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Diasporas, les éternelles oubliées de la (non) politique africaine de la France

Benjamin Mampuya, CEO Compagnie générale de communication (CGC) et spécialiste en communication d'influence

Publié le 11 juillet 2019 à 09:37 - Mis à jour le 01 octobre 2025 à 06:31

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Le président Emmanuel Macron reçoit ce jeudi 11 juillet à l'Élysée plus de 400 personnalités issues des diasporas africaines. Benjamin Mampuya, français d'origine africaine et acteur économique opérant sur les deux continents, apporte son point de vue sur la politique africaine du président français ; une lecture «partagée par de nombreux binationaux».

Le discours de Ouagadougou du 28 novembre 2017 se voulait être à la fois l'acte fondateur d'une nouvelle relation entre la France et l'Afrique et l'occasion de tester le rayonnement du président français, fraîchement élu, qui faisait alors face à un public qui ne lui était pas acquis.

Pendant près d'une heure trente, Emmanuel Macron a distillé son allocution d'annonces concrètes pour la plupart inédites : octroi de visa longue durée pour les étudiants africains diplômés en France, restitutions «temporaires et définitives» des œuvres d'art africaines, augmentation de l'aide publique au développement, rapprochement avec les diasporas africaines, etc.

Un an et demi plus tard, l'heure est au bilan. Si certaines promesses ont donné lieu à des actes symboliques forts, la tentative d'établir un nouveau récit autour des relations franco-africaines reste de l'ordre de l'abstrait et ne parvient pas à remporter les suffrages auprès des diasporas africaines de France pour qui Emmanuel Macron écrit un nouveau chapitre de la «politique africaine de la France».

Discours de rupture ou résurgence d'une politique africaine de la France ?

Sur le volet des aides publiques au développement, l'engagement du président s'est matérialisé dans le projet de loi de finances 2019 par une hausse de 1 milliard d'euros des autorisations de crédits pour l'Agence française de développement. Du jamais vu qui marque une rupture avec la tendance sous le quinquennat Hollande au cours duquel l'APD n'avait cessé de baisser. Si l'utilité de ces subventions est indéniable, il faut reconnaître que son existence n'est pas sans effet sur le rapport de force entre l'hexagone et le continent.

La question est d'autant plus pertinente que le choix des initiatives soutenues ne répond pas toujours aux besoins les plus urgents des populations locales. Sans oublier les plateformes et autres fondations pour «l'Afrique», financées -entre autres- par l'Agence française de développement (AFD) dont l'efficacité est contestable et les résultats sont loin de ceux escomptés.

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Quant à la restitution des œuvres d'art, un pas de géant a été fait : sitôt le rapport Savoy-Sarr remis, décision était prise de rendre aux autorités béninoises26 œuvres dérobées pendant la conquête coloniale. Cette mesure en faveur de la réconciliation des mémoires participe à une opération de communication visant à démontrer que le temps des spoliations et de l'expropriation du patrimoine africain est révolu. De quoi envoyer un signal fort aux pays africains : celui du nouveau départ pour un rapport d'égal à égal.

Pourtant, dans le domaine culturel, la coopération attendue notamment sur la normalisation des droits d'auteur pour les créations africaines ou encore l'intégration des opérateurs culturels africains dans les projets dédiés à l'Afrique ne semble pas se concrétiser à un horizon prochain. Leur absence du comité décisionnel de la saison de l'Afrique 2020 en est la preuve cruelle, et on leur préféré une fois de plus les mêmes cautions africaines «multi-expertises» que l'on retrouve toujours quelques soient les chantiers qu'il s'agisse de business, culture, innovation, santé, sport, etc.

Le bât blesse concernant les promesses liées aux diasporas, c'est-à-dire aux Français d'origine africaine et immigrés africains vivant en France : les visas de circulation pour les étudiants africains diplômés en France se limitent à une autorisation d'entrée de 90 jours sur une durée de six mois (exit la longue durée) et la hausse des frais de scolarité pour les étudiants étrangers risque de décourager plus d'un talent africain à venir étudier en France. Ces renoncements vont principalement favoriser la présence universitaire française en Afrique renforcée pour contenir la venue d'étudiants dans l'Hexagone.

Pour ce qui est du Conseil présidentiel pour l'Afrique dont la création avait été annoncée en amont du discours de Ouagadougou, il suscite de légitimes interrogations sur les intentions d'Emmanuel Macron. Cette institution n'a pas pour but de conseiller le président sur les diasporas, mais bien sur l'Afrique. En cela, elle constitue un coup de maître en termes de communication : sous des apparences de valorisation d'une diaspora (qui représente en France un segment électoral bien à part), il s'agit pour le président de se faire conseiller sur sa politique africaine et non sur les Africains de France.

Les diasporas entrepreneuses ignorées par la «startup nation»

C'est d'autant plus regrettable que les 5 millions de personnes constituant les diasporas africaines restent largement inaudibles. Désireuses de préserver ou de retisser le lien qui les unit au continent et encouragées par le développement économique de l'Afrique, ils sont de plus en plus nombreux à tenter l'aventure africaine par leurs propres moyens.

Constituer un solide tissu d'entreprises gérées entre ici et là-bas est une aubaine pour la France. Une approche que des pays comme l'Angleterre, la Turquie, ou encore l'Allemagne commencent à intégrer dans leur approche de l'Afrique. D'abord, car sur le plan de l'image, elle pourrait permettre d'apaiser les relations, en remplaçant définitivement le modèle économique entaché d'affairisme par un modèle de «co-développement». Ensuite, parce que les diasporas, par leur culture et/ou leur expérience de vie, sont un avantage non négligeable dans le développement des relations économiques et commerciales entre la France et l'Afrique.

Cependant, cette réalité ne semble pas trouver d'écho auprès des entreprises et institutions françaises qui, à défaut de proposer des partenariats solides - pour leur business - qui permettraient aux PME africains ou portées par des acteurs des diasporas de se développer et de consolider leur activité, préfèrent promouvoir le dynamisme et la créativité de l'entreprenariat africain à travers de concours de foires de startup.

Ce jeudi 11 juillet, le président de la République recevra à l'Elysée «350 personnes -connues ou anonymes -issues des diasporas africaines». Que ces personnalités soient vigilantes et veillent à ne pas être « l'arbre qui cache la forêt » ou plutôt les diasporas qui cachent la nouvelle politique africaine de la France.

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Au président Macron d'entendre et de comprendre où se situent les véritables enjeux pour l'avenir, et de développer des moyens concrets pour les accompagner dans leurs projets en lien avec le continent et ainsi commencer réellement à changer le prisme des Africains sur la politique de la France envers leur continent d'origine et ses communautés.

Benjamin Mampuya, CEO Compagnie générale de communication (CGC) et spécialiste en communication d'influence

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