour fabriquer les 32 milliards de tonnes d'enrobés (le liant représentant environ 5 % du poids total d'un enrobé).
Eiffage Route veut désormais passer la seconde et inaugure cette semaine sa première usine de fabrication consacrée aux liants végétaux. Elle est située à Perreux, dans la Loire, et représente un investissement de 2,5 millions d'euros (dont 500 000 euros de subvention de la région Auvergne-Rhône-Alpes), ainsi que le recrutement de quatre salariés dans une première étape, quatre autres d'ici à un an.
Passage à l'échelle industrielle
Eiffage Route travaille sur la question depuis une dizaine d'années. Le géant français de la route aux quelque 8 milliards d'euros de chiffre d'affaires a développé trois solutions : une émulsion de liant végétal biosourcé pour du retraitement à froid, un enrobé végétal destiné aux routes et un revêtement végétal plutôt conçu pour les mobilités douces (voies vertes, etc.).
Stéphanie Gallo Triouleyre