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Louis Paul Motazé : «Il nous faut impérativement aller vers l'industrialisation»

Photo de Ristel Tchounand

Ristel Tchounand

Publié le 21 mars 2019 à 08:25 - Mis à jour le 12 décembre 2024 à 23:49

Louis Paul Motaze

Louis Paul Motaze

DR

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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Le Cameroun était l’un des neufs pays représentés au marché de l’investissement du Forum international Afrique Développement (FIAD) organisé par le groupe marocain Attijariwafa bank les 14 et 15 mars à Casablanca. Dans cet entretien avec «La Tribune Afrique», le ministre camerounais des Finances Louis Paul Motaze, qui a conduit une délégation de hauts responsables et d’hommes d’affaires, revient notamment sur la «Vision 2035» qui ambitionne de concrétiser l’émergence du pays à cet horizon. L’argentier du...

La Tribune Afrique : Le Cameroun a participé en force au marché de l'investissement du FIAD 2019. Qu'est-ce qui a motivé cette mobilisation ?

Louis Paul Motazé : Je tiens d'abord à rappeler le contexte dans lequel nous nous situons aujourd'hui, celui d'un pays qui est à la recherche des voies qui lui permettront de concrétiser l'émergence à l'horizon 2035. Lorsque dans les années 2009-2010, la vision a été développée ainsi que le fameux programme contenu dans le document stratégique de la croissance et de l'emploi, il était clair que c'est par l'investissement que nous pouvions effectivement évoluer vers cette émergence.

Nous avons aujourd'hui des domaines identifiés comme prioritaires dans lesquels le besoin d'investissement est important. C'est le cas des infrastructures, parce qu'on ne peut rien faire sans les infrastructures, qu'elles soient routières ou aéroportuaires. Nous priorisons également la transformation agricole pour passer d'une agriculture traditionnelle à ce que le chef de l'Etat appelle «l'agriculture de seconde génération».

Il nous faut impérativement aller vers la transformation, c'est-à-dire l'industrialisation. Jusque-là, nous sommes resté pays un exportateur de matières premières et exporter les matières premières à l'état brut ne crée pas beaucoup de richesses sur place. C'est pour cette raison que nous travaillons à la mise en œuvre effective du Plan directeur d'industrialisation du Cameroun [PDI, NDLR] qui a été adopté [le 15 mars 2017, NDLR]. Le chef de l'Etat a insisté sur ces deux secteurs [infrastructures et transformation agricole, NDLR], mais l'énergie aussi reste un secteur stratégique, car rien ne peut être fait sans énergie.

Par besoin d'investissement : j'entends aussi bien celui émanant du secteur public que du privé national ou étranger. Chaque fois qu'il est question d'investissements et de possibilité de mobilisation des sources de financement de ces investissements, le Cameroun devrait être présent.

Justement à propos de l'investissement privé, y a-t-il une politique visant à faciliter le renforcement des capacités des investisseurs locaux de telle sorte qu'ils puissent être des partenaires forts pour les investisseurs étrangers ?

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A mon avis, il faut éviter de voir une compétition entre investisseurs nationaux et étrangers. Si les investisseurs nationaux sont candidats à des projets -et ils le sont- ils seront certainement sollicités. Nous avons récemment levé un emprunt obligataire qui a été essentiellement souscrit par des investisseurs locaux.

Mais, il ne faut pas être naïf ! Les investisseurs locaux n'ont pas encore une capacité financière qui puisse égaler celle des investisseurs étrangers, tout simplement à cause du niveau de développement du Cameroun. Il y a dans les grands pays, de très grands groupes bancaires, industriels,etc. qui sont multimilliardaires. Ce sont des groupes qui existent depuis de très longues années. On ne peut pas s'attendre à ce que les groupes nationaux aient cette capacité d'investissement et nous n'aurons pas ce genre de groupes dans notre pays en claquant des doigts. Ce n'est pas qu'il y a une faute, c'est tout simplement une question de capacité financière.

C'est pour cette raison que nous sommes ouverts à tout le monde. Et nous avons d'ailleurs non seulement un code d'investissement libéral, mais nous avons une loi, votée en 2013, pour essayer de favoriser les investisseurs qui veulent s'installer dans notre pays.

Quel rôle les banques peuvent-elles jouer à ce niveau, à votre avis ?

Les banques jouent déjà un grand rôle. Quand je parle par exemple d'emprunts obligataires, nous les faisons à travers les banques. Ce sont elles qui financent tant au travers de leurs fonds propres, que grâce à l'épargne qu'elles collectent de leurs clients. Lors du dernier emprunt obligataire, nous cherchions quelque 200 milliards de Fcfa ; nous avons eu beaucoup plus que cela. Cela veut dire qu'il y a eu une sursouscription et que les banques nous font confiance, car on ne prête de l'argent qu'à celui qui nous rassure en termes de remboursement et dont les projets que financeront ces fonds sont porteurs.

