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Après la COP26, un nouveau leadership environnemental s’impose

Sandra Awovi Komassi* et Maxime Jong**

Publié le 27 novembre 2021 à 12:30 - Mis à jour le 01 octobre 2025 à 03:47

Sandra Awovi Komassi Maxime Jong

Photo d'illustration

LTA

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En acceptant de céder à court terme sur la prise en compte des « pertes et préjudices » causés par les pays industrialisés, les négociateurs du continent africain ont permis au Pacte de Glasgow pour le climat de faire consensus. Combien de temps encore l'Afrique devra-t-elle accepter de subir ces injustices climatiques au profit d'intérêts particuliers ? Quel leadership environnemental le continent doit-il mettre en œuvre pour rendre concret son développement inclusif et vert, sans dépendre d'une communauté internationale trop lente à se mobiliser alors qu'il y a urgence ?

Au sortir de la 26ème Conférence des Parties sur les changements climatiques (COP26), qui s'est conclue le 13 novembre dernier par un accord qualifié par plusieurs experts "d'historique mais imparfait". L'histoire retiendra qu'en acceptant de céder à court terme sur la question du financement des pays en développement et sur la prise en compte des « pertes et préjudices » causée essentiellement par les pays industrialisés, les négociateurs du continent africain ont permis au "Pacte de Glasgow pour le climat" de faire consensus.

Alors que l'Afrique ne représente que 4% des émissions mondiales de gaz à effet de serre[1], celle-ci doit faire face aux nombreuses conséquences de la crise climatique. En plus de rendre les plus d'un milliard trois cents millions d'africains vulnérables, et de contraindre une partie d'entre eux à l'exode, l'urgence climatique contribue à creuser l'écart de développement nord-sud créant ainsi une injustice climatique.

Au regard de la conduite des négociations mondiales, il est légitime de se demander si le continent est en mesure de concevoir son propre chemin de développement afin qu'il soit vert, inclusif et arrimé aux valeurs et aspirations du continent et de ses citoyen-nes.

Mettre la carboneutralité au cœur de la stratégie économique du continent.

L'année 2021 s'achève sur deux constats : premièrement, après le ralentissement économique lié à la pandémie mondiale, les grandes aires économiques se sont entachées à consacrer une partie significative de leurs investissements à la relance verte. Deuxièmement, l'accord entre les États-Unis et la Chine lors de la COP26 engageant les deux pays à mener "des actions climatiques renforcées", soit opérer une transition énergétique et initier une décarbonation de leur économie, montrent que l'économie mondiale et ses principaux leaders sont en train, lentement mais sûrement, de restructurer leurs systèmes économiques pour les rendre compatibles avec l'ambition mondialement affichée de migrer vers une économie verte et inclusive.

Comment l'Afrique se positionne-t-elle dans cette restructuration entamée de l'économie mondiale ?

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Avec une croissance démographique devant conduire le continent à abriter près de deux milliards d'habitants à l'horizon 2050 et une croissance économique de l'ordre de 4 à 5% par an[2], les défis auxquels fait face le continent sont nombreux. La croissance économique enregistrée ou évaluée pour les prochaines années est trop faible pour sortir de la pauvreté les populations les plus vulnérables. En plus de la pauvreté, celles-ci feront face de plein fouet aux conséquences de la crise climatique. Un changement de trajectoire est donc nécessaire pour enregistrer une véritable amélioration des conditions de vie des africains. Pour une fois, le déficit d'infrastructure sur le continent peut être considéré comme un avantage. En définissant d'entrée de jeu des normes compatibles avec les enjeux présents et à venir, la nouvelle ambition industrielle du continent pourrait intégrer la carboneutralité dans son essence et mettre en application des modèles industrielles éprouvées tels que les symbioses industrielles et les modèles de l'économie circulaire.

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Le secteur industriel étant encore au stade embryonnaire dans plusieurs pays du continent, l'accompagnement des entreprises de ce secteur dans leur transition énergétique mais aussi dans l'adaptation de leurs modèles d'affaires, devrait permettre de générer de nouveaux emplois, de l'innovation et surtout de la résilience. En effet, avec 81% du mix énergétique provenant des énergies fossiles et seulement 2,5% du solaire et éolien[3], le secteur industriel est vulnérable face aux fluctuations des cours mondiaux des énergies fossiles. Sur l'enjeu énergétique, les experts de la Banque africaine de développement (la BAD) estiment que "Le déficit d'accès à l'électricité est un des obstacles majeurs au développement économique et social en Afrique[4]". Il serait important de préciser que pendant longtemps les solutions proposées aux pays africains pour faire face à leurs déficits énergétiques impliquaient la construction de centrales thermiques. Ces solutions trouvaient justification dans l'abondance des ressources fossiles sur le continent, l'accès à des partenariats publics-privés attachés à du financement et l'assentiment des pouvoirs publics locaux pris dans l'urgence du développement. En effet, comparativement à la construction de barrage hydroélectrique, souvent plus long à construire, plus coûteux et nécessitant parfois d'exproprier et indemniser les populations, les centrales thermiques ont été jugées plus avantageuse à court terme. Cette approche court termiste omettait les externalités négatives que ses installations produisent.

Des choix capitaux sont à faire, autant en ce qui a trait au modèle d'industrialisation, qu'à la stratégie d'urbanisation des villes africaines. Alors que les villes sont en constante expansion, le continent doit se doter de nouvelles normes du bâtiment afin de rendre son cadre bâti vert, autosuffisant et intelligent et de grands travaux de dotation en infrastructures de transport collectif électrique doivent être entrepris. La pression qu'exerce la croissance démographique sur les villes va aller en s'accroissant.

Maintenant que la donne mondiale est en train de changer, le continent se doit de ré-aligner son ambition et d'assumer un leadership environnemental. Pour y arriver nous ne pourrons plus longtemps faire l'économie de discussion franche sur les « pertes et préjudices » causées par les pays industrialisés. Si nous voulons trouver les moyens de financer notre développement nous devons trouver des mécanismes pour financer l'économie verte sur le continent.

Financer l'économie verte sur le continent

En 2009, lors de la COP15 à Copenhague, les pays riches se sont engagés à investir au moins 100 milliards de dollars en faveur des pays dans le besoin, afin de les aider à faire face aux changements climatiques. Le financement était dû à partir de 2020 mais cette date a été finalement repoussée à 2023 lors de la COP26[1]. Actuellement, le financement du développement représente la principale source des flux internationaux de financement climatique vers les pays en développement. Toutefois, selon le Climate Funds (novembre 2020), la mobilisation des financements internationaux atteignait près de 80 milliards de dollars en 2018, avec seulement 25 % des fonds alloués à l'Afrique. Les changements climatiques coûteraient environ 7 à 15 milliards de dollars par an au continent, et l'Afrique subsaharienne, ne recevrait que 5 % du financement climatique total en dehors de l'OCDE [2].

L'Afrique reste donc exclue d'une grande partie des financements disponibles dans le cadre du changement climatique. Sachant que les pays en développement ont besoin de centaines de milliards de dollars par an pour s'adapter aux effets du réchauffement qui sont déjà inévitables[3]. De nombreux experts s'accordent pour dire que l'engagement des pays riches n'est que symbolique. En 2020, l'ONU estimait que les pays en développement ont déjà besoin de 70 milliards de dollars par an pour couvrir les coûts d'adaptation, et auront certainement besoin de 140 à 300 milliards de dollars en 2030. Selon Niang et al., 2014, les besoins financiers spécifiques du continent pour s'adapter au changement climatique devraient plutôt se situer entre 20 et 30 milliards de dollars par an jusqu'en 2030.

Pour assurer la transition vers une économie bas carbone et freiner les impacts des changements climatiques, il devient donc crucial de mobiliser divers types d'investissements car le financement public ne sera jamais suffisant. À titre complémentaire, de nouvelles sources de financement doivent être encouragées, mais ceci ne doit en aucun cas être un prétexte pour réduire les engagements financiers des pays riches lors de la COP26. La précaution est toutefois de mise, et Jean-Paul Adam, Directeur de la division Technologie, changement climatique et gestion des ressources naturelles à la Commission Économique pour l'Afrique des Nations Unies (CEA) insiste sur l'importance de réfléchir aux innovations qui pourraient permettre aux africains de mobiliser des financements, qu'ils aient accès ou non aux 100 milliards de dollars.