C'est vraiment une sorte de contrat. Nous présentons les projets pour lesquels nous sommes en quête de financements et s'il y a autant d'investisseurs, individus ou institutions qui arrivent, c'est que les gens se disent que les projets sont des projets porteurs, que leur argent sera fructifié et qu'ils seront remboursés. Jusqu'ici, tous les emprunts obligataires que nous avons émis ont toujours été remboursés. La confiance est donc bien établie.

Le Cameroun a reculé de trois places dans le Doing Business 2019 de la Banque mondiale. Sur le terrain, et dans le contexte actuel du pays, qu'est-ce qui est fait pour améliorer l'environnement des affaires ?

Comme je l'ai souligné plus haut, nous avons voté une loi en 2013 qui accorde un certain nombre d'exonérations fiscales. Mais nous sommes aussi en train de travailler, car accorder trop d'exonérations fiscales peut, a contrario, avoir un effet pervers.

Toutefois, de manière générale, nous allons dans le sens de permettre une plus grande facilitation des affaires. A titre d'exemple, le Premier ministre [Joseph Dion Ngute, NDLR] a présidé à Douala, le 18 mars, le Cameroun Business Forum, une rencontre public-privé au cours de laquelle on discute de tout ce qui est possible de faire pour que le secteur privé travaille comme il le souhaite. Il s'agit donc d'un travail de longue haleine, auquel le gouvernement attache beaucoup d'importance.

Malheureusement, les résultats ne sont pas toujours à la hauteur des attentes. J'ai l'habitude de dire que ces résultats qui apparaissent essentiellement dans le Doing Business ne représentent pas les résultats d'un examen, mais d'un concours. C'est-à-dire qu'à un concours, vous pouvez avoir 16/20, 17/20, on dira que c'est une très bonne note. Mais si les autres ont 18/20, vous ratez. Alors que s'il s'agit d'un examen, on dira : vous avez 17/20, vous passez. Ce que je veux dire c'est que nous faisons beaucoup d'efforts. Mais si nous n'allons pas assez vite ou assez loin, cela donne l'impression que nous ne faisons rien. D'où le classement qui n'évolue pas aussi vite qu'on le souhaite. Il est question pour nous aujourd'hui de poursuivre les efforts, d'aller beaucoup plus vite, d'allez beaucoup plus loin.

Dans cette démarche cependant, la corruption reste quelque peu un talon d'Achille et plusieurs sondages ont d'ailleurs révélé que les investisseurs, notamment, s'en plaignent. Mais vous venez personnellement de lancer une vaste investigation au sein de l'administration douanière, visant à démanteler un présumé système de fraude sur les exercices budgétaires allant de 2015 à 2018, suite à des dénonciations. Est-ce votre façon de préserver l'image du pays ?

J'aimerais dire que pour nous, c'est le quotidien de notre travail. Notre rôle, lorsque nous lançons ces opérations, est effectivement de stopper ces dérives autant que possible. Ce sont d'ailleurs des opérations qu'il nous faut faire de manière continue pour débusquer les cas de fraude. Et lorsque ceux-ci sont avérés, nous punissons systématiquement. En tant que ministre des Finances, je peux dire le nombre de mes collaborateurs qui ont déjà été punis ou relevés de leurs fonctions, certains même, malheureusement, finissent en prison, etc. C'est bien, parce que lorsqu'il y a des cas de fraude, il faut sévir.

Cependant, j'aimerais également dire que chaque fois qu'il y a corruption, il y a un corrupteur. Il ne faut pas croire que la corruption vient toujours des agents. Ils sont fautifs parce que ce sont eux qui doivent faire appliquer la loi. Mais il y a aussi des gens qui viennent leur proposer des choses en leur disant «Faites ceci, nous allons vous donner cela !». Donc, j'aime bien quand on critique un pays comme le Cameroun en matière de corruption, mais je préférerais que tous -y compris les investisseurs qui se plaignent- soient transparents. C'est-à-dire que certains d'entre eux n'entrent pas eux-mêmes dans ces pratiques mafieuses qui font qu'ils amènent nos collaborateurs à poser des actes contraires à la loi.

Outre ces questions de corruption, quels sont les grands défis du Cameroun pour émerger en tant que terre d'investissement ?

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Si je veux citer un seul grand défi du Cameroun, c'est que le Cameroun exploite son énorme potentiel. C'est connu de tous que nous avons un potentiel. Mais comme je le dis toujours, pour m'exprimer en langage terre-à-terre, on ne mange pas le potentiel. Le Cameroun a un énorme potentiel, mais il faut le transformer. Nous avons un potentiel agricole reconnu, un potentiel minier, notre sous-sol est très riche. Nous avons un potentiel touristique reconnu, mais nous restons à un niveau qui nous fait comprendre qu'il y a encore de la marge. Et la détermination du chef de l'Etat, c'est d'évoluer dans cette marge-là. J'ai cité quelques secteurs et je peux en citer d'autres. Mais je résume ma pensée en disant que c'est cela les grandes lignes : transformer notre potentiel en réalité. Et c'est, entre autres, pour cela que nous nous mobilisons actuellement.

Propos recueillis par Ristel Tchounand

Ristel Tchounand

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