Fait intéressant, le continent est déjà proactif et émerge avec des solutions locales. Le Groupe de la BAD consacrerait actuellement 63% de son financement climatique à l'adaptation, et compte doubler ce financement à 25 milliards d'ici 2025[4]. Le 9 novembre dernier, la BAD annonçait en marge de la COP26, le lancement du Cadre pour le changement climatique et la croissance verte. Elle vise à renforcer la promotion de la croissance verte, et ce dans un contexte qui tient compte des réalités africaines. Quelques jours avant cette annonce, la CEA communiquait[5] aussi le lancement d'un Mécanisme de Liquidité et de Viabilité (MLV) qui aura pour objectif de proposer aux investisseurs privés internationaux souhaitant investir en Afrique des opportunités d'investissement diversifiées en particulier dans le domaine des Objectifs de Développement Durable (ODD).

Enfin, il ne faut pas négliger l'influence potentielle des instruments de dette avec une orientation environnementale, sociale et de gouvernance (ESG). La création d'un marché des obligations vertes ou de développement durable dirigés vers des projets ou des actifs présentant des avantages environnementaux et/ou sociaux pourrait être une source importante de financement pour les pays africains dans leur transition vers des économies sobres en carbone. Les banques de développement, du fait de leur expérience sur le marché des obligations vertes, auront un rôle très important à jouer au niveau du renforcement des capacités. Outre la possibilité d'offrir des perspectives d'investissements à un groupe plus large d'investisseurs qui souhaitent diversifier leurs portefeuilles, les obligations vertes permettraient également la diversification des émetteurs. Les municipalités et les organismes publics, ou encore les entreprises et les opérateurs de services publics pourraient y recourir afin de soutenir et de promouvoir des projets respectueux de l'environnement et du climat[6].

La réalité est que les pays africains ont besoin de ressources importantes pour faciliter une transition rapide vers une économie résiliente aux changements climatiques conformément aux objectifs de l'Accord de Paris. Ceci nécessitera à la fois le soutien financier des pays riches, mais aussi de l'innovation, de la créativité et une collaboration entre les institutions publiques et privées africaines pour diversifier les sources du financement.

Un leadership environnemental et concret par le continent est possible. L'Afrique est bel et bien en mesure de concevoir son propre chemin de développement afin qu'il soit vert, inclusif et arrimé aux valeurs et aspirations du continent et de ses citoyen-nes. Néanmoins, son succès dépendra entre autres du déploiement de stratégies de transition, mais aussi d'instruments de politiques environnementales créant le contexte propice pour la demande d'investissements sobres en carbone.

(*) Conseillère stratégie ESG

(**) Consultant en développement économique inclusif

[1] Financial Times, Leslie Hook and Joanna S Kao (November 4, 2021) COP26: Where does all the climate finance money go?

[2] Hourcade, J.C; Glemarec, Y; de Coninck, H; Bayat-Renoux, F.; Ramakrishna, K., Revi, A. (2021). Scaling up climate finance in the context of Covid-19. (South Korea: Green Climate Fund).

[3] Jocelyn Timperley (2021). The broken $100-billion promise of climate finance — and how to fix it, https://www.nature.com/articles/d41586-021-02846

[4] Adesina, A; Okonjo-Iweala, N; Songwe, V; Assane Mayaki, I (2021). The COP 26 Africa needs.

https://www.un.org/africarenewal/magazine/december-2021/cop26-africa-needs

[5] UNECA (2021) https://www.uneca.org/fr/stories/la-commission-%C3%A9conomique-pour-l%E2%80%99afrique-des-nations-unies-annonce-%C3%A0-la-cop-26-le-lancement-d

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[6] Banque Mondiale (2015) : Les obligations vertes transforment les attentes des investisseurs et facilitent les investissements durables, https://www.banquemondiale.org/fr/news/feature/2015/01/22/green-bonds-changing-investor-expectations-three-trends

[1] [2] [3] Line RIFAI (2021) Transition énergétique en Afrique : la décarbonation, un défi économique majeur

[4] Banque africaine de développement (2020) https://www.who.int/fr/news/item/07-06-2021-global-launch-tracking-sdg7-the-energy-progress-report

Sandra Awovi Komassi* et Maxime Jong**

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